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Barroilhet : « Je passe une annonce dans la presse locale, et... »

Il est né à Londres, a grandi en France, possède trois nationalités et a déjà évolué dans six pays alors qu’il n’a que 26 ans. Richard Barroilhet, qui joue depuis plus de deux ans au Chili, vit à Puerto Montt, ville de son club actuel en Primera B. Le milieu de terrain offensif raconte son expérience forcément enrichissante qu’il ne détesterait pas prolonger, dans ce pays d’Amérique latine où est né son père.

Vous êtes né à Londres en 1992, mais vous n’y avez pas grandi.
Non. Ma mère est anglaise, mon père chilien. Il voyageait beaucoup pour son travail – c’est un homme d’affaires – et un jour, il est venu avec ma mère à Sainte-Maxime en vacances. L’endroit leur a plu et, après avoir passé quelques mois à Madrid, ils se sont installés dans le Sud de la France. Je devais avoir environ deux ans. Mon père a continué ses activités. Mais un jour, ils ont décidé d’ouvrir un restaurant sur la plage.
« Mon frère Jordan était à Montpellier. J’ai pu le rejoindre là-bas et disputer une vingtaine de matchs avec la réserve, avec William Prunier comme entraîneur. »
J’ai donc grandi en France, et j’ai trois passeports : français, britannique et chilien. Dans ma famille, je ne suis pas le seul sportif. Mon frère Jordan, qui a été formé à Montpellier, joue en Espagne (à Perelada CF, en Division 3). Et ma sœur Tamzin a été basketteuse professionnelle, notamment à Bourges. Elle travaille désormais pour le club des Cleveland Cavaliers, dans le domaine du marketing. Et j’ai un autre frère qui travaille dans la finance, à Londres.

C’est donc dans le Sud de la France que vous avez commencé à jouer au foot ?
C’est ça. À Sainte-Maxime, à Saint-Raphaël, au pôle Espoir d’Aix-en-Provence d’où sortent Kurzawa, Bryan Dabo, Nampalys Mendy, Valentin Eysseric... Je suis également passé par le centre de formation de l’OGC Nice, puis je suis reparti en Angleterre à Fulham. J’ai signé mon premier contrat professionnel, mais j’ai été victime de plusieurs blessures qui ont ralenti ma progression. J’ai été prêté quelques mois à VPS, en Finlande. Une bonne expérience d’ailleurs, tant sportive que personnelle. Puis je suis parti aux Pays-Bas au RKC Waalwijk, où je n’ai pas pu jouer hormis quelques matchs amicaux. J’ai ensuite repris la direction de l’Angleterre pour trois semaines, à Nuneaton Town en cinquième division. C’était sympa, mais pas assez structuré. Il ne fallait pas que je reste. Je suis donc parti au Kazakhstan, en 2014.


Par quel intermédiaire ?
Quand j’étais aux Pays-Bas, un entraîneur néerlandais, Arno Pijpers, m’avait vu disputer des matchs amicaux avec RKC. Il était au Kazakhstan au FK Taraz, et il m’a proposé de venir. J’ai accepté, car j’avais besoin de jouer. Je suis resté environ quatre mois, là-bas. Mais Pijpers s’est fait virer, et c’est devenu compliqué pour les joueurs qu’il avait fait venir. Mais au moins, j’ai pu jouer et ça payait plutôt bien. Le problème, c’est qu’on sentait que tout n’était pas toujours très clair au niveau de la régularité des matchs. Du coup, je suis reparti à Fréjus Saint-Raphaël en National. Là encore, j’ai été blessé après avoir commencé la saison.
« D’où j’habite, je peux voir les sommets enneigés des volcans Osorno et Calbuco. »
Et le coach faisait ses choix, ce n’était pas idéal. Je suis alors reparti aux Pays-Bas avec un pote, Antoine Gounet, qui joue aujourd’hui à Quevilly-Rouen. On signe à Magreb’90, un club de quatrième division majoritairement composé de joueurs originaires d’Afrique du Nord. Un jour, alors que nous sommes à l’aéroport pour aller faire un stage en Turquie, la police vient arrêter le président. D’après ce que j’ai su, c’était pour une histoire de trafic de drogue. Résultat, le club a connu de grosses difficultés financières et je suis parti.

Vous n’avez pas commencé à être gagné par le découragement ?
Disons qu’il fallait que je fasse une pause avec le foot. J’ai donc bossé au restaurant de mes parents : serveur, barman... Pour m’entretenir, entre deux services, j’allais courir. Cette petite pause m’a fait du bien. Mais il fallait que je rejoue, j’en avais envie. Mon frère Jordan était à Montpellier. J’ai pu le rejoindre là-bas et disputer une vingtaine de matchs avec la réserve, avec William Prunier comme entraîneur. J’ai même fait quelques entraînements avec les pros. Je pensais que j’aurais peut-être la chance de jouer en Ligue 1, mais ça ne s'est pas fait. J’ai réfléchi à mon avenir, il fallait peut-être que je reparte à l’étranger.


