Atahualpa futbol

27/06/2014

Rio de Janeiro, stade du Maracana, mercredi soir : l'Equateur et la France achèvent leur dernier match du groupe E sur un score nul et vierge: 0-0. L'Equateur est éliminé de ce Mondial et la France, elle, poursuit l'aventure en huitièmes de finale. Le match des Equatoriens a été sérieux, appliqué et courageux, mais l'amertume de l'élimination est là et elle a un furieux goût de regrets. Seul pays du continent sud-américain éliminé dès le 1er tour, l'Equateur l'a joué « petit bras », explications…

Dès la fin des éliminatoires de la zone CONMEBOL, l'Equateur, voyant la qualification approcher, nourrissait de grands espoirs dans la Coupe du Monde au Brésil qui se profilait. Les dirigeants de la FEF, Luis Chiriboga le président en tête, fixaient pour objectif une qualification pour les quarts de finale. Au mois de mai, Chiriboga déclarait à la presse que « Dieu veut que nous allions en huitièmes, en quarts, le plus loin que nous pourrons parce que nous y allons avec l'intention de jouer avec toutes nos forces ». Une ambition affichée pas si irréaliste que ça, compte tenu de la progression relativement continue du football équatorien avec une première participation au Mondial en 2002, puis une autre réussie en 2006 avec une qualification pour les huitièmes de finale. Tout au long des éliminatoires, même si l'Equateur a connu quelques défaillances, notamment la dernière partie des éliminatoires après le décès de son attaquant vedette Christian Benitez, le jeu proposé par les Equatoriens était de nature à rassurer les supporters. Reinaldo Rueda, le sélectionneur colombien de l'Equateur, tâtonnait seulement sur le choix du gardien titulaire et entre les schémas 4-4-2 ou 5-3-2. La Tricolor développait alors un football basée sur la possession de balle, la vitesse de ses ailiers et des contres rapidement menés, à vrai dire, un football plutôt agréable. Enfin, le Brésil présenterait l'avantage de jouer devant un public nombreux et acquis à la cause des équipes sud-américaines, un avantage pas du tout négligeable.

Seulement voilà, l'ambition des huitièmes de finale s'est envolée en milieu d'après-midi à Brasilia après un but cruel du Suisse Seferovic. Pour son premier match de groupe, contre la Suisse, l'Equateur jouait «sa » finale pour la qualification. Il était clair que la France ferait figure de favori et que la deuxième place serait à disputer entre Suisses et Equatoriens. Pourtant, la « Tri » avait très bien débuté son match en ouvrant le score par l'intermédiaire du génial Enner Valencia. Malheureusement, l'Equateur tombait dès le premier match dans le piège du jeu « petit bras », en ne poussant pas davantage sur le but suisse. Durant ce match, Jefferson Montero et Enner Valencia ont fait souffrir la défense suisse mais l'Equateur a sans doute trop calculé et s'est fait prendre au piège elle-même. En fin de match, le rentrant Michael Arroyo rate une balle de 2-1 après une chevauchée tout schuss (ce sera la seule de son Mondial) d'Antonio Valencia. La réaction suisse fut sans appel et Seferovic a mis fin, à la 93ème minute, aux rêves équatoriens. Contre le Honduras lors du match suivant, l'Equateur devait gagner pour se qualifier. Un objectif on ne peut plus clair : vaincre ou mourir. Rueda, ancien entraîneur du Honduras qu'il avait qualifié pour le Mondial 2010, a alors reconduit la même équipe que contre la Suisse en changeant seulement le jeune Gruezo au milieu de terrain par le plus expérimenté Oswaldo Minda. Ce match, l'Equateur l'a remporté 2-1, mais au-delà du score qui a permis à la Tricolor de croire encore un petit peu à sa qualification, c'est la prestation des joueurs qui pose question. Si joueuse durant les éliminatoires et pendant quelques bonnes séquences contre la Suisse, l'Equateur s'est mis à jouer un football de kick-and-rush, de longs ballons balancés devant pour un Felipe Caicedo peu inspiré et des fautes, beaucoup de fautes ! Aujourd'hui dans la presse équatorienne, l'ancien attaquant international équatorien Raul Avilés souligne qu'il ne « sait pas à quoi à jouer cette équipe », un sentiment partagé par de nombreux supporters de la Tricolor. Contre la France pour son dernier match, l'Equateur s'est enfermée dans une stratégie louable et presque exemplaire façon « le plus important c'est de participer », une motivation largement reprise par le Gouvernement équatorien lui-même qui a multiplié par l'intermédiaire de ses membres et le Président Correa lui-même, les encouragements et les félicitations sur les réseaux sociaux envers une Tricolor « qui aura tout donné » et que l'on « remercie pour ses efforts ». Mais le problème est bien là, le mois de juin s'achève par des félicitations que l'on donne à une équipe que l'on voyait très bien figurer et qui finalement, bien poussivement, termine le Mondial avec 4 points au compteur.

