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Bienvenue au Back Page, la plus grande librairie du football

Newcastle, son St James’ Park, les célébrations d’Alan Shearer, les frasques de Paul Gascoigne, sa Toon Army, ses délégations de joueurs français... et sa librairie. Ouvert en 2003, le Back Page fait office de lieu de passage obligé pour tous les fans de ballon rond venus du monde entier. Visite guidée du temple de la culture footballistique.

Scène de ménage devant la vitrine du Back Page, au 56 de la rue St Andrews, au cœur du quartier de Chinatown de Newcastle. Monsieur, un Anglais au crâne glabre et à l’accent à couper au couteau, enjoint sa femme d'entrer dans la boutique. Mais madame ne semble pas vraiment tentée. Au bout de longues secondes, il retourne la situation en sa faveur, monte les deux marches, ouvre la porte et lance un « come on » à sa compagne qui se décide finalement à le suivre. Ce qu’elle ne sait pas encore, c’est qu’elle risque d’y passer au mieux dix minutes, un quart d’heure. Au pire, plusieurs heures. Pour cause : le Back Page, répertorié par TripAdvisor comme l’un des meilleurs endroits pour faire du shopping à Newcastle, est sans doute l’une des plus grandes – si ce n’est la plus grande – librairies consacrées au football du monde.

Demandez le programme !


À l’intérieur, sur 180 mètres carrés et deux étages, les clients se baladent entre plus de 4000 références de livres sur la plupart des équipes britanniques et des dizaines de clubs étrangers, d’Aberdeen à York City, en passant par Ashington, Barcelone, Gretna ou Halifax. « Dans les autres librairies de sport, vous aurez peut-être cinquante livres sur le football » , se vante Mick Edmondson, le propriétaire quinquagénaire aux dents du bonheur. Dans les allées, les yeux d’un client s’illuminent littéralement : « Là-dedans, on est comme un gamin dans un magasin de bonbons. » Outre des bouquins, les visiteurs peuvent repartir les bras chargés de DVD, de jeux type Subbuteo, de fioles de whisky aux couleurs de nombreux clubs ou de T-shirt à messages pour chambrer Sunderland, l’ennemi local. « C’est un endroit comme il n’y en a nulle part ailleurs, estime Phil, qui a rejoint l’équipe il y a quelques mois. C’est comme la caverne aux merveilles d’Aladdin. » Une caverne dont les murs sont tapissés des citations du légendaire Bryan Robson et les plafonds recouverts de photos de célèbres joueurs novocastriens. Si le Back Page est tellement prisé des connaisseurs de foot, c’est aussi pour son impressionnante collection de programmes de matchs, une tradition outre-Manche. « Je ne sais pas combien on en a. Je parie que c’est proche du million » , se marre un employé. « On a des milliers de programmes de matchs. Je les achète à chaque fois que j’en trouve et je ne sais pas quoi en faire, surenchérit son patron. Ils sont classés par adversaires et par année. Si quelqu’un se pointe, je peux lui trouver le programme de match le plus proche de sa date de naissance. On fait beaucoup de cadeaux comme ça. » Des bouts de papier qui vont de quelques pounds à 2500 livres sterling pour le match européen de Newcastle contre les Hongrois de Pecsi Dozsa, en 1970.


Le repaire du « Général »


Dave, lunettes carrées et teint rougi, tient l’accueil du Back Page depuis bientôt cinq ans, mais il peut dérouler des kilomètres d’anecdotes à longueur de journée si personne ne l’arrête. « Un jour, on a retrouvé un programme du Greenock Morton, un club écossais de deuxième division. Tous nos programmes ont un sticker dans le coin gauche pour donner l’année et son prix. Celui-là n’avait rien. Donc on écrit le prix à la main, et cinq minutes plus tard, un jeune fan de Greenock Morton entre et nous dit que ça fait des années qu’il cherche ce programme. Il venait d’Écosse juste pour la journée, et il tombe dessus parmi les milliers qu’on a en stock ! » Une autre ? Récemment, un Gallois est entré dans la boutique : « C’était un grand fan de Newcastle qui venait de découvrir que son grand-oncle était Billy Foulkes, qui avait joué pour nous en 1952 et avait été aligné en finale de la Cup aux côtés du défenseur Jackie Milburn. Il est venu pour retrouver des choses sur cet oncle. On avait de vieilles photos de lui qu’il a achetées et quelques programmes de matchs. Ce genre de choses arrive tout le temps. »

