Camembert Orange

13/06/2014

A une demi-heure de Toulouse, deux clubs se disputaient la finale de la Coupe du Tarn-et-Garonne. L'occasion de pénétrer le football de village le temps d'une soirée. Ou plutôt d'une nuit. Au programme : de la sueur, des larmes, Antonin des Marseillais à Rio et des saucisses frites pour tout le monde.

19h00, les voitures s'entassent sur le parking du Stade de la Fobio à Montauban, proche de ce qui ressemble à une cité dortoir. L'ambiance est caniculaire. Des familles font la queue au guichet, l'entrée est à 5 euros. Sur le terrain, des filles jouent en ouverture leur finale à elle. Le score est large et va évoluer un bon nombre de fois. Dans la tribune clairsemée, Aurélie, 30 ans, est debout, pour supporter l'équipe deux de son club LaFrançaise. Elle concède : "C'est dur là, on est en train de perdre...". Elle jouera demain avec la une contre l'équipe deux du TFC en Division Honneur. Mais pas question de rater ce qui suit : "Je vais rester après pour voir la finale des mecs, j'ai vécu à Verdun et je connais du monde dans l'équipe".
A trente bornes de Toulouse, dans le décor vert et nostalgique d'"A Garonne" de Philippe Delerm, on ne parle pas forcément de rugby et on joue au football. Dans un contexte de proximité, de voisinage et de villages rivaux. Bienvenue dans le far-west tarn-et-garonnais.



D'un côté : l'Associative-Sportive-Savenès-Verdun. A l'origine, deux clubs issus de deux villages voisins. Verdun-sur-Garonne, 4000 âmes et Savenès, un petit millier. Un gros derby entre les deux avant, une entente aujourd'hui pour survivre. Des couleurs sang et or et quelques éléments de contexte : Paul Arroyo, le coach, entraîne pour la dernière fois son club de toujours après une trentaine d'années passées sur les bancs de touche du département et plus de quinze ans sur le terrain. Le capitaine, Mathieu Péduran a été victime d'une rupture d'anévrisme en début d'année. "Un traumatisme", selon les mots de Paul Arroyo, "tout le monde a été touché au club, durant le mois après l'accident, on n'a pas touché une bille. On joue cette finale pour lui".
De l'autre : Malause, ses 1000 habitants, et Fanny, 18 ans, venu "supporter les copains de son village" en tenue pom-pom verte et noire. Pourtant ce soir, les Malausois ne joueront pas avec leurs couleurs. Le Crédit Agricole, sponsor de l'évènement offre les maillots pour l'évènement. Ce sera orange contre bleu.


Bandas, Juninho et une relance râtée


Le match débute avec une demi-heure de retard, à 20h30. L'ambiance ? Entre packs de kros et humour potache. Malause tient la balle, l'ASSV regarde. En tribune, c'est la même chose. Le kop malausois est organisé. Les bandas, les pom-poms et quelques supporters torses nus, l'apéro déjà loin derrière eux, foutent le souk. Enzo, du côté de Verdun, confie en rigolant :"J'ai demandé une caisse à ma tante qui a une batterie mais elle n'a pas voulu me la prêter. On n'est pas organisé, on est complètement à l'arrache". Coup-franc aux 40 mètres pour Malause, frappé directement. Ambitieux. Le public appellera désormais le tireur Juninho. La bandas joue les fêtes de Mauleon et la Boiteuse. On est bien dans le Sud-Ouest.

Pour faire court, l'entente Verdun-Savenès attend sagement derrière, assis sur son statut de club dominant d'Excellence pendant que Malause, qui joue une division en-dessous, s'excite. Pour rien. Le premier but vient avant la mi-temps. Le drame du stoppeur : une relance complètement foirée dans les pieds de l'attaquant adverse. Vu et revu mais toujours aussi efficace. 1-0, Verdun.


"Jean-François Copé !"


La seconde période est celle de l'arbitre. Trop lent, trop mou, trop partial à en croire le public. Peut-être tout simplement trop district. Les compliments défilent : "T'es une pipe !", "Amenez lui un labrador !", et même "Jean-François Copé !". Un joueur de Malause tente sa chance des 20 mètres, le ballon s'envole. On lui conseille de changer de stade : "Va à Sapiac". Quand le match ennuie, les tribunes prennent le relais avec humour : "Assis, on n'est pas debout ! Debout, on n'est pas assis !". Un timide "Liberté pour les ultras !" fait même irruption. Pourquoi pas.

La fin approche, les joueurs sont cramés, les schémas oubliés. Un football irrévérent prend ses dispositions avec pieds en l'air et tacles de cow-bow entre quelques inspirations de belle facture. Les idées sans les pieds. Ou les pieds sans les idées. L'entente Verdun-Savenès sauve une balle sur sa ligne et plante un second but en contre quelques minutes plus tard. 2-0. Le match se termine. Quelques fumis, des cris de joie et des larmes. Trois jolies coupes sont remises dont le trophée historique qui fête ses 50 ans ce soir-là. Les médailles ressemblent en revanche au modèle standard Decathlon. Peu importe, direction le siège de club pour l'ASSV.



Des demis à 8h du mat'


La sono du club est branchée sur RFM et crache Take On Me de A-ha. On est bien dans les années 80. Les bouteilles de Ricard et de Clan Campbell défilent en même temps que les saucisses frites. Les choses sérieuses commencent, les conversations s'agitent. Un joueur montre le texto séducteur envoyé par un dirigeant d'un club voisin à l'un de ses entraineurs qui fait la mou : "Tu sais ce que tu as ici, tu sais ce qu'ont vécu d'autres en partant, à toi de voir....". Il revendique le statut de meilleur buteur du département en 2012-2013.

A quelques mètres, le ton monte, il est question de la boite locale, le Big Ben, à neuf kilomètres, de la présence de Antonin des Marseillais à Rio, de soirée à "ne pas oublier". Deux vétérans du club dont Guytou, cuisinier, se font la boule à zéro. Pour l'éternité. Après tout, le club attendait ça depuis 1981. La soirée s'accélère. Elle se terminera sur la place du village, au petit matin, à boire des demis en chantant au mégaphone.


Par Pascal Montero et Antoine Mestres, à la Fobio, à Montauban


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