Camembert Orange

01/11/2013

Retour sur les déclarations de Patrice Evra qui ont permis de montrer l'incohérence du journalisme sportif français.

Tous les journalistes sportifs l'ont affirmé ces derniers jours : la sortie de Patrice Evra dans Téléfoot n'est pas la bienvenue à l'heure où l'équipe de France (EDF) doit être solidaire en vue des prochains barrages face à l'Ukraine. Ses déclarations nuisent à la cohésion de groupe et empêchent l'EDF de se concentrer sur ses futures échéances. Elle illustre l'égoïsme d'Evra puisqu'il satisfait une envie personnelle d'en découdre en oubliant l'importance de conserver un environnement sain à l'approche des barrages. Pire, selon les 4 cibles de Patou : Luis Fernandez, Pierre Ménès, Rolland Courbis et Bixente Lizarazu, le latéral n'aurait plus aucune légitimité à l'ouvrir depuis l'épisode du bus sud-africain et la grève honteuse d'un groupe alors en perdition.


Si la honte de Knysna est véritable, si la culpabilité d'Evra dans cet épisode est vraisemblable, il semble en revanche tout à fait disproportionné et malhonnête d'estimer que ce dernier n'a aucun droit de répondre à ses détracteurs après pourtant 3 années de silence.
Une question se pose néanmoins : comment peut-on analyser et critiquer les performances sportives des joueurs tout en ne leur laissant aucune possibilité de répondre? Malgré 2010 et la bêtise de cette grève, Evra est resté un joueur incontournable de MU mais surtout de l'EDF. On aurait pu le bannir, celui-ci aurait pu se mettre en retrait comme Toulalan l'a fait. L'ancien monégasque a préféré tailler sa route dans le silence, laissant parler les éditorialistes et journalistes autoproclamés porteurs de l'opinion publique.




Légitimité et critique




Téléfoot, jour du Seigneur. En bon catholique, Evra distribue les pains. La chupa chups de Fernandez, les 8 jongles de Ménès, Roland Tournevis, un florilège de vannes plus ou moins bonnes bouscule les footix devant leur émission préférée. Avec ces déclarations, Evra a pourtant souligné ce que beaucoup de personnes pensent au sujet de ces commentateurs : présents tous les jours dans les médias pour commenter l'actualité sportive, ils enchaînent des généralités souvent dignes du café du commerce.


Les anciens joueurs comme Lizarazu ou Fernandez exercent ce métier de consultant grâce à la légitimité tirée de leur carrière. Ils ont tout gagné ou presque sous le maillot bleu. Mais une fois les micros ouverts, ces derniers agissent en moralisateurs et distribuent les leçons à longueur d'émissions (chose qu'ils ont bizarrement détesté durant leurs années passées sur le terrain).


Le cas Pierre Ménès est lui significatif de ces consultants détestés des joueurs mais qui demeurent incontournables dans les émissions footballistiques. Les Ménès et autre Riolo se posent eux aussi en donneurs de leçons, releveurs de torts et en défenseurs du beau jeu. Peu avares lorsqu'il s'agit de faire des généralités, ils assènent un discours parfois valable mais trop souvent empreint de raisonnements faits à la va-vite.
Évacuons rapidement ici la question de leur légitimité qui est en réalité un faux problème. Rien n'oblige en effet une personne à devenir un footballeur professionnel pour pouvoir livrer l'analyse d'un match.
Pour ce type de consultants, la question de la légitimité devrait être justifiée par la qualité de leurs analyses. La critique n'est en effet valable que si cette dernière est fondée, cohérente et pouvant être discutée dans un débat constructif.
Que nenni. Chacun pourra débattre de la qualité de leurs commentaires mais force est de constater que Pierre Ménès est plus connu pour être un meilleur humoriste que commentateur, tant ses déclarations à l'emporte pièce polluent un "CFC" déjà faible en analyses crédibles. Soulignons d'ailleurs la qualité et la justesse des commentaires d'un Eric Carrière, îlot d'objectivité et de clairvoyance, dans une chaîne qui a depuis longtemps perdu de sa superbe en termes de traitement qualitatif du football français.



Evra porte-parole de joueurs excédés ?





Alors Evra est-il un loup solitaire comme certains consultants l'affirment ou bien reflète-t-il un ras-le-bol général de la part des joueurs pro?
Robert Pirès a avancé un début de réponse avec une petite bombe pourtant passée inaperçue dans le vacarme médiatique ambiant. L'ancien gunner affirmait il y a quelques jours au micro d'Europe 1 (station dont il est le consultant) que l'ensemble des joueurs du groupe approuvaient les propos du capitaine de MU. Surprise donc : l'interview permettrait non pas de semer la discorde mais d'unir les Bleus face à la critique systématique et aux moqueries dont ils sont les cibles régulières.

Le raisonnement est logique. En parlant pour son cas personnel, Evra a dit ce que beaucoup de footballeurs mais aussi d'amateurs du foot
pensent : aucun commentateur sportif n'est capable aujourd'hui d'énoncer une analyse crédible et cohérente sur les performances collectives et individuelles des Bleus mais aussi sur l'ensemble des matchs de ligue 1. Par manque de moyens (format médiatique trop restrictif, débats insupportables dignes du café du commerce et soumis aux lois de l'audimat...) mais aussi par manque de discernement (comment un Pierre Ménès peut juger objectivement la performance d'un joueur qu'il déteste dans le privé?), ces commentateurs ne peuvent fournir aujourd'hui un discours correct et crédible sur l'état du football actuel.
Juste retour des choses donc que de voir ces footballeurs détester ces consultants.


Il est enfin impossible pour ces commentateurs de refuser toute critique à leur égard tout en continuant leurs attaques dans les médias. Mauvais clients car peu à l'aise face caméra, les footballeurs sont une cible facile pour l'ensemble de la presse (spécialisée et généraliste). Cette position inégale dessert les joueurs qui adoptent (pour se protéger?) un discours uniforme et stéréotypé relativement désagréable. La sortie médiatique d'Evra, malgré sa maladresse, a au moins le mérite de souligner les dérives d'un système toujours à la recherche de boucs-émissaires.
Alors il serait enfin temps que les journalistes sportifs et autres chroniqueurs fassent leur auto-critique et changent leur regard sur les joueurs qu'ils aiment tant commenter chaque week-end.
Le passé d'Evra ne lui permet pas d'être en position de force. Il est néanmoins primordial de saluer cette interview qui a permis d'avoir enfin une critique publique de ces commentateurs omniprésents mais pas indispensables.


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