« C’est un endroit comme il n’y en a nulle part ailleurs. C’est comme la caverne aux merveilles d’Aladdin. »
Phil, vendeur au Back Page
À l’image d’un pub de quartier, le Back Page est aussi un repaire d’habitués. Ancien hooligan, Mark, alias « Le Général » , y traîne ses guêtres cinq jours par semaine en moyenne afin de documenter le livre sur les hools de Newcastle qu’il projette d’écrire. « On a beaucoup d’autres clients qu’on commence à connaître, estime Dave. On a un gars qui vient chaque année de Londres. Il prend un train dans la matinée, passe cinq heures chez nous. Puis, il dort dans un hôtel et refait cinq heures ici avant de rentrer chez lui. Il ne va nulle part ailleurs à Newcastle. » Les visiteurs viennent de toute la planète, de Scandinavie, d’Allemagne ou d’Australie, pour faire ce que Mick présente comme un pèlerinage. « Cet endroit n’existe nulle part ailleurs, fanfaronne-t-il, engoncé dans son polo vert siglé Back Page. Les gens nous disent souvent qu’ils pourraient passer leur vie ici. Nous, c’est exactement ce qu’on fait ! J’ai créé mon job de rêve en réalité. » Et pour Mick Edmondson, qui a inauguré un deuxième Back Page en septembre dernier au Metrocentre de Newcastle, le plus grand centre commercial du Royaume-Uni, ça fait déjà treize ans que ça dure.


Une ancienne herboristerie asiatique


Le Back Page ouvre le 28 novembre 2003. Ancien capitaine de Newcastle de ses neuf à seize piges et coéquipier de Paul Gascoigne, Mick a rapidement dû mettre fin à ses ambitions de professionnalisme. Mais il avait un plan B. « J’ai toujours voulu avoir un magasin comme ça. C’est un rêve de gosse. Il y avait une boutique dans Londres qui s’appelait Sports Pages. Elle a fermé depuis, explique le maître des lieux. On m’avait proposé d’ouvrir un truc pareil à Newcastle, mais ça m’emmerdait. Moi, j’avais le rêve d’avoir le mien et d’en faire plus qu’une librairie. » Malheureusement, il galère pour trouver des locaux et donner corps à son projet. « Un jour, mon cousin m’appelle, me dit qu’il arrive de Cambridge et qu’il veut se prendre une pinte. Ça faisait des années que je ne l’avais pas vu » , pose-t-il. Les deux larrons se retrouvent, enquillent les verres, puis décident d’aller manger chinois. À Chinatown, Mick et son cousin passent devant un magasin herboriste asiatique en vente. Le coup de foudre est immédiat : « C’est le destin ! Je ne l’aurais jamais vu sinon ! » À l’époque, Mick, connu sous le nom de « Mad Mick » , travaille comme DJ au Beyond, un pub à deux minutes de sa librairie. Il mixe alors six nuits par semaine et bosse au Back Page la journée. « C’était super dur. Je lâchais les platines à deux heures du matin. Je me couchais à trois heures et je reprenais au magasin à dix heures. Mais tout a été créé à partir de rien. Et Dieu seul sait combien de trucs il y a maintenant dans ce magasin ! »

