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Bleus : pour remettre les Diables en boîte

Un peu plus de trois ans après leur dernier dîner commun à Saint-Pétersbourg, l'équipe de France et la Belgique se retrouvent jeudi soir, à Turin, pour s'offrir le luxe d'un combat à mains nues avec l'Espagne en finale de la deuxième Ligue des nations, dimanche. En arrière-plan, pour les Bleus, c'est surtout une page qu'il convient désormais de tourner pour de bon : celle d'un Euro raté qui alimente encore toutes les conversations.

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Quoi qu'on y fasse, il semble n'y en avoir, près de trois mois après, toujours que pour elles. C'est avant tout la faute de l'histoire, qui a déjà prouvé qu'un grand parcours dans une grande compétition ne tient souvent à rien, aucun suiveur des Bleus n'ayant effacé de son disque dur interne qu'en Russie, tout aurait pu vriller au beau milieu du quart de finale face à l'Uruguay si Hugo Lloris n'avait pas sorti un arrêt comparé ensuite à « un but » par Didier Deschamps sur une tête de Martín Cáceres. La tronche de l'Euro 2020 de l'équipe de France, elle, aura changé de couleur en dix minutes. Six cents secondes que chacun ne cesse de rejouer en boucle depuis l'élimination au bout de la nuit face à la Suisse, le 28 juin dernier. Deschamps a beau se débattre depuis l'été pour qu'aucune pièce ne soit remise dans la boîte à souvenirs, les derniers jours ont vu la séance de psychanalyse des internationaux français s'étirer aux quatre coins de la bulle médiatique. Karim Benzema a ainsi ouvert le bal dans L'Équipe, samedi dernier : « Avec l'équipe qu'on avait, ce n'était pas un bon Euro globalement. La France était vice-championne d'Europe, championne du monde. On avait les joueurs pour faire beaucoup mieux. On aurait tous voulu aller bien plus loin. On se fait sortir en huitièmes par la Suisse, en menant 3-1 à dix minutes de la fin. Ils reviennent au score, il y a les tirs au but, c'est pile ou face... On aurait dû faire beaucoup mieux. » Puis, Kylian Mbappé, mutique depuis l'été, s'est avancé dans l'arène et a tiré en deux temps (un coup le matin dans L'Équipe, un coup le soir sur RMC), évoquant à chaque fois un Euro « raté dans tous les aspects » et poussant même le bilan là où peu de ses potes ont accepté de le pousser : « Oui, il aurait suffi de trois fois rien pour être en quarts de finale. Mais il y avait des prémices. On était quand même plus vulnérables. Avant, il fallait se lever de bonne heure pour nous marquer un but. Maintenant, on en prend, des buts... Les Suisses, à l'Euro, nous ont attaqués tout de suite. Est-ce qu'il y a deux ans, ils nous auraient attaqués comme ça ? » L'idée réductrice selon laquelle l'équipe de France aurait foiré son Euro sur dix petites minutes a alors, enfin, volé en éclats, et c'est peut-être avant tout en acceptant ce constat qu'une nouvelle porte peut s'ouvrir pour de bon.

Une prise de pouls plutôt qu'un western


La nouvelle porte, la voilà : cette semaine, alors que Didier Deschamps a lui aussi enchaîné les interviews, les Bleus sont en Italie pour disputer la deuxième phase finale de Ligue des nations de l'histoire et ont rendez-vous jeudi soir avec la Belgique, à Turin, un peu plus de trois ans après la démarche cassée de Samuel Umtiti et une demi-finale de Coupe du monde à la suite de laquelle Thibaut Courtois, le gardien des Diables, avait estimé qu'il était « dommage pour le foot » que son équipe n'ait pas balayé des Français pourtant plus aventureux qu’on ne le pense (19 tirs à 9, 1,6xG à 0,4) et seulement coupables d’une efficacité poussée à l’extrême. Il n'en fallait pas plus pour voir certains tenter de craquer des allumettes au-dessus des esprits, mais le feu n'a jamais pris. La chose a même fait poiler Axel Witsel en début de semaine : « Sincèrement, ça fait longtemps qu'on est en dehors de ça. On n'en a pas parlé entre nous. Sur le coup, on était très déçus de ne pas nous être qualifiés pour la finale après un tel parcours. En même temps, c'était le meilleur de toute l'histoire de notre pays. On a aussi appris de cette défaite sur le plan des phases arrêtées. Si on peut retenir ça... » Le tableau est aujourd'hui le suivant : plutôt qu'un western, ce Belgique-France va avant tout être un moyen de prendre le pouls des deux nations à un an du Mondial 2022, de jauger les forces en présence et surtout de voir si les Bleus ont retrouvé leur combustible intérieur, mais aussi un plan de jeu durable, le 3-4-1-2 vu face à la Finlande en septembre ayant fait naître quelques espoirs sur les phases avec ballon.

« Oui, on ressent de la pression »


L'enjeu du moment est ici et nulle part ailleurs. De passage en conférence de presse mardi, Raphaël Varane a d'ailleurs ressorti les mots de la quête de 2018, évoquant tour à tour le besoin de retrouver « de l'énergie » , de la « force » et aussi un brin de « folie » . Face à la Finlande, en septembre, c'est avec les vieux pots – un Griezmann réaxé, un Pogba, conséquence naturelle de la reprise des platines par Griezmann, davantage dans l'efficacité que dans la recherche de l'éclair parfait – que les Bleus ont retrouvé de l'allure, sans que tout ne soit parfait, l'équipe de France ayant quand même passé la première demi-heure dans le brouillard. À l'époque, Hugo Lloris avait noté le retour du « désir et de l'énergie » et c'est ce que Didier Deschamps compte avant tout revoir jeudi soir sur le terrain, à Turin, d'où une continuité attendue dans le plan de jeu, malgré quelques changements d'hommes (Koundé central droit à la place de Zouma, Lucas Hernandez central gauche à la place de Kimpembe, Pavard plutôt que Dubois en piston droit, Mbappé titularisé dans le rôle de Martial), au cours de ce que le sélectionneur considère comme « une parenthèse enchantée » . Lloris : « Honnêtement, oui, on ressent de la pression sur ce rassemblement. On sent qu'il y a quelque chose dans l'air, on s'attend à jouer face à un adversaire que nous respectons beaucoup. On sent qu'il y a de l'enjeu, donc on se prépare avec la bonne énergie pour réaliser une bonne performance. » Contre une Belgique au modèle de jeu affirmé, portée par des individualités qui savent s'allumer lorsque l'événement le demande et qui reste sur 38 matchs consécutifs avec au moins un but marqué (la dernière défense qui a fermé le bec de l'attaque des Diables est celle de l'équipe de France en juillet 2018, NDLR), les Bleus n'ont pas d'autre alternative. Au risque de reprendre une porte.

Par Maxime Brigand, à Turin
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