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Benjamin André, moi jeu

Pilier du LOSC de Christophe Galtier, Benjamin André, 30 ans, éclabousse le football professionnel français de son talent depuis 2008. Le milieu de terrain, qui n'a connu que trois clubs en douze ans de carrière (Ajaccio, Rennes et Lille) fait l'unanimité pour sa simplicité et la pureté de son jeu. Le Niçois est est aussi un passionné de surf, capable d'ambiancer un vestiaire avec sa guitare. Portrait.

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Il se tient debout, la tête légèrement penchée et l’esprit embué par les images du passé. Alors que Christopher Nkunku se prépare à tirer le douzième tir au but d’une séance sans le moindre raté qui doit départager le Stade rennais et le PSG, Romain Danzé revoit brutalement défiler dans tête les images des échecs les plus cruels de sa carrière. Il pense aussi à cette promesse faite par un pote, quelques mois plus tôt : « C’était en octobre 2018, donc six mois avant cette finale de Coupe de France. Je venais de me faire opérer du genou droit et je commençais à comprendre que je ne pourrais plus rejouer au foot, que ma carrière était sur le point de se terminer... Benjamin l’avait aussi compris et il est venu me dire qu’on soulèverait la Coupe de France ensemble avant la fin de ma carrière. Évidemment, je ne l’ai pas cru parce que moi, des finales, j’en avais déjà perdu trois. Puis, au fil des tours, il me le rappelait. Forcément, quand Nkunku a envoyé son tir au but au-dessus, c’est la première personne que je suis allé voir. Ce titre, c’est la preuve que c’est un homme de parole. » La suite de cette soirée d’avril 2019 est un bazar : Tomáš Koubek se met à courir comme un spartiate le long de la ligne de touche, Julien Stéphan se met à genoux sur le sol et rejoue la célébration de Rafael Nadal en finale de l’édition 2016 de Monte-Carlo, les cotillons tombent comme à Gravelotte et le Benjamin évoqué par Danzé file soulever le premier trophée décroché par le Stade rennais depuis 1971. Puis, il ressort du cadre, comme pour signifier qu’il vient de terminer son job. Drôle de destin que celui d’une ampoule.

«  Honnêtement, quand tu as un Benjamin André dans ton équipe, ça te solutionne quand même pas mal de problèmes. » Romain Danzé

Le grand chasseur


Voilà ce qu’est - et a toujours été - Benjamin André, qui est aujourd’hui à trente ans l’une des pièces essentielles d’un LOSC leader de Ligue 1. « Benji, c’est simple : il rend les joueurs autour de lui meilleurs, poursuit Romain Danzé, qui a évolué à Rennes avec André pendant cinq saisons. Il envoie de l’intensité, il comble tous les trous, fait les efforts en double, dirige à bon escient... Honnêtement, quand tu as un Benjamin André dans ton équipe, ça te solutionne quand même pas mal de problèmes. » Interrogé il y a quelques mois, Christophe Galtier abondait aussi dans ce sens et insistait sur le rôle de « repère » d’un type qui n’a manqué qu’un match de Ligue 1 cette saison. C’était à Brest, au début du mois d’août, et sans lui, Lille a connu sa seule défaite de la saison en championnat. Un hasard ? Pas tant que ça, Benjamin André étant une poutre dans l’approche tactique du LOSC. Galtier toujours : « Benjamin est quelqu’un qui rassure devant, derrière, à gauche et à droite. C’est lui qui, à la parole, déclenche le pressing, qui régule les temps forts et les temps faibles. » Preuve par un chiffre : cette saison, après quatorze journées, le natif de Nice est le joueur de Ligue 1 qui a récupéré le plus de ballons dans le camp de ses adversaires (28, ce qui le place devant Léo Dubois, Morgan Schneiderlin et Mahdi Camara dans ce registre).



