Camembert Orange

28/11/2013

La tournée de novembre devait être celle de la rédemption après une année 2013 jusque-là morose sur le plan des résultats et du fond de jeu. Trois matchs comme autant d’occasions données au XV de France de confirmer le potentiel qu’on veut benoitement lui accorder. Résultat ? Deux défaites et une victoire face aux modestes Tongiens. La vache est maigre.


Inquiétude et complaisance


A des années lumières du standing qu’elle aimerait tenir, la copie 2013 rendue par l’équipe de France est indigeste. Neuf défaites en onze matchs, une misérable dernière place lors du tournoi et un zéro pointé face aux Néo-Zélandais. En un demi-siècle de rugby français on ne retrouve pas trace d’un pire bilan à l’exception de l’année 1980 (les Bleus s’étaient alors inclinés cinq fois en six représentations et avaient fini fanny face aux Roumains, une autre époque). "Les stats sont plus que médiocres" concède un Philippe Saint-André qui pourrait presque remercier l’IRB de lui avoir offert un match casse-croute face à des Tongiens qui, rappelons-le, n’ont jamais dépassé le stade des poules en coupe du Monde, lui évitant ainsi de rentrer complètement dans les livres d’Histoire. Bien sur la rhétorique des chiffres a parfois ses limites mais force est de constater que l’équipe de France est bien loin de nous faire fantasmer. Si la mêlée offre des garanties certaines, malgré les mitaines du chouette Yannick Forestier, et si la défense glissée made in Lagisquet représente un rempart plutôt efficace, le rendement offensif est quant à lui proche du néant. Avec seulement treize banderilles plantées en onze matchs (dont 4 face au Tonga) les Bleus nous rappellent, à leur dépend, que les victoires passent par le jeu. Une nouvelle rafraichissante.


Au-delà d’une production médiocre, ce qui alerte c’est l’incroyable tolérance dont jouit PSA et son staff. Avec un ratio famélique de 38% de victoires beaucoup de sélectionneurs, à commencer par son très décrié prédécesseur, auraient déjà subit la foudre des observateurs et de la presse. Mais pas lui. Quand Marc Lièvremont avait tenté, maladroitement peut-être, de rebâtir quelque chose de neuf et de nouveau à coups de paris et de jeu à tout-va, il s’était fait proprement flingué. Deux ans après sa prise de fonction il remportait pourtant un des deux Test-matchs en Nouvelle-Zélande. Lui.


Comment expliquer alors cette complaisance inouïe accordée à l’ancien ailier clermontois ? D’abord, pas fou, l’homme a su obéir aux pontes de la FFR et s’est entouré de techniciens réputés et reconnus. Patrice Lagisquet et Yannick Bru peuvent en effet se targuer d’avoir accroché chacun trois titres de champions de France supplémentaires au palmarès du Biarritz Olympique et du Stade Toulousain, l’un réussissant l’exploit de faire passer Damien Traille pour un grand joueur de rugby, l’autre enterrant l’adage insupportable « jeu de mains, jeu de Toulousains » en bâtissant le pack le plus féroce et le plus complet d’Europe. Dès lors il devient difficile de pointer du doigt un manque de compétence du staff. Ensuite PSA avance les coudées franches, fort de la cote de sympathie dont il bénéficie parmi ses pairs (mis à part Fabien Galthié, toujours dégouté d’avoir été recalé). Ainsi Bernard Laporte, ancien chef de meute des Bleus et successeur du Goret à la tête du RCT a tenu dimanche à dédouaner son collègue : « Je dis toujours que le niveau de l’équipe de France n’est que le reflet du niveau hexagonal. Avec Toulon, on est premier du championnat et on est nul ! On ne peut pas dire : ‘’Saint-André, est bon ou pas’’. On s’en fout de ça, le sélectionneur ne joue pas ! […] Aujourd’hui, le constat est terrible : le rugby français n’est pas de qualité. Et j’englobe les clubs. ». Le niveau de l’équipe nationale comme reflet du niveau de son championnat pour expliquer le désastre ? Pourquoi pas. Mais alors comment expliquer le règne du Pays de Galles au niveau européen depuis deux saisons et les bons résultats irlandais et anglais dans le même laps de temps ? Le Top 14 devrait-il s’inspirer de la Ligue Celte ou de la Premiership à l’heure où la dernière finale de H Cup fut franco-française ? L’argument parait bien léger…


Arrêtons de pleurnicher


Alors bien sûr personne ne pourrait affirmer sans rougir qu’un autre staff technique aurait permis au XV de France d’afficher le même bilan que les Blacks. Il n’est pas le seul à incriminer dans la mesure où il doit s’adapter à un réservoir assurément limité à certains postes clefs. A l’ouverture Rémi Tales souffre la comparaison avec ses homologues Carter, Farrell, Sexton. Nicolas Mas commence à vieillir et la relève se fait attendre à droite de la mêlée. Quant à Thierry Dusautoir, le capitaine semble bien loin du niveau qui avait fait de lui le meilleur joueur du Monde en 2011 et la concurrence manque à l’appel pour faire face aux McCaw, Louw, Alberts, Messam, O’Brien ou Warburton véritables monstres physiques et techniques.


Toutefois la France du rugby n’a pas à se lamenter, le vivier n’a jamais été et ne sera jamais du même acabit que celui qui existe en Nouvelle-Zélande ou en Afrique du Sud. Cela étant le XV de France a toujours su construire des groupes homogènes, sans véritables franchise player, tout en parvenant à des résultats convaincants, parfois avec de la chance, parfois grâce au courage et au caractère imprévisible qui forment les gènes de cette équipe. Moins physiques que les Sud-afs, ok. Moins techniques que les Blacks, d’accord. Moins précoce que les Gallois, soit. Mais le talent demeure. Wesley Fofana ou Louis Picamoles pourraient s’imposer comme des titulaires en puissance dans n’importe quelle sélection quand les Brice Dulin, Yoann Maestri, Thomas Domingo, Sébastien Vahaamahina et autre Florian Fritz n’ont rien à envier à nombre de leurs adversaires directs. PSA a de quoi faire, qu’on se le dise.



Tous les espoirs doivent donc être permis avec cette génération de joueurs qui devra confirmer les quelques éclairs aperçus ici et là lors du prochain tournoi. 2013 touche à sa fin et il reste quelques mois au staff pour prendre ses responsabilités et apporter un projet de jeu qui séduit mais surtout à même de faire gagner les Bleus. La France ne compte pas, ne compte plus, parmi les meilleures nations mondiales, arrêtons de se persuader du contraire, mais le déclic qui fera taire les sceptiques est attendu. PSA dit « se languir de 2014 ». Nous aussi.



Arthur Bourdeau


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