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Bâle en mousse ?

Incroyable mais vrai : ce soir, le FC Bâle a l’occasion d’éliminer Manchester United de la Ligue des Champions. Comment ? Tout simplement en les battant. Mais sincèrement, ils ont vraiment une chance, les Bâlois ?

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A en croire la réaction de Sir Alex Ferguson, juste après la victoire face à Aston Villa, le FC Bâle ne fait pas peur à grand monde. Un journaliste lui demande pourquoi Manchester est « à la peine en Ligue des Champions » . Le journaleux n’a pas le temps de terminer sa question, que Sir Alex, sourire narquois, lui rétorque : « Vous plaisantez ou quoi ?  » . Deux interprétations possibles. Soit le coach mancunien sait que son équipe gagne toujours les matches qu’il faut gagner. Soit il juge que les Suisses sont de bien modestes adversaires. Dans ce deuxième cas, il suffirait de lui ressortir la VHS du match aller. A Old Trafford, United, qui mène rapidement 2-0, subit un incroyable retournement de situation en seconde période, et se retrouve mené 3-2. Il faut un but d’Ashley Young à la dernière minute pur éviter une défaite qui aurait été historique. Néanmoins, ce match nul a donné au FC Bâle une force qui ne les a pas quitté depuis. Dans ce groupe où personne ne donnait bien cher de leur peau, l’équipe a collectionné deux victoires (face à l’Otelul Galati), deux nuls et une défaite. Les voilà donc avec huit points, soit un de moins que Benfica et Manchester United. Et comme le calendrier est coquin, il offre à la formation de Heiko Vogel la possibilité de rêver un peu. Un autre résultat que la victoire n’est pas autorisé. Alors, les Bâlois vont y croire. De toutes façons, ils n’ont rien à perdre.

Vogel les Mancuniens

Quoiqu’en pense mister Ferguson, le FC Bâle ne résume pas qu’à un bon parcours éphémère en Ligue des Champions. Le club n’a perdu qu’un seul de ses dix-neuf derniers matches, face à Benfica. En championnat, l’équipe rouge et bleue est irrésistible, avec dix victoires et un nul lors des onze dernières journées. Un rendement « realmadridesque » ou « manchestercitiesque » . Avec six points d’avance sur Lucerne, deuxième du classement, Bâle navigue tranquillement vers un troisième titre de champion consécutif. De fait, depuis le début des années 2000, Bâle n’a pas vraiment de rival, au royaume helvète. Champion en 2002, 2004, 2005, 2008, 2010 et 2011, vainqueur de la Coupe en 2002, 2003, 2007, 2008 et 2010, le club ne laisse que des miettes à ses adversaires, les Zurich, Sion et autres Grasshoppers. Avec l’Allemand Thorsten Fink, Bâle semblait même avoir trouvé un coach capable d’instaurer un cycle sur le long terme. Mais l’ancien joueur du Bayern Munich a finalement cédé à l’appel du pays, en s’engageant avec Hambourg en octobre dernier. Un départ mal vécu par les supporters, même si son remplaçant, Heiko Vogel, réalise pratiquement un sans-faute. Pour le plus grand plaisir de la présidente et mécène du club, la richissime Gisela Oeri.

Frei et Frei

C’est bien beau tout ça. Une équipe qui gagne tout le temps dans son pays et qui est sacrée championne d’automne avec un tour d’avance. Mais sur la scène européenne, qu’est-ce que cela vaut vraiment ? Depuis le début de la saison, les Rhénans s’appuient sur un super collectif, dont Alexandre Frei est le terminal d’attaque. Un Frei par ci, et un autre par là. Fabian, aucun lien de parenté, plante lui aussi des buts décisifs depuis quelques semaines. Il en est à quatre cette saison, pas dégueu pour un milieu de terrain. Du reste de l’équipe, on connaît surtout Marco Streller, ancien buteur de Stuttgart, Valentin Stocker, jeune promesse qui vient de faire son retour après sept mois d’absence, ou encore Xherdan Shaqiri, convoité depuis peu par les grands clubs européens. Et pas grand chose de plus, hormis quelques noms d’avenir (Xhaka, Dragovic, Zoua). Ce que l’on sait, toutefois, c’est que la mécanique est bien huilée, et que Bâle développe même un jeu plaisant, qui fait honneur à leur maillot. De fait, avant de fonder le FC Barcelone, le Suisse Hans Gamper était un grand supporter du FC Bâle. Il a ainsi décidé d'en exporter les couleurs (qui étaient aussi celles du FC Excelsior, son premier club) en Catalogne. Un petit clin d’œil historique, et symbolique : le rouge et le bleu du Barça a rarement porté chance aux Red Devils, ces derniers temps.


Degen ton couteau

Une seule fois, dans son histoire, le FC Bâle a passé le premier tour de la Ligue des Champions. C’était en 2002. Les Suisses accèdent aux deuxièmes phases de poule, et passent à deux doigts de la qualification en quarts de finale. Les victoires face à la Juventus (futur finaliste de la compétition) et au Deportivo La Corogne provoquent alors une vague d’euphorie et d’admiration dans tout le pays. Depuis, le club a bien grandi, a raflé une flopée de titres, et a gagné en confiance. Il y a quelques semaines, il a même enregistré le retour du Suisse Philipp Degen, formé au club, et qui a décidé de boucler la boucle après de nombreuses années plus ou moins heureuses passées entre Dortmund et Liverpool. Comme une façon de faire comprendre, implicitement, que Bâle est aujourd’hui à la hauteur de ces autres clubs dont il a porté le maillot. Mais ça, c’est toute l’équipe qui va devoir le prouver, ce soir. Cela passe par une victoire contre United. Cela passe par une énorme prestation. Cela passe par le rendez-vous de leur vie. Un véritable match au couteau. Suisse.

Eric Maggiori
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