« Paul Gascoigne est venu plusieurs fois pour acheter des trucs pour son chien... » Mick, le propriétaire des lieux
De l’eau a coulé sous les ponts, et le Back Page est devenu un véritable temple de la culture geordie – le surnom donné aux gens de la région – et de Newcastle United. Une chapelle qui regorge de pépites telles que ce maillot de Gary Speed ou ce manteau en cuir frappé de la Newcastle Brown Ale. À l’époque, cette marque de bière brune, la plus vendue en bouteille en Grande-Bretagne, avait proposé un prototype aux couleurs de l’équipe des Magpies, que le club avait refusé. « C’est donc le seul exemplaire au monde. C’est ignoble à regarder, mais c’est un truc de collection » , raconte Dave. Mieux, il suffit de marcher trois cents mètres pour arriver au stade de la Toon Army, St. James’ Park. Un argument marketing imparable et l’endroit parfait pour Dave : « C’est l’une des dernières enceintes d’Angleterre à se trouver encore dans le centre de la ville. Si vous êtes à côté d’un terrain loin du centre, vous n’avez aucun touriste en semaine. » Les jours de match à St James’ Park, le Back Page est ainsi habituellement noir de monde. Dave pointe l’étal à trois mètres où il prend les T-shirts : « Tu vois le coin là-bas ? Lorsque Newcastle joue à domicile, il y a tellement de monde que si je dois aller chercher quelque chose et revenir, j’en ai pour dix minutes. On ne peut pas bouger ! » Phil, le jeune vendeur à la barbe rousse parfaitement taillée, fait partie des fans qui s’agglutinent dans cette « institution » , entre deux pintes au Strawberry Pub : « C’est comme un rituel d’avant-match pour moi. Si vous êtes un fan de Newcastle, vous devez aller au Back Page. » Mission réussie pour Mick Edmondson : aujourd’hui, sa librairie fait partie intégrante du quotidien des supporters d’un club qui aspire à retrouver l’élite rapidement avec Rafa Benítez. D’ailleurs, depuis 2004, le boss et son équipe organisent des déplacements pour les familles et les fans via son Back Page Travel Club. Cette année, il compte 13 000 membres. « La police de Newcastle nous conseille auprès des gens en disant qu’on est les plus sûrs » , se félicite Mick, qui a affrété jusqu’à 28 cars pour les besoins d’une demi-finale de Cup à Cardiff en 2005 contre Manchester United, perdue 4-1.


Un fantôme et Ben Arfa


Il n’y a pas que les fans qui déambulent dans les rayons du Back Page. L’échoppe accueille également de nombreuses célébrités, comme en témoigne une colonne de photos. Parmi les plus connus, des vedettes du club comme Jack Charlton, Lee Clark ou Paul Gascoigne. Ce dernier serait même venu plusieurs fois « acheter des trucs pour son chien » . Mais aussi des noms plus récents, tels Moussa Sissoko ou Hatem Ben Arfa. « Il adorait le magasin » , appuie Mick. Au point de vouloir y organiser une rencontre avec des fans de Newcastle. Problème, son club planifie le même jour une séance de dédicaces ailleurs. « Il nous a dit qu’il maintenait son événement parce que ce n’était pas à la même heure » , poursuit Mick. Finalement, en froid avec son entraîneur de l’époque, Alan Pardew, Ben Arfa n’est pas convié... « La rumeur a commencé à courir qu’on accueillait sa contre-journée, alors que c’était juste une coïncidence. On en a parlé partout : sur les télés nationales, les radios. On a donc annulé » , regrette encore Mick. Mais le visiteur le plus célèbre n’a pas la chance d’avoir sa photo sur les murs du Back Page. Pour cause, il s’agit d’un fantôme. « On pense que cet endroit est habité par un fantôme. Un fantôme sympa, indique Dave. Notre sous-sol est juste à côté du cimetière de l’église St Andrews. Et il y a quelque chose ici. » Mick et Dave sont même persuadés d’avoir déjà vu des tableaux bouger tout seuls. En même temps, quand on ose vendre des mocassins avec des logos de Newcastle United brodés dessus, on s’expose à la colère des esprits.



Article initialement paru dans le SO FOOT 145. Par Christophe Garnier, à Newcastle upon Tyne (Angleterre) - Photos : Renaud Bouchez