Atahualpa futbol

13/09/2013

En attaquant le Sporting Club Barcelona de Guayaquil, le FC Barcelone fait plus qu’entamer une procédure juridique grotesque, il va à contre sens de l’histoire du football et semble en ignorer (ses dirigeants tout au moins) la profondeur.

Les dirigeants du FC Barcelone ont déposé un recours en justice afin d’obtenir la commercialisation exclusive de son nom sur toute une gamme de produits dérivés. L’institut équatorien de la propriété intellectuelle espère trouver un compromis par lequel les deux entités cohabiteraient pacifiquement. Cette attaque en justice des dirigeants barcelonais est aussi procédurière qu’intéressée financièrement. Pour mieux comprendre, pas moyen d’échapper à une petite leçon d’histoire de ces deux clubs afin de remettre quelques pendules à l’heure.

A bien y réfléchir, si on devait raisonner à la manière de Sandro Rossell, le FC Barcelone lui-même n’est qu’un vulgaire plagiat. Fondé en 1899 par un expert comptable suisse, Hans Gamper, le club du FC Barcelone a repris les couleurs du FC Bâle, le club préféré de « Joan » Gamper : le rouge et le bleu. On peut aussi remarquer la similitude dans l’appellation : FC Bâle – FC Barcelone. Le Sporting Club Barcelona Guayaquil a été fondé en 1925 dans la grande ville portuaire de Guayaquil par des immigrés espagnols de Catalogne. Le club crée par ce groupe d’étudiants catalans a repris le nom de leur ville d’origine : Barcelone, ainsi que le blason. Les couleurs du club : jaune, rouge et noir, sont un rappel au drapeau catalan. Le Barcelona SC a aussi été un club important pour les exilés républicains catalans réfugiés en Equateur après la Guerre Civile espagnole. Le club a évolué avec un maillot jaune à rayures rouges dans les années 1930 … tiens, tiens ! Comme le maillot extérieur du FC Barcelone cette année. Le Barcelona SC est rapidement devenu un club phare du football équatorien. Premier club du pays à atteindre une finale de Copa Libertadores (en 1990 contre l’Olimpia Asuncion, puis en 1998 contre Vasco da Gama), il est le club le plus supporté du pays : les enquêtes d’opinion le situent à environ 39% de popularité en Equateur.

Sandro Rossell connaît-il les raisons qui ont poussé des Equatoriens à nommer un club « Barcelona » ? On est en droit de se poser la question, les dirigeants barcelonais semblant ignorer tout de l’histoire du football sud-américain. L’émigration massive d’Européens vers l’Amérique latine de la fin du XIXème siècle jusqu’à l’entre deux-guerres a eu un impact conséquent sur l’histoire du football. Le football a voyagé en même temps que les migrants, qu’ils soient fortunés ou non. Les Portugais ont crée au Brésil de nombreuses associations sportives et de loisirs dès leur arrivée dans les villes : on ne compte pas au Brésil les clubs nommés « Portuguesa » et « Vasco da Gama ». Pour autant, les descendants du navigateur portugais (s’il en a) n’ont jamais porté plainte pour « usage abusif » du patronyme de leur ancêtre ! En Argentine, les clubs Italiano ou Deportivo Español ont été fondés, comme leurs noms l’indiquent, par des immigrés italiens et espagnols. Les fondateurs anglais du club uruguayen de Liverpool FC Montevideo n’ont pas repris les couleurs rouges du célèbre club des bords de la Mersey, mais en ont repris le nom. De même, au Chili, dans la ville de Viña del Mar évolue le club d’Everton. Au Chili toujours, le club Palestino, fondé par des immigrés palestiniens au début du XXème siècle, se fait aujourd’hui le porte-parole de la cause palestinienne, à travers le football. Certes, ces clubs ont le même nom que leurs glorieux homonymes européens, mais ils ont leur propre identité, leur histoire et leurs supporters. Au sein même du continent sud-américain, on retrouve plusieurs clubs nommés Colo-Colo, souvent en hommage à la grande équipe chilienne de Santiago, comme il y a plusieurs clubs Flamengo, Fluminense ou Botafogo au Brésil.

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Le CD Everton Viña del Mar a également le même maillot que Boca Juniors. Sandro Rossell, quelque chose à rajouter?


