Camembert Orange

22/02/2012

En pleine tournée, Orelsan nous donne rendez-vous au Manga Café dans le 13ème, normal pour un fan de culture japonaise. « Le chant des sirènes » se vend comme des petits pains et se paie le luxe d’être disque d’or. Mais Tonton Orel garde la tête sur les épaules, et le bonnet sur la tête. Entretien.

Tu as l’air de t’être calmé depuis « Perdu d’avance ». Une simple impression ?
Je suis peut-être un peu plus posé oui. Quand on écoute l’album, ma musique n’est pas complètement devenue de la variét’ non plus. Dans n’importe quelle chanson, comme «Suicide social» ou «Double vie», je dis toujours ce que je veux. Le premier album était vachement spontané, je décrivais mes 15-25 ans. C’est une période où on a moins de recul sur ce qu’on fait et ce qu’on vit. Là j’ai peut-être un peu plus de recul parce que je suis plus âgé mais je n’ai pas non plus l’impression de m’être vraiment calmé. « Le chant des sirènes » est plus mature au niveau de la prod, de la musique, de la façon de chanter, au niveau des flows. Enfin j’espère. J’ai envie que ce soit plus abouti.

Tu as été au coeur d’une grosse polémique en 2009-2010, autour du morceau « sale pute ». Ca t’a servi ou ça t’a vraiment affecté ? Est-ce que finalement « sale pute » n’a pas été un coup de pub phénoménal ?
Je ne l’ai pas mal vécu dans le sens où ça ne m’a pas blessé intérieurement. Mais c’était quelque chose de saoulant, de rébarbatif, de fatiguant parce que je répétais souvent la même chose, que je me retrouvais confronté à des médias auxquels je n’étais pas habitués. Ca faisait beaucoup de bordel. Même dans mon quotidien on ne me parlait que de ça.
Et puis au final, j’ai compris que c’était que de la merde. C’était beaucoup de gens qui donnaient leur avis, beaucoup de petits articles à droite à gauche par des personnes qui n’étaient pas allés voir de quoi il en retournait vraiment. Et vu que « Le chant des sirènes » a eu un bon accueil, les gens se sont dits que cette polémique c’était vraiment de la merde et qu’ils s’étaient trompés sur moi. Il y a eu un bon retour de boomerang.

Le promotion du rap est assez compliquée en France. Ou alors assez cadrée. Quel a été le pire plateau-télé pour ta promo ?
rires) J’ai fait « Ce soir (ou jamais !) » avec Frédéric Taddeï, qui est une de mes émissions préférées. Quand tu vas à cette émission, on te donne les sujets le jour-même. Et j’ai eu droit au passage à gauche du Sénat et à la Palestine. La Palestine c’est un sujet ultra-sensible, je n’y connais rien et je ne ressens pas forcément le besoin de m’impliquer dans ce sujet. Et puis le Sénat, je sais ce que c’est, comme tout le monde. Mais dire à quoi il sert exactement... Taddeï m’a dit que le fait que je ne m’y connaisse pas pourrait apporter la vision d’une personne qui n‘est pas à fond dedans. En théorie c’était cool. Mais arrivé sur le plateau, j’étais avec des experts, ou moins d’ailleurs, qui étaient des super orateurs, qui faisaient des prises de parole de 2 minutes, etc. Il y avait tellement d’informations que j’avais du mal à suivre. Donc je me disais « Je suis bête ? ». Au moment où ils me demandaient de parler, j’étais complètement à la masse !

Quand Zemmour dit que le rap est une sous-culture d’analphabète, tu lui réponds que...
Que c’est faux. Je me suis retrouvé sur un plateau avec Finkelkraut qui a l’air ultra-intelligent et qui a un avis sur tout. Et il s’est mis à parler du rap en disant que le rap devrait s’ouvrir et ce genre de choses. Pourquoi en parler de façon négative alors qu’il n’y connaît surement rien et qu’il est incapable de citer deux paroles de rap ? Les gens ont toujours envie d’avoir une opinion sur le rap, et c’est souvent négatif. Parfois j’ai juste envie de leur dire de fermer leur gueule.
Quand Zemmour dit que c’est une sous-culture, je trouve que c’est un grand manque de respect pour beaucoup de gens de ma génération qui ont justement comme culture le rap, les jeux vidéos, certains styles de films, les séries, et même les nouvelles technologies. C’est des choses avec lesquelles on a grandi et ce n’est pas moins de la culture que la littérature ou les arts plastiques. Ca voudrait dire qu’on est des sous-humains d’avoir cette culture ? C’est un manque de respect et c’est ultra-hautain.

