Camembert Orange

17/04/2015

« C'est tellement chiant le vélo. Tu passes des heures à regarder les mecs pédaler. Et ceux qui courent au bord des routes, n'en parlons même pas». Voici peu ou prou ce à quoi les amoureux de la petite reine ont droit chaque année à l'approche du tour de France. Sport caricaturé et méprisé, le cyclisme n'est pourtant pas qu'une discipline ennuyeuse gangrénée par le dopage. Petites explications sur une passion française.

Un savant mélange entre tradition et futurisme


Nous sommes en avril. Le temps des classiques cyclistes bat son plein. Le Tour des Flandres, Paris-Roubaix ou encore Liège-Bastogne-Liège, ces courses sont peu connues du grand public. Elles sont pourtant la crainte de tous les coureurs professionnels, au même titre que les grands tours européens. Ces courses d'un jour font toute la mythologie du cyclisme professionnel. Avec des routes pavées, des côtés qui vous cassent les pattes et une ferveur populaire incomparable, ces classiques lancent d'une manière magnifique le début des hostilités pour les grands noms du peloton. Elles permettent à certains d'asseoir leur domination ou au contraire de voir des leaders se casser les dents sur du pavé ruisselant de sang et de larmes.

Porté par des épreuves mythiques comme l'incontournable Tour de France, le cyclisme fait partie du patrimoine immatériel français ; au même titre que le fromage ou la mauvaise humeur. Mélange de nouvelle technologie, de traditions et d'esprit franchouillard, le cyclisme rassemble au-delà des clivages et des régions. « Poupou » a été acclamé par les foules, Mercx et Armstrong ont été hués, Virenque fut la star française des années 1990. Le vélo a souvent réuni les français autour de causes communes.

À la fois old school et populaire, le cyclisme sait mêler la tradition aux dernières avancées technologiques. Vous pouvez faire les malins à aller travailler sur vos fixies hors de prix. En attendant, les vélos du futur sont déjà sous les culs des professionnels actuels, Kraftwerk a fait un album nommé "Tour de France soundtracks" et Albert Londres raconte le Tour de 1924 dans "Les forçats de la route". Rajoutez à ça le look futuriste de ces athlètes lors des CLM pour obtenir un sport alliant performance, innovation et esthétisme tout en respectant les grandes traditions historiques.


2001, Odyssée du goudron


Dopage, Tapie et dramaturgie


Preuve de sa modernité, le cyclisme a toujours été lié aux innovations scientifiques et … au dopage. Malgré la prise de conscience du problème depuis les années 1990 où EPO et pot belge faisaient fureur, ce sport est toujours associé au dopage dans l'imaginaire du grand public. Les calamiteuses années Armstrong et les « performances » des Riise, Rasmussen, Ullrich ou encore Landis sur la Grande Boucle ont semé le doute pour longtemps.
Bien qu'aucune preuve de dopage n'ait filtré pour de nombreux coureurs, certains anciens cyclistes et journalistes dénoncent ces années où l'EPO faisait des ravages au sein du peloton. Pour avoir justement grandi dans les années 1990, j'ai découvert le cyclisme à travers Indurain et les années calamiteuses qui ont suivi la fin du règne du coureur espagnol. Même si le cycliste espagnol reste une idole à mes yeux, il est très difficile de le défendre dans des discussions entre amis où le thème du dopage est abordé. Présomption d'innocence, naïveté, il est difficile de justifier cet amour pour des sportifs « douteux ». Peut-être est-il préférable de tenir bon et de ne pas oublier ces années de « supporterisme » devant une TV ou aux bords des routes? Après tout, les supporters de l'OM n'ont jamais renié les années Tapie.



La joie de vivre sur un vélo (©Numerius)


Considérer le cyclisme comme un vulgaire sport de dopés revient par ailleurs à oublier toute la théâtralité de cette discipline. Malgré le dopage, le cyclisme fait partie des sports les plus violents et les plus dramatiques qui puissent exister. Violent au sens premier du terme avec des chutes parfois mortelles, le vélo est avant tout une discipline où l'effort individuel est omniprésent. En attestent les faces couvertes de boue des cyclistes lors des Paris-Roubaix. Là où un footballeur peut cacher ses faiblesses sur le dos d'un coéquipier, le cycliste doit sans cesse continuer son effort sous peine de se voir rattrapé par la voiture balai. Les étapes de montagne sont les plus dures mais aussi les plus belles pour les coureurs. La proximité entre le public et les coureurs est incroyable, incomparable. En lutte avec la fatigue et sa machine, le coureur puise des ressources inespérées dans les encouragements d'une foule qui ne fait pas de distinction de maillots et de nationalités. Les barrières s'effacent au-devant du Tourmalet.



Vainqueur en 1910, Octave Lapize avait qualifié de "criminels" les organisateurs pour avoir prévu 4 cols en une étape.

Cette proximité avec les spectateurs est sans doute le dernier point qui fait la beauté de ce sport atypique. Chaque Tour de France est l'occasion de voir des foules immenses se réunir aux bords des routes. Pour certains, aller au Tour est un rituel qui dure depuis des décennies. Véritable habitude familiale pour beaucoup de personnes, les générations se réunissent pour découvrir la montagne, attraper quelques gadgets de la caravane publicitaire et encourager durant de précieuses secondes les grappes de cyclistes sur les flancs de montagne. Chaque année, la foule et les cris d'encouragements peuvent vous filer les frissons. Cette ferveur, ces drapeaux et ces peintures au sol sont la marque d'un amour immodéré pour ce dernier sport de masse gratuit. Sport professionnel où des millions d'euros sont en jeu, le cyclisme a su garder cet aspect populaire indispensable à son fonctionnement.

À chaque montée de col, une tragédie se joue. Une véritable pièce de théâtre où les spectateurs sont partie prenante. Même dans le plus populaire des sports qu'est le football, cette proximité, ce mélange d'attente, d'excitation et de joie extrême est inexistant. Attendre des heures pour 10 secondes de plaisir maximum, là réside sans doute le mystère du cyclisme. La ferveur du public apporte cette part de mysticisme qui fait la beauté de ce sport. Les années ont passé depuis les Coppi, Bobic et autre Ocana, les scandales ont terni puissamment l'image du cyclisme mais les courses et les grands tours sont toujours là, aimés coûte que coûte par les français.
Avec les excellents résultats des Pinot, Peraud ou encore Gallopin sur le dernier Tour, une nouvelle ère s'ouvre pour le cyclisme hexagonal. Les beaux jours arrivent, le temps idéal pour se balader le long du bitume…


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