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Bielsa : « J'aimerais vous expliquer comment fonctionne le cerveau d’un entraîneur »

Dans l’œil du cyclone après l’affaire d’espionnage d'une séance d'entraînement de Derby County un jour avant la rencontre contre son Leeds United, Marcelo Bielsa s’est exprimé hier soir sur cette brûlante polémique.

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(Après des salutations d'usage envers les journalistes présents, Bielsa démarre.)

J’ai demandé à organiser une conférence de presse spécifique car demain, nous aurons à faire notre conférence classique d’avant-match contre Stoke City, et j’ai pensé que cette affaire d’espionnage allait prendre du temps avant de nous intéresser au match à venir. Ma position concernant cette histoire est que le club n’est responsable en rien. Les personnes impliquées ont suivi mes ordres et je suis la seule personne responsable. Je n’ai pas envie de mélanger cela aux matchs et à notre manière de jouer. Si vous m’autorisez à le faire, je vais vous résumer ce qu’il s’est passé. Il s’agissait de regarder, d’un endroit public, une activité réalisée dans une sphère privée et sans accord, avec le but de bénéficier d’un avantage sportif tout en portant atteinte au fair-play.

(...)

Un point dont je voulais parler consiste à rendre la tâche plus facile pour l’enquête de la Ligue. Je vais donner toutes les informations nécessaires et en premier lieu, j’assumerai le fait que mon comportement soit jugé d’une manière extrême. En quelques mots, je peux vous dire que nous avons observé tous les adversaires que nous avons joués et regardé toutes leurs séances d’entraînement d’avant-match. Mon but est de rendre l’investigation plus simple, et je ne pense pas que ce que je vous dis maintenant va rendre l’affaire plus grave dans leurs propres recherches. En disant cela, j’assume les possibles sanctions des autorités compétentes.

(...)

Concernant mes actes, ils ne sont pas illégaux. Ce n’est ni spécifié ni écrit noir sur blanc ni prohibé. Nous pouvons en discuter, ce n’est peut-être pas perçu comme une bonne chose, mais ce n’est pas une violation de la loi. Je sais que toutes les actions légales ne sont pas bonnes à faire.

(...)

Frank Lampard a dit qu’il ne croyait pas que j’avais une absence de mauvaises intentions. Il croit que j’ai violé l’esprit du fair-play. Je dois adapter mes méthodes aux règles du football anglais. Quand vous observez votre future opposition, vous voulez avoir le onze de départ, les tactiques et les stratégies mises en place. Quand vous observez l’activité de votre adversaire à travers l’entraînement, vous obtenez cette information le jour avant le match. Évidemment, cette information ne vous autorise pas à construire un programme pour neutraliser votre adversaire, mais ce n’est pas une norme. En cela, je n’essaie pas de justifier mon comportement. Nous avons établi de réelles conclusions, et nous avons des analystes qui expliquent que le Championship est la sixième ligue la plus compétitive au monde, avec des arguments de poids. Si les autorités veulent protéger le Championship en condamnant ceux qui se comportent avec de mauvaises intentions ou affectent le prestige de ce championnat, nous devons respecter les sanctions prises contre ceux qui fraudent.
« Nous avons regardé tous les matchs sur la saison 2017-2018 de notre adversaire, soit les 51 matchs de Derby County. Nous les avons regardés. L’analyse de chaque match prend quatre heures. Pourquoi est-ce que nous faisons cela ? Parce que nous pensons que c’est un comportement professionnel. Nous essayons de ne pas être ignorants dans la compétition à laquelle nous participons. »
Maintenant, pourquoi avoir envoyé quelqu’un observer notre prochain adversaire ? J’aimerais vous expliquer comment fonctionne le cerveau d’un entraîneur. Nous avons un staff de vingt personnes. Ces vingt personnes créent un volume d’information même si cela ne définit en rien la suite de la compétition. Dès lors, pourquoi faisons-nous un tel travail ? Parce que nous nous sentons responsables si nous ne travaillons pas assez, et cela peut nous provoquer un excès d’anxiété. En rassemblant les informations, nous pensons nous rapprocher d’une victoire même si au fond, cela n’est pas vrai. En ce qui me concerne, c’est parce que je suis trop stupide pour m’arrêter de travailler. Dans quelques instants, je vais vous expliquer une chose qui n’est pas facile à retranscrire : la manière dont nous analysons chacun de nos adversaires sans avoir à observer leur séance d’entraînement. L’information que je vais vous donner est une analyse que j’ai effectuée grâce à 360 heures de travail.