C'est le président du club de la Universidad Catolica de Quito (première division équatorienne), Francisco Egas qui a dégainé le premier (et le plus fort) en questionnant la participation même de l'Equateur au Mondial pour y obtenir les résultats que l'on connait. Sur Twitter, Egas a dit « Passer de « jouer un grand rôle » à « sortir avec les honneurs » ressemble à des histoires d'une autre époque, nous devrions être passé à autre chose ». L'autre époque dont parle Egas, c'est celle qui précède les premiers bons résultats du football équatorien, au milieu des années 1990, alors que l'Equateur était une nation mineure du football sud-américain, au même rang que le Venezuela ou la Bolivie. Au fur et à mesure de ce début de la compétition, le mental équatorien a faibli. Pas en ce sens où les joueurs n'ont pas joué avec leurs tripes mais plutôt de manière diffuse et collective, le mental équatorien est retombé dans la facilité de se dire qu'ils n'étaient peut-être pas taillés pour aller plus loin. Pour la première fois depuis sa constante progression, le football équatorien doit faire face à un échec. Pour le moment, le président Luis Chiriboga souhaite poursuivre la collaboration avec Reinaldo Rueda. Cependant, parce que sur ce blog on adore le football équatorien, on pourrait quand-même relever quelques choix surprenants du sélectionneur, ainsi que rappeler ce qui a fonctionné ou pas dans cette Tricolor 2014 :

-Antonio Valencia a réalisé un Mondial épouvantable, du début à la fin. Personne, même parmi ses admirateurs, ne pourra le nier, le joueur de Manchester United a été au mieux fantomatique, au pire un boulet pour son équipe. Capitaine de la sélection, Valencia n'a pas du tout pesé sur le jeu de la Tricolor, sa seule action dangereuse du Mondial aura été cette course côté droit à la toute fin du match contre la Suisse et ce ballon qu'Arroyo aurait pu mettre au fond des filets. Contre le Honduras, Valencia a fait un match très très moyen, contre la France il se fait exclure. Une compétition où l'on attendait mieux du seul joueur équatorien d'envergure internationale, jusqu'à maintenant …

-Jusqu'à maintenant, car Antonio Valencia s'est fait voler la vedette par l'autre Valencia, Enner. Milieu gauche quasi anonyme de l'Emelec jusqu'à l'année dernière, son repositionnement en avant-centre par Gustavo Quinteros en a fait un joueur de premier ordre. Son arrivée à Pachuca, au Mexique, a tout de suite été couronnée de succès puisqu'il a fini meilleur buteur du championnat pour sa première saison. Auteur de 3 buts lors de la Coupe du Monde, il a clairement tapé dans l'œil de plusieurs clubs européens (Tottenham, Arsenal, Everton, Newcastle, le FC Porto et le FC Séville seraient intéressés). Rapide, technique, vif, doté d'un bon jeu de tête et très intelligent dans son jeu (peu de déchets), Enner Valencia ressemble très fort au futur joueur vedette du football équatorien.

-Pourquoi Fidel Martinez et Joao Rojas n'ont-ils pas joué davantage ? Michael Arroyo a été un repêché de dernière minute par Rueda, sélectionné juste avant le Mondial. Si Arroyo est un joueur combatif et bon dribbleur, il n'en reste pas moins un joueur brouillon, qui s'éparpille un peu partout et qui n'a pas pris les bonnes décisions, contre la Suisse surtout et aussi contre la France. Pourtant, Rueda l'a toujours préféré au moins combatif certes, mais plus fin Fidel Martinez (qui n'aura même pas jouer une seconde dans ce tournoi) et au percutant Joao Rojas. On aurait aimé voir ses deux joueurs aligner avec Enner Valencia plutôt que le trop statique Felipe Caicedo.

-Alexander Dominguez a gagné sa place de titulaire lors de cette Coupe du Monde. Le gardien équatorien a commis très peu d'erreurs et les buts encaissés par la Tricolor sont surtout le fait d'erreurs de placement des défenseurs. Une défense qui reste le gros point noir de l'équipe car incapable de ressortir un ballon proprement (même si Paredes et Ayovi, dans un bon jour, sont de formidables contre-attaquants) et qui cèdent facilement au longs ballons balancés devant, à l'arrache.

-Pourquoi le kick-and-rush ? En deux semaines, Rueda a bouleversé le jeu équatorien en passant d'un jeu à ras de terre, de passes courtes et de vitesse à celui d'un football plutôt « primaire » où les joueurs de derrière balancent à ceux de devant en espérant que ceux-ci se débrouillent pour marquer. Cette façon a surpris beaucoup de monde en Equateur qui ont cru un retour tactique vingt ans en arrière.

C'est mentalement que tout va désormais se passer. L'ensemble des acteurs qui constituent la sélection nationale doivent agir de sorte que l'Equateur, devenue une sélection respectable du continent sud-américain, se considère elle-même en tant que telle et ne cède pas aux turbulences qui l'ont vu se juger elle-même comme étant tout juste capable d'arracher un nul aux Français. Tout donner permet de ne pas avoir de regrets, or pour ceux qui suivent avec intention cette équipe, on a la nette impression qu'elle n'a pas donné tout ce qu'elle avait, quitte à se découvrir, à prendre quelques coups s'il le faut, mais se livrer, totalement. Ainsi, le mois de juin du coté de Guayaquil et Quito aura quand-même un parfum de regrets et de « petits bras ».


Votre compte sur SOFOOT.com

0 réaction ;
Poster un commentaire


0 réaction :
Poster un commentaire