Camembert Orange

28/07/2012

On a bien souvent coutume de dire en juillet qu’il y a deux Tours de France. La compétition sportive, trois semaines de course avec des étapes plus ou moins sélectives, des exploits, des échappées, des sprints, des coups de fringale et autres chutes collectives. Le Tour quoi. Le rendez-vous des fans de cyclisme et de sport en général qui pendant des heures vivent au rythme des voix de Laurent Jalabert et Thierry Adam. Mais à côté de cela, il y a également ce que certains appellent le Tour de la France, soit trois semaines de publicité continue en mondiovision. Un programme qui ravit les retraités puisqu’ils peuvent aisément le concilier à une petite sieste, bercés au son de la douce voix de Jean-Paul Olivier alias Paulo la Science.

Cette année pourtant, on ressort de ce Tour de France avec la fâcheuse impression que seule la partie culturelle a eu lieu, et que la compétition va arriver. Il faudrait presque se pincer pour vraiment croire que le Tour est fini, que Bradley Wiggins l’a bien emporté devant Christopher Froome (d’Ambert) et Vincenzo Nibali et que la traditionnelle bagarre des étapes de montagne est passée. Nous étions pourtant déjà habitués depuis quelques années à voir les grands leaders escamoter certains grands cols, attendant souvent l’ascension finale pour en découdre sauf cas d’extrême urgence. Mais 2012 est quand même un millésime rare, proche du néant sur l’échelle Fignonesque du panache.

Favori au départ Wiggins a triomphé à l’arrivée. Le plus fort ? Peut être. Dans les contre la montre en tout cas certainement. Reste que l’Anglais, qui a tenté de la jouer « patron du peloton » façon Lance Armstrong 2005, six Tour en moins, mais les rouflaquettes et un testicule en plus, ne s’est pas montré si dominateur lorsque les pentes se sont élevées. On a même bien souvent eu l’impression que son (étonnant) coéquipier Christopher Froome avait les jambes pour lui mettre une minute à chaque col.

Les deux meilleurs grimpeurs du peloton que sont Andy Schleck et Alberto Contador étaient absents. Le tracé était cette année plus favorable aux rouleurs. Deux raisons pour ceux qui redoutent l’épreuve individuelle de se dévoiler davantage en montagne, de saisir leur chance. Quitte à perdre, autant le faire avec panache. Habituel suceur de roue, Cadel Evans a essayé d’attaquer tôt dans une étape, lui. Il l’a payé dans le col suivant en concédant plusieurs minutes mais a gagné le respect du public et prouvé qu’il n’était pas qu’un vainqueur par défaut en 2011. Sa septième place au général est toute à son honneur et il sort presque grandi de ce Tour.

Mis à part ce manque de spectacle sur la course, le Tour est néanmoins resté fidèle à lui-même. Des hommes nus qui courent sur le bord de la route, des échappées reprises sous la flamme rouge mais dont Thierry Adam croyait aux chances de réussite, un maillot de meilleur grimpeur qui consacre un coureur qui est tout sauf un grimpeur, des « Merci Franck, Thomas, Bradley, Christopher, Vincenzo, vous êtes un grand champion » à la sauce Gérard Holtz, et deux affaires de dopage, une à chaque journée de repos. À défaut de pot belge on a cette année eu droit à un Pau luxembourgeois avec le contrôle antidopage positif d’Andy Schelck (vu qu’on parle cyclisme on évitera de mentionner le cas Di Grégorio).

Là encore, on constate que les méthodes ne changent pas et que beaucoup de têtes d’affiches continuent de se charger comme elles étaient nombreuses à la faire à l’époque de Lance Armstrong, de Miguel Indurain ou de Jacques Anquetil. Aujourd’hui, une suspension de deux ans pour dopage semble être une étape comme une autre dans la carrière d’un cycliste, en témoignent les victoires d’étapes de David Millar ou d’Alejandro Valverde. Ces coureurs n’ont ensuite aucun mal à retrouver une équipe et à regagner des courses. Quitte à se doper, et par respect pour ceux qui ne le sont pas, autant assurer le spectacle, et ne pas agir en épicier qui cherche à conserver sa 14ème place au général. Pantani, Virenque, Dufaux, Brochard, Escartin étaient tous des pharmacies ambulantes, mais au moins, ils étaient capables d’enflammer une après-midi, de partir à 150 km de l’arrivée pour défier les leaders de l’époque et faire exploser la course. Loin de moi l’idée de les absoudre. Simplement, le charisme ne doit rien au dopage et c’est ce trait de personnalité qui nous fait aimer certains coureurs ou nous pousse au contraire à en détester d’autres. Marco Pantani ne faisait pas l’unanimité, mais tout amoureux du vélo se souvient de lui, de la Mercatone Uno, de son crane rasé couvert par un bandana et de son coup de pédale beaucoup trop aérien pour être honnête. Qui aujourd’hui garde ne serait-ce qu’un grand souvenir de Jan Ulrich, de sa position assise dans les cols hors catégorie aussi laide qu’un coup droit à deux mains de Marion Bartoli ? Pas grand monde. Deux anciens vainqueurs, deux dopés avérés mais deux personnalités diamétralement opposées…

Alors à l’attaque messieurs ! Ce n’est pas en plaçant une accélération dans les 500 derniers mètres d’une étape de 200 bornes que des écarts vont se créer. Ce n’est pas en attaquant dans une descente avant de se raviser dans la montée par respect pour le groupe d’échappée que l’on va gagner un Tour (n’est-ce pas le Requin de Messine ?). Tous les grands coureurs, ceux qui restent dans les mémoires ont forgé leurs succès sur des attaques au long cours dans des étapes mythiques. Aucun jeune coureur aujourd’hui n’explique face aux caméras qu’il a eu envie de se mettre au vélo en regardant courir Miguel Indurain qui n’a gagné aucune étape en ligne lors de ses cinq succès sur la Grande Boucle. La victoire de Wiggins ressemble grandement aux succès passés du leader de la Banesto et ne fera sans doute pas grimper le nombre de licenciés dans les clubs de cyclisme.

Sans tomber dans la sinistrose ce Tour était donc vous l’avez compris plutôt moyen. Avec quelques réjouissances cependant qu’il serait malhonnête de ne pas évoquer. Pierre Roland est bien un très bon grimpeur, ils sera sans doute toujours trop juste en contre la montre pour viser un top 3, mais c’est incontestablement une valeur sûre. On a aussi découvert Thibaut Pinot, 22 ans, à l’aise en montagne, 10ème au final et on a très envie de le revoir l’année prochaine. Mark Cavendish est toujours aussi immense. Christopher Horner va prendre sa retraite. Et Peter Sagan…. 22 ans lui aussi, le compatriote de Robert Vitek est bourré de talent, un mix entre Laurent Jalabert et Philippe Gilbert, un peu dans le registre de Boasson Hagen mais meilleur grimpeur et meilleur finisseur. Une vraie pépite qui devrait claquer la bise à un paquet d’hôtesses PMU dans les années qui viennent. On ne pourrait pas conclure sans rappeler qu’un pistard a remporté le Tour de France en parvenant à être le patron sur des pentes à 18% tout en conservant ses talents de rouleurs. Quoi, c’est pas à ranger dans les bonnes nouvelles ?

Antonin Bisson


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