(Bielsa allume un rétroprojecteur, se lève de sa chaise et prend la place d’un professeur en action face aux différents tableaux.)

Nous avons regardé tous les matchs sur la saison 2017-2018 de notre adversaire, soit les 51 matchs de Derby County. Nous les avons regardés. L’analyse de chaque match prend quatre heures. Pourquoi est-ce que nous faisons cela ? Parce que nous pensons que c’est un comportement professionnel. Nous essayons de ne pas être ignorants dans la compétition à laquelle nous participons. Allez, dites-moi un numéro de match et nous allons en discuter.



Le match 19, par exemple.

(Bielsa déroule son Powerpoint jusqu’au match 19.)

Voici une analyse du match, avec les deux équipes titulaires. À côté, vous avez toutes les données de la rencontre, en prenant en compte le schéma tactique de l’adversaire opposé à Derby County. Souhaitez-vous voir un autre match ?

Le numéro 12, Manchester United contre Derby County.

Grâce à ces archives, j’essaie de vous convaincre que ce que j’avance est vrai. L’analyse du match est exactement la même. Nous observons les joueurs qui continuent à jouer pour Derby County sur les 51 matchs.
« La meilleure manière de respecter la façon dont le football vous accueille, c’est de faire l’effort de connaître les joueurs adverses et les équipes adverses. Je ne peux pas vous parler anglais, mais je peux vous parler des vingt-quatre équipes du championnat. »
L’autre chose que nous faisons est de mesurer nos chances de marquer, nos chances de créer du déséquilibre et de savoir quelle est l’équipe qui domine par tranche de cinq minutes. C’est pour cela que l’analyse complète d’un match nous prend quatre heures. Cependant, ce n’est pas très utile car cela ne vous place pas dans de meilleures conditions pour gagner une rencontre. Mais la meilleure manière de respecter la façon dont le football vous accueille, c’est de faire l’effort de connaître les joueurs et les équipes adverses. Je ne peux pas vous parler anglais, mais je peux vous parler des vingt-quatre équipes du championnat. Le seul but là-dedans, c’est de voir quelles étaient les positions des joueurs toujours utilisés par Derby County l’an passé. Je me sens honteux de vous expliquer tout cela.

(Bielsa observe la salle à l'écoute.)

Donnez-moi un chiffre s’il vous plaît. Je vous le demande car je considère que vous ne me croyez pas. Je veux vous donner des éléments factuels afin de vous convaincre que je vous dis la vérité. Donnez-moi un numéro, ou j’en sélectionne un au hasard.

Le numéro 27, contre Bristol City.

(Bielsa revient à la sélection générale et démarre la présentation du match numéro 27.)

Voici l’analyse tactique. Et voici le document plus en détail. Jetez-y un œil : l’analyse des occasions, des buts, la période de domination. Nous analysons ces paramètres par tranche de cinq minutes. Maintenant, voyons ensemble une vidéo de ce match. Ici, je sais par exemple ce que va faire le tireur de coup de pied arrêté quand il lève les deux mains.

(Bielsa montre l’une des vidéos disponibles concernant Derby County.)

Comme vous pouvez le voir, vous avez 40 minutes de phase offensive de Derby sur la période de 51 matchs. Quand vous voyez 40 minutes de phase offensive, vous arrivez à comprendre la méthode de votre adversaire pour attaquer. Et si vous faites la même chose en analysant les risques encourus par Derby County dans leurs offensives, alors vous analysez leurs faiblesses défensives. Notre but, c’est de résumer cette vidéo en 7 ou 8 minutes face au joueur afin de lui montrer comment Derby County attaque. Nous faisons également une vidéo de durée équivalente sur les faiblesses défensives. Le but de cette analyse, c’est d’offrir à notre joueur la possibilité d’avoir une idée des forces et faiblesses de nos adversaires en 15 minutes. Nous savons que Derby utilise 90% de son temps quatre schémas tactiques. Ici, nous avons une palette où nous pouvons voir les quatre systèmes en question. Sur la première ligne en rouge, nous avons les titulaires habituels, sur la deuxième ligne les remplaçants et sur la troisième ligne ceux avec un temps de jeu sporadique.
« Après avoir lu mon analyse, Guardiola m’a dit : "Marcelo, tu connais mieux le FC Barcelone que moi !" Mais c’était inutile, car ils avaient marqué trois buts contre nous. Si je m’intéresse à mes adversaires, c’est pour me sentir bien, et je conçois que ce type d’information n’assure pas de remporter un match. »
Si vous voulez la synthèse des 51 matchs de Derby, nous les avons dans ce document. Maintenant, observons l’analyse tactique : voici les joueurs qui évoluent dans une position différente, et voici les quatre schémas tactiques principaux. Nous regardons chaque joueur et je sais combien de minutes joue chaque joueur dans chaque position. Regardons chaque joueur. Par exemple, celui-ci a joué 1772 minutes en tant qu’arrière gauche et 70 minutes en ailier gauche. Un autre joueur : Wilson. Il joue en tant qu’ailier droit ou gauche. Les informations dont nous disposons sur son style de jeu sont placées dans un document spécifique qui retrace son passé. Ce document nous permet de comprendre nos questions sur Derby. Voici les gardiens, les latéraux, les centraux… Nous faisons cette étude pour chaque position. Passons aux ailiers. Contre Derby, Alioski jouait en tant qu’arrière gauche. Qui pouvait se retrouver face à lui ? Le numéro 20, le 11 ou le 7. Et dans les faits, le joueur qui s’est retrouvé face à lui était celui qui avait joué le moins dans cette position. C’était le numéro 9, capable de jouer sur le flanc gauche ou droit.