« Benjamin a toujours été un grand chasseur, sourit Gernot Rohr, qui a été le premier à intégrer André dans un groupe pro lorsqu'il était à l’AC Ajaccio, en 2008. Quand je l’observais chez les jeunes, en match ou à l’entraînement, c’est déjà ce qui me plaisait chez lui. Il ne se contentait déjà pas de se replacer et d’attendre ses adversaires. Lui, il sortait et allait leur manger du temps et de l’espace. Dans le foot moderne, c’est un joueur qu’il te faut absolument. Sa force, c’est qu’il faisait déjà tout ça quand il avait 18-20 ans. » Sa force, c’est aussi qu’il a rapidement su tout faire. Si Benjamin André squatte les hauteurs des classements statistiques au rayon des ballons grattés et des tacles réussis (il est le troisième plus gros tacleur du championnat derrière Laurent Abergel et Didier Ndong), le Lillois est aussi un formidable organisateur et un premier relanceur précieux. C’est surtout une figure incontournable de la Ligue 1 des années 2010.

«  Il ne s’invente pas une vie. Il maximise ses forces. Comme en plus il a une intelligence au-dessus de la moyenne, tout est plus simple... » Thierry Debès

« Il y a des choses qui me dépassent... »


« C’est Benji... » glissent ses anciens coéquipiers. « Il est à sa place, avec son style, sans show off, analyse Ricardo Faty, qui a joué avec le milieu du LOSC à l’ACA au début de la décennie. Déjà quand il avait 20 ans, c’était ça : un joueur polyvalent, travailleur, très mature, avec qui n’importe quel joueur aime évoluer... Tu pouvais comprendre en quelques coups d’œil qu’il ferait une belle carrière. » Thierry Debès, son ancien gardien en Corse, y va aussi de son éloge : « Quand je le vois évoluer aujourd’hui, j’ai l’impression de revoir le Benjamin de l’ACA. Il est toujours aussi réfléchi et se sert toujours aussi bien de ses qualités. La première, c’est qu’il ne s’invente pas une vie. Il maximise ses forces. Comme en plus il a une intelligence au-dessus de la moyenne, tout est plus simple... »


Son deuxième entraîneur chez les pros à Ajaccio, Olivier Pantaloni, lui, souligne la faculté de Benjamin André à « affecter ses équipes. C’est signe d’une grande personnalité. C’est un art de réussir à devenir indispensable à l’expression de ton équipe. Lui, que ce soit à Ajaccio, à Rennes ou à Lille, il a toujours su le faire. » Pour comprendre le bonhomme, il faut alors l’entendre raconter sa vision du foot. De l’avis de tous, c’est là que se situe sa principale force : Benjamin André est un mec « normal » , ce qui veut dire en 2020 qu’il ne passe pas ses journées à faire saigner ses yeux devant des écrans et qu’il trouve son plaisir ailleurs. « C’est pour ça qu’on s’entendait bien, détaille Romain Danzé. C’est bizarre de le souligner, mais on aime les relations normales en fait. On aime boire un café, traîner devant un Multiplex la veille d’un match, jouer aux cartes... C’est pas grand-chose, mais dans le milieu, ça peut faire de lui une exception. »



À Ouest-France, en 2016, André, qui n’est pas le joueur qui aime le plus l’ouvrir dans les médias, alimentait cette réputation. Il était alors question de son rapport au jeu, au système, à cette bulle étrange qu’est le foot pro : « Il y a les bons et les mauvais côtés. On est très stigmatisés. On passe pour des enfants gâtés et, depuis peu, pour des jeunes avec un petit cerveau. J’ai beaucoup de mal avec ces images de l’extérieur. (...) Les gens pensent qu’on est déconnectés ? Il y en a très peu, des joueurs déconnectés. En Ligue 1, le salaire moyen est à 40 000 euros. Sur une carrière de six ans et demi en moyenne, sachant que tu as des impôts sur les 40 000 euros, si tu as acheté d’entrée une belle voiture pour flamber, il ne te reste pas grand-chose. (...) J’adore le foot, mais je le prends tellement comme un jeu qu’il y a des choses qui me dépassent. En fait, il y a trop de choses qui t’éloignent du foot. Moi, je suis foot pur. Les trois quarts des joueurs, si tu entres dans leur tête, c’est ça. De l’extérieur, il y a tellement de choses qui te croquent d’un côté et de l’autre. Mais chaque joueur, à la base, son plaisir, c’est le foot. » Et le sien, concrètement ? « J’ai toujours en tête ce sentiment du ballon en mousse dans la cour d’école, quand tu fais deux équipes. Une fois professionnel, parfois, c’est physiquement compliqué, mentalement dur, mais tu reviens toujours à ça à un moment donné : au ballon en mousse. »

