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Benzema et La Marseillaise, le fantasme du mauvais Français

Dans Téléfoot dimanche puis cet après-midi avec Luis Fernandez sur RMC, Karim Benzema a expliqué qu'on ne le « forcera pas à chanter La Marseillaise. » Des déclarations qui ont provoqué l'ire du FN et de polémistes habitués à donner des leçons de patriotisme à ces footballeurs qui ne respectent pas le maillot et leur pays. Quitte à surjouer la mauvaise foi et voir le mal là où il n'y en a pas.

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Après Ben Arfa, Nasri, M’Vila, les bons petits Blancs convertis à l’islam comme Ribéry, il ne manquait plus que Benzema. Voilà, c’est fait. Depuis hier, les déclarations de l’attaquant du Real recueillies par Luis Fernandez et diffusées à l’occasion du « Luis Attaque » de cet après-midi ont relancé le débat sur « ces footballeurs ingrats et surpayés qui ne respectent pas le maillot » . Dans l’interview, réalisée il y a quelques jours en Espagne, Benzema se sort, peut-être maladroitement, d’une question sur les raisons pour lesquelles il ne chante pas La Marseillaise avant les matchs de l’équipe de France : « Si je mets trois buts, je pense qu'on ne va pas dire à la fin du match que je n'ai pas chanté La Marseillaise. C'est ça, le souci, c'est parce que ça fait un moment que je n'ai pas marqué en équipe de France. Ça n'a rien à voir avec ce que j'ai entendu, comme quoi je n'aime pas l'équipe de France. Il faut se calmer. J'aime bien l'équipe de France. »

« Quand je marque, je suis français, quand je ne marque pas, je suis arabe »

Des déclarations finalement assez raccord avec un passage de l’interview que Benzema avait donnée à So Foot il y a quelques mois et qu’il avait exprimées par un autre raccourci : « Quand je marque, je suis français, quand je ne marque pas, je suis arabe » . Voilà, rien de grave. Sauf que ceux qui intentent un procès à Benzema semblent avoir compris le contraire de ce qu’il a exprimé. A se demander s’ils ne rêvent pas en secret d’un Benzema crachant sur la France, son maillot, son drapeau, son équipe nationale. Et qu’à défaut, ils interprètent ses explications à la manière d’un fantasme. Quand Benzema prend soin de rappeler qu’il aime l’équipe de France, ils ne l’entendent pas. Parce que cela ne les arrange pas. On peut même imaginer une réelle déception. Par exemple Jérôme Béglé, rédacteur en chef du Point.fr, qui demande à l’attaquant de marquer des buts plutôt que d’ouvrir sa gueule. Bref, de faire profil bas, sur le mode "Fais pas trop la malin coco avec tes 8 buts de merde cette saison en Liga". On en déduira que le Benzema qui claque 25 buts par saison possède des droits que le Benzema blessé, en manque de réussite, en baisse de forme, victime du choix de son entraîneur ne détient pas. Car comme toujours, les reproches ressurgissent rarement au lendemain des victoires. Il faut attendre la fin de France-Mexique, de France-Espagne pour voir ressortir les arguments de ceux qui pensent encore que chanter l’hymne national est un gage de réussite. Ils n’ont pas dû regarder les performances de la Corée du Nord à la dernière Coupe du monde.

Ce genre de débat n’est pas propre au lendemain de défaites françaises. Après l'élimination de l'Allemagne par l'Italie à l'Euro 2012, des voix ont commencé à s'élever sur l'implication des joueurs. Certains ont commencé à critiquer Mesut Özil (d’origine turque) et Sami Khedira (d’origine tunisienne) sur le fait qu'ils ne chantaient pas l'hymne allemand. Le président d'honneur de la DFB (fédé allemande), Gerhard Mayer-Vorfelder, avait même exigé que, désormais, les joueurs allemands chantent l'hymne national. Arrivé au poste de directeur technique de la DFB, Robin Dutt a critiqué cette décision : « C'est trop tard de parler de ça pour un joueur qui joue en A. Cela doit avoir lieu avant, vers 15-16 ans, quand les joueurs découvrent les équipes nationales de jeunes. [...] Quand on oblige un joueur à faire quelque chose, on n'obtient jamais ce que l'on veut. Il faut qu'il en soit convaincu. Si je devais chanter, je chanterais, parce que je suis convaincu. »


Un salarié du Real, pas de la FFF

Dans son article mis en ligne sur le Point.fr, Jérôme Béglé fait le parallèle « avec n’importe quel salarié qui, s’il n’atteint pas ses objectifs, a la délicatesse de ne pas la ramener » . Sauf que Benzema n’est pas salarié de la FFF mais du Real Madrid où personne n’exige de l’attaquant qu’il chante tous les matins l’hymne officiel du club, le « himno del centenario » que l’on peut entendre à Bernabeu avant les matchs. Aucun joueur du Real ne le chante d’ailleurs. Et personne ne leur intente de procès. Les dirigeants du club espagnol savent bien que le respect de leur propre institution se situe ailleurs. Ils connaissent trop le football pour être aussi cons. Alors finalement, qu’est-ce qu’on reproche à Benzema ? D’être un mauvais citoyen ? Mais alors si le football doit servir à fabriquer des bons Français, pourquoi attendre qu’ils soient défaits, battus, hors de forme pour leur tomber dessus ? Et pourquoi leur demander d’inscrire des buts, de remporter des matchs si l’équipe de France est une fabrique de bons petits Français, patriotes et respectueux ? On peut éventuellement reprocher à Benzema de ne pas marquer de buts ou de ne pas chanter La Marseillaise. Pas les deux.

Par Joachim Barbier, avec Ali Farhat
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