(Un journaliste présent en salle de presse s’excuse devant Bielsa, car il doit s’en aller, cela fait déjà 50 minutes que Bielsa a démarré la conférence.)

Allez-y, je vous en prie !

(Bielsa se décide à abréger ses explications.)

Pour résumer, voilà les joueurs et nous connaissons leurs positions préférentielles. Je n’ai pas besoin d’observer un entraînement de mon adversaire pour savoir le positionnement de ses joueurs. Pourquoi est-ce que j’y vais ?
« Je souhaite que l’on me juge sur mes intentions. Je n’ai pas besoin de l’information que je rassemble. À mes yeux, j’ai l’impression d’être innocent. Je n’ai pas l’impression de m’attribuer un avantage moral. J’ai l’impression d’avoir fait quelque chose qui n’était pas interdit. »
Parce que ce n’est pas interdit. Je ne savais pas que cela allait créer une telle réaction et même si aller voir un concurrent est inutile, cela me permet d’être moins anxieux avant les matchs. Je vais vous raconter une histoire : quand j’étais coach à Bilbao, nous avons joué la finale contre Barcelone (en Coupe d’Espagne, le 24 mai 2012, ndlr). Nous avions perdu 3-0. Ils ont été très aimables envers nous, car après leur troisième but, ils se sont arrêtés de jouer. J’étais très triste de perdre ce match. Quand le match s’est terminé, j’ai envoyé à Guardiola mon analyse d’avant-match. C’était un cadeau en hommage à la grande admiration que j’avais envers lui. Après avoir lu mon analyse, il m’a dit : « Marcelo, tu connais mieux le FC Barcelone que moi ! » Mais c’était inutile, car ils avaient marqué trois buts contre nous. Si je m’intéresse à mes adversaires, c’est pour me sentir bien, et je conçois que ce type d’information n’assure pas de remporter un match. La moitié des buts que nous concédons proviennent de combinaisons travaillées par nos adversaires. Si l’espionnage était efficace, nous aurions trouvé une solution à ce sujet. Mais ce n’est pas du tout le cas.

(...)

(Bielsa prend un temps d'arrêt dans ses explications.)

Ce que je veux vous dire, c’est que je souhaite que l’on me juge sur mes intentions. Je n’ai pas besoin de l’information que je rassemble. À mes yeux, j’ai l’impression d’être innocent. Je n’ai pas l’impression de m’attribuer un avantage moral. J’ai l’impression d’avoir fait quelque chose qui n’était pas interdit. Mes intentions ne sont pas mauvaises. Est-ce bien ? Non, je ne dis pas cela. Mais nous devons prendre en compte les comportements, et prendre en compte l'intentionnalité de la personne qui se comporte de cette manière.

(...)

Pour conclure, nous allons jouer contre Stoke City. Cela va être compliqué car leur nouvel entraîneur (Nathan Jones, ndlr) a seulement joué trois rencontres. Que faisons-nous ? Nous analysons les 26 matchs qu’il a joués avec Luton et les schémas tactiques que nous en avons déduits. J’aimerais que l’on analyse mon cas avec la plus grande humilité. Si je vous explique cela, c’est pour que vous compreniez pourquoi je pense ne pas tricher en faisant une chose qui n’est pas illégale. Je sais que je ne profite pas de la situation car je possède déjà les informations. Et je vous le répète encore : pourquoi est-ce que je fais cela ? Parce que je pense être stupide. Je vous remercie pour votre patience. Propos retranscrits par Antoine Donnarieix