«  J’ai toujours en tête ce sentiment du ballon en mousse dans la cour d’école, quand tu fais deux équipes. Une fois professionnel, parfois, c’est physiquement compliqué, mentalement dur, mais tu reviens toujours à ça à un moment donné : au ballon en mousse. » Benjamin André

Cette quête du ballon en mousse, c’est ce qui a poussé Benjamin André, fils d’un père sénégalais et d’une mère française, à rejoindre le Stade Raphaëlois, club où il a débuté le foot aux côtés de Mickaël Le Bihan - actuel meilleur buteur de Ligue 2 avec Auxerre -, lorsqu'il avait six ans. C’est aussi elle qui lui fera prendre le bateau pour Ajaccio en 2006 afin de rejoindre l’ACA. Déjà en équipe première, son coéquipier Jean-Baptiste Pierazzi voit alors débouler un petit phénomène : « Au club, Benjamin a rapidement été LE gamin qui avait du potentiel pour faire une carrière. Les gens disaient : "Wow, y a un super jeune qui vient d’arriver..." Et effectivement, quand on l’a vu arriver chez les pros quelques années plus tard, on a vite vu qu’il avait le petit truc. Il n’a pas eu besoin de beaucoup de temps. Et quand vous êtes dans un gros club, c’est différent. À Ajaccio, pour s’imposer quand vous êtes un jeune, c’est plus difficile. Ça démontre d’autant plus son caractère. » Un caractère qu’André a toujours eu et qui a été renforcé par un drame : le décès de son père lorsqu'il avait une dizaine d’années. « Il lui manquait son père, mais ce qui a été impressionnant, c’est qu’à 10 ans, on avait l’impression qu’il était l’homme de la maison parce qu’il avait sa grande sœur et sa mère, raconte Le Bihan, qui passait beaucoup de temps avec André à l’époque. Il avait 10 ans, mais on avait l’impression qu’il en avait 25. Et dans le foot, c’était pareil. C’était le leader de chaque équipe. Je me rappelle qu’à treize ans, on perdait des matchs dans les quartiers de Marseille, où certains avaient peur que ça finisse en bagarre. Lui, il s’en foutait. S’il fallait tacler le mec, il taclait. »



«  Le surf, c’était notre bulle de décompression. Parfois, les anciens nous engueulaient quand on y allait avant de gros matchs, mais nous, ça nous faisait du bien... Et Benji, c’était un kamikaze. Nous, quand les vagues commençaient à devenir très grosses, on reculait. Lui, il fonçait tête en avant : c’est le Benjamin André combattant du terrain qui ressortait. » Jean-Baptiste Pierazzi

