Camembert Orange

17/04/2014

Tata n’aura pas gagné la Liga cette année. Ni la Champions d’ailleurs. Mais une chose est sûre, il est un des entraîneurs que j’apprécie le plus en ce moment. Cependant, sans victoire point de salut. Alors voici mes 5 raisons pour défendre le maintien du technicien argentin en terres catalanes. Hey le Barça, conservez Gerardo Martino entraîneur…

1) Parce qu’il a un joli palmarès

Ne soyons pas trop sévère avec un homme qui est arrivé il y a à peine un an sur le continent européen. Cela serait digne d'un éditorial de Mundo Deportivo. Peu connu sur le vieux Continent, Tata peut se vanter d’avoir un joli CV pour un coach sud-américain en Europe. Champion du Paraguay à plusieurs reprises (2002, 2003, 2004, 2006), il a été nommé sélectionneur du pays en mars 2007. Fort d’un Mondial 2010 réussi, la sélection paraguayenne parvenant à atterrir en quart de finale face à l’Espagne, il parvient à hisser ensuite l’équipe des Guarani en finale de la Copa America 2011. Malgré la défaite, Martino sort grandi de ces expériences et prend en 2012 les commandes de son club fétiche : les Newell’s Old Boys, club avec lequel il remporte en 2013 le championnat le plus fou du monde.

Très sollicité, il quitte glorieusement son pays pour relever le défi catalan. Après un début de saison prometteur et une Super Coupe d’Espagne dans les filets, les blessures au sein de la défense catalane et l’inefficacité offensive auront eu raison des Blaugranas qui n’auront rien à se mettre sous la dent en cette fin de saison. Échec sportif donc au vu de l’effectif catalan mais final peu surprenant au vu de la faiblesse défensive des Culés cette saison. Tata a tenté, misé sur certains jeunes pour pallier ces carences mais cela n'aura pas suffi.



Un véritable seigneur veillant sur ses ouailles

2) Parce que ses dirigeants sont des incompétents

Inutile de tergiverser plus longtemps. Le véritable problème actuel du club repose sur un point crucial : ses dirigeants. Depuis notamment le départ de cadres comme Txiki Begiristain, le recrutement n’est plus à la hauteur du jeu catalan. Le président Rossel et ses amis en place ont commis une grave erreur en recrutant Neymar au détriment de plusieurs joueurs défensifs de classe internationale. Tombés dans le jeu du mercato à outrance, Rossel a privilégié le clinquant au solide, le carton au béton. Il s’est contenté de faire de la politique politicienne en jouant la surenchère avec le Real. On connaît le résultat...

Puyol et Alba blessés durant des mois, Piqué en méforme voire indisponible plusieurs semaines, Mascherano colmate les brèches et Alvès joue un match correct par mois. Voilà (très) grossièrement les piliers qui n’ont pas pu/su être à la hauteur cette saison. Et cela, les Socios l’avaient vu venir dès la saison dernière. Face au refus de Chelsea et du PSG de vendre David Luiz et Thiago Silva, il était nécessaire pour le Barça de recruter un axial de métier pour permettre à Mascherano de constituer un joker de luxe. Mais les dirigeants ont abdiqué et ont été contraints de prôner la stabilité en faisant confiance à l’effectif et notamment aux jeunes comme Bartra ou Montoya.

Ce manquement stratégique ne serait rien sans les ennuis judiciaires liés au transfert de Neymar et aux soupçons de détournements de fond qui ont sans doute perturbé un groupe qui n’avait pas besoin de ces polémiques lors des échéances nationales et européennes du printemps. Ajoutez à ce bouillant mélange une pincée d'interdiction de recrutement dictée par la FIFA et vous obtiendrez un contexte détestable pour préparer sereinement un match chaque semaine. Tata a subi cette situation toute la saison en jouant les pompiers face aux carnassiers que sont les médias sportifs espagnols. Il essaie de gérer un extra-sportif explosif dans un contexte sportif très compétitif. « Esta dando la cara » comme diraient nos amis Ibériques. Il ne se dérobe pas. Et rien que pour ça, il mérite de rester une saison de plus pour montrer l'étendue de ses compétences.