En Europe, des clubs aussi ont eu recours à l’utilisation du même maillot qu’un autre club. La Juventus de Turin évoluait en rose jusqu’à la commande de maillots du club anglais de Nottingham Forrest qui évolue en rouge. Une erreur dans la commande et les joueurs turinois se sont retrouvés avec le maillot rayé noir et blanc de Notts County, le second club de Nottingham. Voici comment, en 1905, les joueurs de la Juventus de Turin ont adopté des couleurs qui n'étaient pas les leurs. Aujourd'hui, pour la totalité des passionnés de football, la Juventus de Turin est associée systématiquement aux couleurs "bianconeri", sans que cela choque personne et c'est tout à fait normal. En 1902, c’est en lisant une revue sportive relatant les exploits du Racing Club de Paris, qu’un des fondateurs du club du Racing de Avellaneda, décida de donner au club argentin les couleurs bleu ciel et blanc du club parisien champion de France.

Sur tous les continents, des clubs témoignent d’une histoire de l’immigration, d’une histoire riche en luttes sociales (le club argentin d'Argentinos Juniors originellement nommé Martires de Chicago en hommage aux manifestants et militants anarchistes tués par la police à Chicago en 1886) et de tant d’histoires et de destins. Combien y a-t-il de clubs Benfica en Afrique lusophone ? Combien de réfugiés politiques ou déplacés de force (l’histoire des clubs grecs et chypriotes est en cela passionnante) ont recrée à travers un club de football un peu de lien social et de leurs « chez eux » ? Le FC Barcelone ; dont les dirigeants n’ont de cesse de vanter l’activisme sur tous les fronts de la lutte contre la misère, à grands coups de campagnes de communication avec l’Unicef et de fondations humanitaires qataries ; a tout faux. Non pas que cette attaque juridique soit grave en tant que telle, mais c’est tout ce qu’elle sous-entend comme ignorance et mépris de l’histoire de ceux qui ont supporté et supportent ce club qui est détestable.

N’en déplaise à Sandro Rossell, le SC Barcelona Guayaquil peut compter sur des supporters bien plus bruyants que le public catalan.

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9 réactions sur 2 pages Précédent 1/2 Suivant ;
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  • Message posté par Kurdt (198) le 14/09/2013 à 03:16
      

    Article abscons.

    En ce qui me concerne j'en ai rien à cirer. Si un club plagie aussi ouvertement et de façon aussi éhontée un autre club, il doit tôt ou tard assumer les conséquences.

  • Message posté par Frenchies (-1) le 14/09/2013 à 04:45
      

    Le format du maillot (et les couleurs) sont souvent semblables oui... mais l'écusson allo, c'est un pauvre copier coller là !!!

  • Message posté par momobarca (2885) le 14/09/2013 à 11:06
      Note : 2 

    Sandro Rosell ne doit rien d'autre avoir à faire... Son entreprise de démolition du Barça avance bien, et le pire, c'est qu'il est encore là au moins jusque 2016. Au secours!

  • Message posté par Kaviedes18 (10) le 14/09/2013 à 11:30
      Note : 7  /

    Je suis l'auteur de cet article. Le logo est un "copier-coller" ... Oui, mais dans les années 1920 les fondateurs du SC Barcelona Guayaquil ont repris le logo du club de leur d'origine, sans se douter que 90 ans plus tard, un maniaque des droits de propriété se manifesterait.
    Plus sérieusement, il suffit d'avoir une vision un peu plus large du football pour se rendre compte que ce n'est pas un cas isolé. En Afrique lusophone (Angola et Mozambique notamment) de nombreux clubs se nomment Benfica et ont exactement le même logo, à quelques détails près. Pour autant, le Benfica Lisbonne n'a jamais été traîner ces clubs devant la justice. Le football et l'immigration sont liés de manière très forte sur les continents américain, africain et asiatique. On pourrait aussi s'attarder sur les clubs "Celtic" qui reprennent la fleur de trèfle, comme le club de Glasgow (les Celtic de Bloemfontein en Afrique du Sud.
    Ca ne pose aucun problème à une multitude de clubs qui y voient au contraire une preuve de leur popularité, quelque chose de positif, sauf le "grand Barça" qui lui va s'en aller devant les tribunaux pour du merchandising qu'il juge illégal en Euqateur. Intéressant ...

  • Message posté par leopold-saroyan (2024) le 14/09/2013 à 12:10
      Note : 2 

    Tout est dit dans cet excellent article (sur un sujet méconnu et passionnant)
    Ben sinon Rosell, t'es vraiment qu'une raclure obsédée par le flouze..pfff


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