Camembert Orange

20/11/2013

« Des images qu’on aimerait bien voir dans les autres sports ». Voilà la vieille rengaine que nous sert un paquet de journalistes spécialisés en natation, rugby, athlétisme, basket, etc depuis que les footballeurs ne sont plus les personnalités préférées des Français. Une phrase qui se veut abstraite, impersonnelle, mais qui est en réalité uniquement adressée au monde du ballon rond. Dans ces « images », on regroupe tout et n’importe quoi : des nageurs qui chantent la Marseillaise sur un podium, des rugbymen qui terminent le match par une haie d’honneur, des athlètes qui rigolent avec Nelson Montfort. En fait depuis quelques années, tout est prétexte à cracher sur le football. Comme ça, par principe, comme si les footballeurs étaient tous les mêmes, comme si deux millions de licenciés étaient restés enfermés dans le bus en 2010 et que le reste de la population aurait, en pareille situation, décidé d’un seul bloc d’en descendre. « Si j’étais né en 17 à Leidenstadt » chantait Goldmann. « Si j’avais eu 25 ans à Knysna » feraient bien de se demander bon nombre de journalistes sportifs.

Depuis un peu plus de trois ans, les autres disciplines, ou plutôt leurs représentants dans les médias se servent du football pour exister. En mettant en évidence les défauts du foot, ils se limitent à faire vivre leur sport à travers ses différences avec la balle ronde. Quelque part, ils demandent aux gens de trancher, de choisir. Pourquoi le grand public ne serait pas capable d’apprécier à la fois une percée de Wesley Fofana, un saut de Teddy Tamgho, un virage de Yannick Agnel, un lay-up de Tony Parker ET un but de Benzema? Pourquoi associer les quatre premiers et se désolidariser du dernier ?

Teddy Rinner à Anfield


Aujourd’hui encore, il y a ceux qui savourent, qui jubilent et qui saluent un come-back que l’histoire du football n’avait pas encore connu. Et les fines bouches, les rabat-joie qui préfèrent souligner qu’une qualif’ en Coupe du Monde c’est pas grand chose finalement, que si les joueurs étaient si forts ils n’auraient pas eu à faire cet exploit au match retour pour voir le Brésil. Une fois de plus, à quoi bon ? Si Hugo Lloris soulève la coupe du monde en juin, Agnel, Tamgho, Parker et cie seront toujours champions du monde eux aussi et ils n’auront aucune ligne supplémentaire à leur palmarès si la France se fait sortir en poule. Ce comportement de dénigrement est d’autant plus dommage que les sportifs précédemment cités sont les premiers à afficher leur soutien aux footballeurs, à évoquer leur amour pour un sport auquel ils ont bien souvent eux aussi joué étant gamins.

Les footballeurs appartiennent au monde du sport, ils fréquentent leurs alter-ego rugbymen, handballeurs, basketteurs, tennismen à tout un tas de soirées organisées par leurs sponsors et, que les médias le veuillent ou non, ils s’entendent plutôt bien entre eux. Tony Parker, le héros national du mois de septembre est un ami proche de Thierry Henry, traitre à la nation après sa main face à l’Irlande et sa présence dans le bus sud-africain. Teddy Rinner, le « bon client » préféré des médias a juré qu’il irait voir son pote Mamadou Sakho à Anfield dès qu’il en aurait l’occasion. Tous ces garçons se ressemblent beaucoup plus que certains journalistes veulent le faire croire en cherchant à les diviser. Ils ont en commun un amour du sport, de la victoire et partagent souvent la même culture. Ils partagent aussi leur insouciance, leur jeunesse et une capacité à faire quelques conneries : quand les footballeurs insultent les journalistes, les handballeurs cassent leur matos ; lorsque l’envie de gagner des footeux est mise en cause, les handballeurs parient sur leur propre défaite. Comparer les sports n’est jamais bon, voila pourquoi cette liste (qui aurait pu être beaucoup plus longue) va s’arrêter là.

La revanche des "pousse caillou"


Qualifiée pour la Coupe du Monde, l’équipe de France de football a permis hier à TF1 de réaliser la meilleure audience de l’année. Une preuve s’il en est que l’intérêt du public pour cette équipe est intacte et que le football reste le sport numéro un en France malgré l’image que certains médias cherchent à en renvoyer. Difficile de dire s’il était plus facile de remonter deux buts d’écart face à l’Ukraine que de passer en revue toute la défense anglaise à Twickenham. Pas évident de savoir si le doublé de Mamadou Sakho est plus beau que la remontée de Yannick Agnel en finale du relais 4x100 m. Enfin, bien malin qui pourra départager Didier Deschamps et Vincent Collet au titre de meilleur entraîneur de l’année. Ce qui est certain en tout cas c’est que 13 millions de téléspectateurs ont vibré pendant plus de deux heures ce mardi 19 Novembre. Car les Bleus ont non seulement réussi leurs 90 minutes sur la pelouse de Saint-Denis, mais les « pousse-caillou » tricolores n’ont pas manqué la demi-heure qui a suivi. Chanter la Marseillaise a capella sur la pelouse du Stade de France, asperger les journalistes de champagne, porter le coach en triomphe : « des images qu’on aimerait bien voir dans les autres sports ».

Antonin Bisson


Votre compte sur SOFOOT.com

1 réaction ;
Poster un commentaire

  • Message posté par Vert&Blanc (3678) le 20/11/2013 à 23:02
      Note : 2 

    Merci !


1 réaction :
Poster un commentaire