Le kamizake qui joue de la guitare


C’est aussi ce caractère qui l’a aidé à tracer la route de sa carrière. Car si André impressionne par sa capacité à être aussi performant en tant que latéral droit, milieu droit et milieu axial, il décide également de se rapprocher des anciens lors de son arrivée dans le groupe pro de l’ACA. « Il avait 18-19 ans, mais il avait une mentalité d’ancien, c’était assez marrant, rembobine Debès. Il venait souvent boire des coups avec nous. Il traînait plus avec Arnaud Maire et moi qu’avec les jeunes de son âge. Sur le terrain, ça a aussi un impact et ça a dû lui faire gagner du temps. On l’aimait bien. C’était un jeune normal, qui aimait bien manger et boire un petit coup. Avec Benjamin André, t’es pas dans le champagne et le glamour. T’es même dans complètement autre chose. » Une image suffit alors à ouvrir la porte de cette autre chose : celle d’un Benjamin André se baladant en ville, au volant de son pick-up, et roulant en direction de la plage de Capo di Feno. « Je le croisais souvent dans Ajaccio, avec sa planche, éclaire Faty. C’était assez marrant. Pour un gars comme moi, un urbain, c’était forcément un changement. » Pierazzi prend la suite du récit : « Lorsqu’il était à l’ACA, on allait souvent surfer ensemble et avec Anthony Lippini. On a découvert ça lors d’un stage à Biarritz, l’année de notre montée en Ligue 1, en 2011. Au départ, on ne connaissait rien, mais il est devenu bon, même très bon. C’était notre bulle de décompression. Parfois, les anciens nous engueulaient quand on y allait avant de gros matchs, mais nous, ça nous faisait du bien... Et Benji, c’était un kamikaze. Nous, quand les vagues commençaient à devenir très grosses, on reculait. Lui, il fonçait tête en avant, c’est le Benjamin André combattant du terrain qui ressortait. » Celui capable de se dépasser sur chaque ballon, mais qui a aussi su se construire une petite réputation de terreur dans les airs malgré sa taille (1m77). « Franchement, c’est un aspect remarquable de son jeu, qui démontre toute sa capacité à se dépasser. Il a un sens du timing exceptionnel. D’ailleurs, il nous a mis un beau but de la tête à Nantes avec le LOSC » , pointe Christian Gourcuff, qui a un temps coaché le joueur à Rennes, où André, international espoirs à sept reprises, a été recruté en 2014 pour être numéro un devant Romain Danzé au poste de latéral droit, mais où il s’est finalement imposé au milieu dans l’axe.


Proche du joueur, Richard Socrier évoque également un autre aspect de la singularité du joueur : son talent guitare à la main. « Ben', c’est un excellent musicien. Et ça, ça a commencé comme le surf. Au départ, il ne connaissait rien. Mais en quelques semaines, tac ! » Pierazzi confirme : « Tu as des mecs comme ça, qui sont bons dans tout ce qu’ils font. C’est moi qui l’ait initié à la guitare. Quand on partait en stage, je faisais souvent chanter tout le monde. Et comme Ben a toujours aimé chanter, ça a commencé. Il venait à la maison, j’allais chez lui et comme le mec est un talentueux, ça a été très vite. » Le seul petit défaut de Benjamin André est finalement ailleurs et nous ramène à une histoire de chiffres : sa faible exposition peut s’expliquer par l'extrême propreté de son jeu - un dribble est toujours plus mis en lumière qu’un ballon parfaitement gratté - et sa faible implication directe dans la zone de finition (deux buts et trois passes décisives depuis son arrivée au LOSC). Il peut néanmoins être à l'avant-dernière passe comme à Dijon cette semaine. « Bien sûr que c’est un joueur sous-coté, enchaîne Jean-Baptiste Pierazzi. Quand tu es milieu, que tu es chargé d’équilibrer ton équipe, d’assurer la balance... On sait qu’on ne parle pas de nous. Mais Benji, on ne peut pas le mesurer par les chiffres. C’est pour ça qu’il a été capitaine à Rennes et Galtier savait qu’il lui apporterait énormément de choses. C’est sans doute le joueur le plus important de son LOSC, aujourd’hui. » Lille est surtout une étape qu’André a avalé sans sourciller et une équipe où il peut encore prendre un peu plus de place tout en se mettant au service de la seule chose qui compte à ses yeux : le jeu. Le ballon en mousse n’est jamais loin.

Par Maxime Brigand Tous propos recueillis par MB, exceptés ceux de Mickaël Le Bihan, extraits de France Football.