On sent bien dans des morceaux comme « Suicide social » que tu as une vision très critique et assez désenchantée de la société...
Dans « Suicide social », c’est le point de vue d’un type qui pête un plomb, qui peut être le mien de temps en temps, ou celui de n’importe qui, mais il faut savoir faire la part des choses. Pour moi, il y a beaucoup de choses dans la société d’aujourd’hui qui ne sont plus actuelles, surtout avec les nouvelles technologies. Nos vies ont énormément changé depuis quelques années. Tout s’est accéléré ces 20 dernières années. En exagérant, j’ai l’impression que ceux qui vivaient en 1960 sont plus proches de ceux qui vivaient en 1700 que de nous. Je pense que des modèles très hiérarchisés ne correspondent plus à nos modes de vie. Même pour la politique, avec cette vision droite-gauche très manichéenne...

Est-ce que les rappeurs doivent être engagés politiquement ?
Ma vision du rap c’est « de l’art pour de l’art ». Après, dans tout ce qu’on fait, il y a forcément une part d’engagement, même si c’est pour l’amour ou la paix dans le monde. En lisant entre les lignes de mes morceaux, tu trouveras forcément de l’engagement. Surtout dans le rap qui, à la base, est une musique ultra engagée avec un fort côté politique. Moi je ne suis pas trop là-dedans et j’essaie de bien différencier l’artistique et le personnage. Quand je vois d’autres artistes, je n’ai pas forcémenet envie qu’ils mélangent tout. Tu imagines Prince qui parlerait de politique ?!

MegaUpload a été fermé par le FBI. La fin d’une époque ?
J’ai rencontré des jeunes de collège qui prenaient la fermeture de MegaUpload comme une privation de leur liberté étant donné qu’ils y allaient tous les jours pour se divertir. Je comprends pourquoi ils pensent comme ça. Moi aussi je regardais mes mangas sur MegaUpload. Il ne m’a même pas fallu 3 minutes pour trouver un Rapidshare pour continuer à regarder mes mangas quotidiens. Que MU ferme ou pas, ça change rien. J’ai connu Napster, eMule et d’autres. Ca évolue. Mais il ne faut pas oublier que MU c’est des types qui s’enrichissent sur le dos d’autres gens en vendant du contenu qui ne leur appartient pas. De mon point de vue d’artiste, je veux juste rappeler que pirater des sons ou des films, ça ne touche pas que les artistes. Il y a tous les gens qui bossent sur la prod autour qui en ressentent les conséquences. C’est une économie complète qui est touchée. Moi aussi je télécharge illégalement, comme tout le monde. Mais j’achète aussi beaucoup de musique. C’est une question de responsabilité. Je ne me vois pas dire à des jeunes qui n’ont pas d’argent : « non tu n’écouteras pas mon album parce que tu n’as pas d’oseille ». Ce serait horrible.
Internet était un endroit où on avait plein de libertés. Là on est en train de faire les mauvaises lois, comme Hadopi. C’est une loi avec beaucoup de répression alors qu’on pourrait adapter le système pour que ce soit économiquement viable pour tout le monde.

Tu incarnes un peu dans tes propos le loser de province (cf soirée ratée). Quel rapport as-tu avec le rap parisien ?
Je vois toujours les grands groupes comme NTM comme des professeurs, comme des influences. Je connais plus la nouvelle génération car on se croise assez souvent, mais je vois les fondateurs du rap français comme des exemples.

