Camembert Orange

27/03/2014

Au même titre que toute vérité n’est pas bonne à avouer, il est des certitudes qu’il serait préférable de camoufler. L’optimisme béat, un rien provoquant, affiché par Philippe Saint-André et ses sbires à la sortie du dernier tournoi des 6 nations est à ranger aux rayons de celles-là. « J’ai la conviction qu’on peut être champion du monde en 2015, parce que ce groupe progresse, ne lâche rien», affirmait sans sourciller l’intéressé après la défaite face à l’Irlande. Ben voyons…

Un simple coup d’œil rapide dans le rétro suffit à mettre en lumière l’ampleur des dégâts. Finaliste miraculeux de l’opus 2011, les Bleus avaient quatre ans devant eux pour reconstruire une équipe compétitive et faire ainsi émerger une génération capable de remplacer les Servat, Nallet, Harinordoquy, Bonnaire, Rougerie et consorts. A quelques encablures du sprint final il est pourtant plus aisé de numéroter les abattis que de compter les atouts encore dans la manche du sélectionneur et de son staff. Deux victoires en tout et pour tout en 2013, une faiblarde quatrième place lors des 6 nations 2014 et des certitudes toujours aussi douteuses, voilà pour le croquis.


Jeunisme, expérience et ni-ni

Bien plus épargné par les médias que son prédécesseur, Philippe Saint-André n’a eu de cesse de réclamer temps et clémence depuis sa prise de fonction. Résultat ? Un écart, presque rédhibitoire, semble s’être creusé par rapport à nos voisins anglais, gallois ou irlandais quand il est presque inutile voire ridicule d’évoquer une comparaison avec nos alter égo de l’hémisphère Sud. Sans accorder trop d’importance au check up comptable, force est de constater que les politiques mises en place il y a quelques années par ces trois nations laissent songeur. Le Pays de Galles, vainqueur des deux précédents tournois, et l’Angleterre, l’équipe certainement la plus forte de la dernière compétition, ont en effet osé avec réussite le pari du jeunisme. Exit les trentenaires et les gardiens du temple, bienvenue aux classes biberons. Côté poireau George North, Jonathan Davies, Alex Cuthbert, Leigh Halpenny et Toby Faletau cumulent, à moins de 24 ans de moyenne d’âge, plus de 200 sélections, tandis que du côté de la Rose Manu Tuilagi, Owen Farrell, Joe Launchbury, les frangins Billy et Mako Vunipola ou encore Jack Nowell sont des titulaires en puissance de la sélection alors qu’ils avaient tout juste l’âge d’entrer en 6ème lorsque Martin Johnson et sa bande triomphaient de l’Australie en finale de coupe du Monde. Un truc à vous envoyer Pascal Papé tout droit en maison de retraite.


A l’inverse, et pour démontrer la pluralité des références d’aujourd’hui, l’équipe d’Irlande, toute auréolée de son sacre, a quant à elle choisi de bâtir son projet autour de sa génération dorée et que diable si la date de péremption approche à grands pas. Paul O’Connell, Brian O’Driscoll, Gordon D’Arcy, Rory Best, Eoin Reddan ou Jamie Heaslip ont tous passé la trentaine mais enchainent les prestations de haut vol, histoire de prolonger le plaisir. A dire vrai ces deux modèles comportent les inconvénients de leurs avantages : un manque d’expérience et de vécu pour les uns, un manque de fraicheur et d’insouciance pour les autres. Reste le mérite partagé d’avoir une ligne directrice et de s’y tenir. Pour les résultats que l’on connait.


En France, on navigue à vue. Trop frileux pour donner les clefs du camion à ses jeunes et condamné à faire avec les méformes récurrentes de ses cadres, PSA nous offre un savant gribouillage des différentes cartouches dont il dispose. En mal de solutions, il pousse même l’hétéroclisme jusqu’à offrir sa chance à quelques étrangers made in Top 14, osant nous faire avaler que ni Daniel Kotze ni Noa Nakaitaci et pas davantage Antonie Claassen n’ont d’équivalents au sein de la formation française. Une rhétorique qui peine pourtant à se vérifier sur le pré. N’est pas Pieter De Villiers ou Tony Marsh qui veut. Toujours aussi déconcertant, PSA identifie un manque de leadership et évoque le retour de Julien Bonnaire pour les tests de juin en Australie. Un choix qui respire la sécurité mais qui laisse perplexe sur l’avenir des Bleus, surtout aux vues des prestations d’un garçon comme Yacouba Camara. Si demain Damien Traille grille la politesse à Gaël Fickou, on ne pourra pas faire les étonnés.

Bide ou ruse géniale ?

Au choix des joueurs s’ajoute le choix du jeu, ou du non-jeu en l’occurrence. A considérer que le staff des Bleus se soit planté de politique générale, un projet de jeu viable aurait au moins le mérite de rendre les performances des Bleus plus sexy et autoriserait surtout quelques espoirs légitimes. Mais là encore le bât blesse.

Sous l’ère PSA, le XV de France se contente de jouer par réaction et ne doit son salut qu’à certaines de ses individualités (comprendre Wesley Fofana et Louis Picamoles). Le manque alarmant d’organisation collective rend caduque tout espoir de dominer l’adversaire sur l’ensemble d’un match, obligeant dès lors les Français à subir et à espérer un coup du sort pour repartir avec les lauriers tout juste mérités de la victoire. La stratégie fonctionne parfois, comme face à l’Ecosse, de sorte à faire parfaitement fonctionner le trompe-l’œil. Peut-être PSA s’inspire-t-il de Clive Woodward ou de Bernard Laporte respectivement champion du Monde et champion d’Europe sans n’avoir jamais eu à mener la danse. Sans doute, à l’image de ses deux confrères, mise-t-il sur une stratégie de jeu restrictive visant à faire déjouer l’adversaire pour mieux porter l’estocade. Ok, soit, on s’en attristerait mais n’en déplaise au baron, l’essentiel a toujours été de gagner. Oui mais voilà, sans mêlée conquérante, sans touche fiable et sans buteur… On frise l’insolence. En manque d’imagination dans la construction du jeu, fébrile sur les fondamentaux et seule grande nation à évoluer sans véritable buteur, PSA patauge et nous on se désole. Quand l’Irlande, l’Angleterre ou le Pays de Galles ont imposé tout au long du tournoi de longues séquences étouffantes, mettant au supplice les défenses adverses, la France s’est contentée d’exploiter quelques inadvertances et ne doit ses trois victoires qu’à quelques faiblesses temporaires de ses challengers. Suffisant pour remporter le prochain mondial ? L’escroquerie a ses limites.


Bien sûr on peut toujours espérer faire une grande « française », arriver maquillé, camouflé, dans la tunique de l’outsider idéal, et fumer tout le monde. On pourrait même imaginer que Philippe Saint-André cherche depuis sa prise de fonction à nous faire passer pour des billes pour mieux élaborer son embuscade. C’est farfelu mais sinon comment expliquer l’éviction surprise de Louis Picamoles ou le maintien d’un Pascal Papé qui ne survit plus que par le vice ? C’est peut être ça sa stratégie dans le fond. Jouer le larcin et faire tomber le masque le jour J. Essayons d’y croire.


Arthur Bourdeau


Votre compte sur SOFOOT.com

1 réaction ;
Poster un commentaire

  • Message posté par Roy_Makouuy (70) le 27/03/2014 à 16:52
      

    Très bon article, tu as raison je pense, on ne sait pas où on va mais connaissant le XV bleu, on peut faire un coup!


1 réaction :
Poster un commentaire