Et c’est là que vous avez pensé au Chili...
Oui. J’ai la nationalité chilienne, je parle espagnol – avec un fort accent français – et je décide donc de prendre un billet d’avion pour Santiago. Je ne pars pas à l’inconnu, car j’ai de la famille sur place. Une fois arrivé, je passe une annonce dans la presse locale en mettant le maximum d’informations. Je précise que je suis international français des moins de 19 ans (trois sélections en 2011), que je suis passé par Nice et Fulham. Et je reçois une réponse de O’Higgins, un des meilleurs clubs chiliens. Je vais m’entraîner avec eux, je dispute quelques matchs amicaux et on me fait signer un contrat.
« On fait régulièrement un asado, avec un bon verre de vin rouge. »
Puis le club me prête dans la foulée à Barnechea, un club de D2 basé à Santiago. Ça se passe plutôt bien et quand je reviens à O’Higgins, je constate que le club a recruté pas mal d’Argentins et que la concurrence va être rude. On me prête donc une seconde fois au Deportes Magallanes, toujours en Primera B. Je joue presque trente matchs, je marque cinq buts dans un registre différent puisque je suis davantage utilisé dans un poste de milieu offensif, alors qu’à la base, je suis attaquant. J’ai toujours l’espoir de jouer à O’Higgins, mais le club change d’entraîneur et je comprends qu’il vaut mieux aller ailleurs.

Ailleurs, c’est donc au CD Puerto Montt, toujours en Primera B.
D’abord, je vous situe l’endroit ! Je crois que c’est le club professionnel le plus austral du monde. On a donc un climat océanique, qui me rappelle plus l’Angleterre que Nice. Les paysages sont sublimes. La ville est assez grande (245 000 habitants), elle est entourée de montagnes, de volcans, de plages, de lacs. C’est magnifique. D’où j’habite, je peux voir les sommets enneigés des volcans Osorno et Calbuco. Il y a d’ailleurs pas mal de touristes qui viennent, ici. Il y a une vraie qualité de vie. Dès que j’ai deux ou trois jours devant moi, j’en profite pour aller visiter quelque chose. J’ai pu aller voir les condors dans la Cordillère des Andes. Je suis allé à San Pedro Atacama, dans le nord du pays, où il y a des paysages désertiques sublimes. Je ne suis pas du genre à rester chez moi à jouer à la console, ou à regarder des films. J’aime découvrir. J’espère pouvoir me rendre en Argentine ou au Pérou.


Comment les joueurs chiliens se comportent avec vous ?
« Au Chili, le salaire moyen doit tourner autour de 500 euros. En D1, on peut gagner 8 à 10 000 euros par mois et même plus dans les plus gros clubs. »
Au départ, ils se demandaient ce qu’un Français foutait là ! Ils sont plutôt habitués à voir débarquer des Sud-Américains. Mais ça se passe bien, j’ai appris à me faire respecter. Le fait que je parle couramment espagnol, même si je suis arrivé avec un fort accent français que j’ai corrigé, a favorisé mon intégration. Je suis assez proche des joueurs argentins. On fait régulièrement un asado (barbecue argentin), avec un bon verre de vin rouge. On aime aussi partager de temps en temps un maté.


Maintenant que vous le connaissez bien, que vaut le championnat chilien de Primera B ?
Je ne vais pas vous surprendre en vous disant que c’est un football assez technique. Mais il y a quelques équipes qui pratiquent encore un football à l’anglaise, basé sur le kick and rush. Moi, comme je suis plutôt grand et costaud, que j’apporte de la profondeur, mon profil atypique semble leur plaire. À Puerto Montt, notre entraîneur Fernando Vergara est un ancien attaquant international chilien qui mise plutôt sur un jeu technique.


Financièrement, c’est intéressant ?
« Avant de venir à Puerto Montt, j’avais eu un contact avec Merida, un club mexicain, pas très loin de Cancún. »
C’est très correct. On peut atteindre 5000 euros par mois, plus l’appartement. Au Chili, le salaire moyen doit tourner autour de 500 euros. En D1, on peut gagner 8 à 10 000 euros par mois et même plus dans les plus gros clubs. Moi, je suis lié à Puerto Montt jusqu’à la fin de l’année, mais j’ai de nouveau signé avec O’Higgins. J’espère que je pourrai jouer là-bas, l’année prochaine.

Envisagez-vous un retour en France ?
Déjà pour mes vacances, en juin. Avec la Copa América, on va avoir un mois de congés. Je vais en profiter pour assister au mariage de ma sœur, fin juin. Elle va organiser ça au resto de mes parents, sur la plage. Ça va être sympa. Sinon, pour le foot, pourquoi pas un jour ? Mais je peux aussi être tenté par une expérience en Asie, aux États-Unis aussi. Avant de venir à Puerto Montt, j’avais eu un contact avec Merida, un club mexicain, pas très loin de Cancún. Je n’aurais pas détesté y aller... (Rires.)



Propos recueillis par Alexis Billebault
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