3) Parce que son effectif est en pleine évolution

Malgré l’arrivée de Neymar, Gerardo Martino n’a pas eu beaucoup de choix dans la préparation du mercato estival et a essuyé beaucoup de refus de la part de défenseurs convoités sur le marché. Il a hérité d'un groupe touché la saison dernière par la maladie de l’ancien entraîneur Tito Vilanova. Tata a dû prendre en charge un effectif victorieux mais groggy et en (re)construction.
Il a pourtant réussi la prouesse de réaliser le meilleur départ de l’histoire du club avec 7 victoires consécutives et 24 buts marqués. Mais après avoir éteint les critiques dès septembre, Martino a reçu une volée de bois verts après la semaine catastrophique du Barça avec 3 défaites consécutives d’avril (pire série depuis 2003). C’est la règle du jeu: l’entraîneur est le 1er fusible en cas de défaite.

Une grande partie de la responsabilité de ce revers revient au coaching parfois hasardeux de l'argentin. Cependant, il serait injuste d'oublier la culpabilité des joueurs dans cette histoire et l'apathie qu'affichaient les barcelonais dans l'animation du jeu notamment face aux merengues. Le point d'orgue aura été la détermination et la fougue montrées par les Colchoneros qui ont su donné une leçon de réalisme à un Barça amorphe. La grinta se transmet mais les joueurs devaient prendre leurs responsabilités lors de quart de finale de Champions. Ils ne l'ont pas fait et ont déçu tout un peuple.


4) Pour enfin prouver qu’un entraîneur peut gagner des deux côtés de l’Atlantique


Rares sont les entraîneurs à avoir réussi des deux côtés de l’Océan. Pellegrini, Bielsa et peut être Scolari (avec la Sélection du Portugal) sont peut-être les rares élus de ces 20 dernières années. Beaucoup de grands entraîneurs sud-américains, au palmarès prestigieux comme Bianchi, Basile ou Pekerman ont tout gagné sur leurs terres mais très peu brillé sur les bancs de touche européens. Certains comme Maturana, Zagallo ou le grand Télé Santana n’ont même pas eu l’opportunité de venir en Europe coacher une équipe.

Martino a pris un risque en venant entraîner le club d’une des villes les plus exigeantes en termes de résultats mais aussi et surtout en matière de qualité de jeu proposée chaque week-end. De plus, il serait intéressant que son arrivée conjuguée à la grande réussite de l’argentin Diego Simeone à l’Atletico puissent développer l’arrivée d’entraîneurs sud-américains en Europe. Un des moyens de se renouveler pour le football européen est en effet de puiser ses idées dans les systèmes mis en place par les grands coachs venant d'autres continents. Alors laissons un peu de temps à Tata pour prouver, comme l’a fait Simeone, que lui aussi peut réussir dans l’un des plus beaux championnats du monde.



Le Lino Ventura du football argentin



5) Parce que Tata Martino a un style de seigneur

Gérardo Martino c’est avant tout une patte, une élégance. « Survet », nuque longue à l’argentine, costard Brice sorti d’un mariage de 1999. Tata pose ses bases, il assume tout. La comédie ? Connaît pas. La mise en scène avec glissade sur les genoux ? Non merci. Face aux chantres du costume Zara moulant porté par les Mourniho, Guardiola et autre Simeone, lui privilégie le naturel et le petit bidou post carrière sportive. Cet homme donne envie de s’installer en terrasse à ses côtés, une bonne bière à la main, et de digresser sur l’état du football actuel. Martino, c’est la vraie vie. Celles des mecs qui préfèrent porter un truc moche mais confortable. C’est le Alain Casanova argentin niveau 1000. Qu’est-ce que j’aimerais qu’il vienne entraîner le TFC…

Pascal Arroyo


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