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Bayern, le péché d’orgueil

Sur le papier, c’était l’une des affiches les plus déséquilibrées des quarts de finale de la Ligue des champions. Et même s’il s’était incliné à l’aller (1-0), le Bayern Munich ne se voyait certainement pas passer à la trappe face à Villarreal. C’est pourtant ce qu’il s’est passé, le Sous-Marin jaune ayant décroché un nul héroïque à l’Allianz Arena ce mardi (1-1). Les Bavarois ont, avant comme pendant le match, donné l’impression de prendre leurs adversaires de haut. Ce qu’ils ont fini par payer très cher.

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De l’inquiétude ? Certainement pas. De la mesure et de la retenue ? Encore moins. En cette journée de veille de quart de finale retour de Ligue des champions, la confiance régnait chez les Munichois invités à se présenter face à la presse. Une confiance absolue, inébranlable et guère surprenante au sein d’un club habitué à tout rafler sur son passage. Mais une confiance qui, à certains égards, pouvait être confondue avec de l’arrogance. Quelques jours plus tôt, pourtant, ce Bayern-là s’est fait lessiver par un Villarreal survolté, bien que trop peu récompensé au regard du tableau d’affichage (1-0). Une défaite - la première de la saison en Ligue des champions - qui a piqué Julian Nagelsmann, bien décidé à remettre les choses à leur place. « Nous avons fait beaucoup d’erreurs à l’aller. Ils en ont fait une : nous laisser en vie. Et nous devons les punir pour ça » , a ainsi lâché, sans sourciller, le jeune technicien allemand. « Nous avons beaucoup d’orgueil dans cette équipe. Quand on a perdu un match aller, il ne faut pas plaisanter avec nous » , a surenchéri son gardien, Manuel Neuer. Le ton était donné.

Stade plein et sentiment de supériorité


Le sentiment de supériorité qui se dégageait des propos tenus par les deux Bavarois était également perceptible dans les travées de l’Allianz Arena, où les supporters ne paraissaient guère se faire du souci. Après tout, au tour précédent, leurs protégés avaient été ballottés à Salzbourg (1-1), avant de pulvériser le club autrichien au retour (7-1). Il n’y avait aucune raison de croire en un scénario différent. Surtout que l’enceinte munichoise, enfin délestée de sa jauge et autres contraintes sanitaires, était pleine comme un œuf. Ici, on apercevait un tifo en hommage au Bomber Gerd Müller. Là, on entendait le speaker ou la sono du stade répéter à l’envi que le Bayern est le meilleur club du monde. Une atmosphère de fête, donc, et la sensation globalement partagée que le match du soir ne devait être qu’une formalité. Et tant pis si la bande à Robert Lewandowski avait envoyé des signaux peu encourageants le week-end précédent, en venant difficilement à bout d’Augsbourg (1-0).


Le plus important, néanmoins, reste ce qu’il se passe sur le terrain. Et là aussi, il y a à redire sur la prestation des nonuples champions d’Allemagne en titre. On pourrait parler de Leroy Sané, qui n’a pas été à la hauteur de l’événement. A fortiori en première période, pendant laquelle il a multiplié les centres trop peu travaillés, comme s’il ignorait qu’il en fallait quand même plus pour mettre en difficulté l’impeccable charnière Albiol-Torres. Longtemps incapable de concrétiser sa domination par manque d’idées et de dynamisme, le Rekordmeister a enfin trouvé la clé au début de la seconde période, grâce à Lewandowski (52e). Les lauréats de la C1 en 2020 ont ensuite assailli le but de Geronimo Rulli, cherchant à arracher leur qualification sans avoir à attendre la prolongation pour forcer la décision. Là encore, ils ont probablement péché par orgueil. Moins lucides, peut-être persuadés que les Amarillos ne se créeraient plus la moindre opportunité, ils ont commis une erreur fatale. Un alignement aléatoire d'Alphonso Davies (entré juste avant) a permis à Gerard Moreno d’offrir la balle de l’égalisation à Samuel Chukwueze, qui ne s’est pas fait prier pour glacer l’ambiance (88e).

Un levier pour Villarreal


Avec cette élimination dès les quarts pour la deuxième fois de rang, le Bayern tombe de haut. Et la déception est, à l’évidence, plus grande encore que la saison dernière, qui avait vu la troupe de Hansi Flick trébucher contre le PSG (2-3, 1-0). Bien sûr, l’actuel leader de Bundesliga était a priori supérieur à son adversaire espagnol. Son palmarès, le vécu incroyable de son groupe et le niveau de son effectif faisaient pencher la balance en sa faveur. À l’arrivée, c’est peut-être son manque d’humilité qui lui a valu cette grosse désillusion. « Ça fait très mal d'encaisser un but malgré la performance que nous avons faite. Nous avons poussé, poussé, poussé. À aucun moment, nous n'avons été sous la menace d'un but adverse. Finir ce match sur un nul 1-1, c'est contre le cours du jeu » , a pesté Thomas Müller, qui a un peu trop vite oublié les contres placés par les Amarillos en première période. En tout cas, une chose est sûre : l’arrogance affichée par Nagelsmann et ses hommes a au moins eu le mérite de motiver encore davantage les joueurs de Villarreal. « Tous ces commentaires nous ont servi de motivation, a reconnu Moreno. Ce mardi, ils ont fait l’erreur de ne pas nous tuer, et nous en avons profité. » C’est ce qui s’appelle un retour de manivelle.

Appelez-les Villarrégal !


Par Raphaël Brosse
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