Ton rapport avec le foot et le SM Caen ?
Je suis toujours Caen, même malgré moi parce que tout mon entourage suit les résultats. Je suis informé en permanence des nouvelles de Malherbe. Je ne suis pas allé au stade depuis un certain temps mais je soutiens toujours l’équipe, même à distance.

Dans pas mal de titres tu parles de basket. Quelle relation as-tu avec ?
C’est le basket qui m’a amené au rap. J’ai joué pendant 7 ans en club, et rap et basket sont forcément liés. Ca a toujours été mon sport préféré, je regarde des matches de temps en temps. Après, la NBA c’est très dur à suivre. 82 matches par saison... En plus, avec la grève des joueurs c’est encore plus compacté !

Le lockout, une guéguerre de millionaires ?
Ce n’est pas aussi simple qu’une guéguerre de millionaires. Les joueurs ont des droits, autant que les proprios, et chacun défend sa position, c’est normal. On était dans une sorte de business model atypique. Au final, même s’il n’y avait eu que 1000 euros en jeu, chacun défend ses droits quoi qu’il arrive. C’est comme dans l’industrie de la musique, un lockout de basketteurs millionaires se répercute sur tout le petit personnel qui travaille dans les stades, ou même sur les journalistes.

Quelles sont tes équipes de coeur ?
Quand j’étais gamin, j’étais à fond sur les Bulls de Jordan-Rodman-Pippen. Et toutes les grandes équipes de l’époque. J’ai encore des cassettes vidéo de la finale Orlando / Houston (ndlr, en 1995) et de Houston / New-York (en 1996). J’aimais bien les Lakers de Magic Johnson aussi, même si j’étais un peu jeune à l’époque, mais je les ai redécouverts après.

Tu es en contact avec des joueurs de l’équipe de France ?
Non, mais j’aime beaucoup l’équipe actuelle avec Noah et Parker. Il y a une bonne dynamique et ils nous donnent envie de les supporter. Je pense que je vais bien suivre les JO.
Quand je jouais en club, le basket français ça ressemblait beaucoup à des petits clubs campagnards, assez chauvins. Il manquait ce côté bling-bling et ce côté spectacle que j’aimais dans le basket US, ce côté fun. Je suis content que l’équipe de france ait cette dimension aujourd’hui, ça donne envie de les regarder.

Tony Parker t’appelle demain et te propose un feat. Tu lui réponds quoi ?
(rires) J’avais écrit dans une chanson « j’aime bien Tony Parker mais j’aime pas Tony-P ». En fait je m’en fous un peu, chacun a le droit de faire la musique qu’il veut. Tony Parker c’est un super joueur, il est hallucinant de rapidité. Son parcours est exceptionnel. Mais en tant que chanteur, je ne suis pas fan.

Le featuring de rêve, ce serait avec qui ?
Je fais la différence entre la musique que j’aime bien et la musique que je fais.
J’aime beaucoup Kanye West et Jay-Z mais je n’ai pas forcément envie de faire un feat avec eux. Enfin, s’ils me proposent je n’hésiterai pas une demie-seconde! Mais ce n’est pas un but en soi. Mon but c’est plus de faire un feat avec quelqu’un qui amène une chanson extraordinaire, un truc qu’on n’a jamais vu, un concept vraiment spécial. C’est le concept ou la chanson en soi qui me motive, plus que faire un feat avec Paul McCartney. Ce serait ouf, mais si la chanson n’est pas bien, ça n’a aucun intérêt.

Quels sont tes projets ?
Pour l’instant il y a la tournée jusqu’à janvier prochain, et ça se passe super bien pour l’instant. Pour après, il y a un vrai projet qui me tient à coeur, c’est un nouvel album avec mon groupe, les Casseurs Flowters. On me propose plein de feat en ce moment. Il ya plein de trucs que j’aurais envie de faire mais je me recentre vraiment sur mon groupe. Je commence à refuser des feat alors que j’aurais aimé les faire. Tu me demandais mon feat de rêve. A vrai dire, je préfèrerais faire un bon album des Casseurs Flowters plutôt qu’un feat avec la résurrection de Biggie !

Propos recueillis par Adrien Coulombeau


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