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Aux origines de la catastrophe Mediapro

Envoûtée par le chant des sirènes, la LFP a vendu pour 795 millions d’euros par an à Mediapro une bonne partie des droits de la Ligue 1 portant sur la période 2020-2024. Problème : la fontaine de cash dans laquelle espéraient naïvement se baigner les clubs français était aussi illusoire que les rêves de sous-traitance avec bénéfices de la firme espagnole. Autopsie d’une immense partie de poker menteur, qui laisse le football bleu blanc rouge au bord du gouffre.

Modififié
Article issu du magazine SO FOOT #183 paru en février 2021

« Thomas, qu’est-ce qui est le plus probable : que Messi vienne au PSG ou que Mediapro paye les droits de la Ligue 1 ? » Sur le plateau de Téléfoot, la question du chroniqueur Paul de Saint-Sernin fait son petit effet. L’anchorwoman Anne-Laure Bonnet se marre dans son tailleur cintré, le consultant Mathieu Bodmer pouffe dans son fauteuil et, en duplex, Tuchel lâche derrière son masque son rire le plus franc depuis son arrivée dans la capitale. Une poilade générale en trompe-l’œil : ce dimanche 13 décembre 2020, le plateau du diffuseur ressemble plus à une déprimante assemblée de clowns tristes qu’aux Grosses Têtes. Deux jours plus tôt, les salariés de Téléfoot la chaîne du foot (son nom complet réel) ont été informés par Julien Bergeaud, leur directeur général, de l’arrêt des programmes lancés quatre mois plus tôt. La date de coupure du signal reste à déterminer, mais ce game over brutal déchire définitivement le voile de l’illusion dans lequel s’était orgueilleusement drapé le foot professionnel français. Et pour cause, celui-ci doit s’asseoir sur une enveloppe annuelle de 795 millions d’euros pour la Ligue 1 et de 34 millions pour la Ligue 2, prévue par le contrat signé avec Mediapro. Le groupe audiovisuel espagnol aurait dû catapulter les droits télé hexagonaux à des hauteurs à peine imaginables quelques années plus tôt, 1,153 milliard d’euros par an sur la période 2020-2024. Sauf que le vaisseau de l’amiral Jaume Roures n’est jamais arrivé à bon port. Après avoir froissé pas mal de spectateurs (ou trop peu, c’est selon) et composé avec des débuts laborieux, la société espagnole s’est mise à dos son client, la Ligue de football professionnel, en ne s’acquittant pas de ses échéances d’octobre (172 millions d’euros) et de décembre (152,5). Pour certains présidents de clubs, cette histoire est au mieux « un pantomime » , au pire une « manipulation magnifique » . Et si on a ri jaune aux obsèques de ce projet, les sourires étaient bien plus francs et sincères lors de l’annonce de l’heureux événement le 29 mai 2018, jour de l’attribution des droits intronisant ce grand illusionniste venu de l’autre côté des Pyrénées.



La France du foot n’a alors pas encore vécu l’été doré que lui apporteront Didier Deschamps et ses hommes en Russie, mais, dans les rangs de la LFP, on jubile. Peut-être déjà un peu trop vite. Qu’importe : alors que le précédent contrat avec Canal+ et beIN Sports se chiffrait à 748 millions d’euros, les clubs français ont réussi à faire bondir de près de 60% leurs revenus télévisuels domestiques. La bonne affaire. « Demain, si ton patron te dit que dans deux ans, ton salaire va être doublé, quand tu rentres chez toi, tu prends le champagne avec ta femme, assume Laurent Nicollin, le président du Montpellier Hérault SC. À ce moment-là, tu ne peux que dire bravo. » Le fils de Loulou est catégorique : « Il n’y a pas un président qui a émis de doutes à cet instant. Si quelqu’un vous affirme le contraire, c’est un gros menteur. »




Chapitre I : Shuffle up and deal



Cette enchère à 1 milliard d’euros par an vient en réalité conclure une partie de très longue haleine, débutée en 2016. Cette année-là, alors que s’achève le mandat de Frédéric Thiriez, la LFP mène un grand chantier de sa gouvernance : les présidents de Ligue 1 poussent pour défausser le futur successeur de « Moustache » d’une partie de ses pouvoirs, considérés comme trop étendus. Ils souhaitent confier l’aspect business et développement économique au directeur général exécutif. Heureux hasard : Jean-Pierre Hugues, le DGE en poste, est sur le point de partir à la retraite, et on cherche pour le remplacer « le Carlos Ghosn du football français » , évoque un ancien de la maison. Le changement des statuts est adopté en conseil d’administration et, en mars 2016, le foot français se dégote un nouveau dealer pour distribuer et valoriser ses atouts. Le nom du croupier ? Didier Quillot. Ancien président de Lagardère News (Europe 1, Paris Match, Le JDD), ex-administrateur d’Orange, le nouveau dirigeant est originaire du Tarn-et-Garonne, comme le laissent deviner sa carrure de rugbyman et son accent méridional. Sous ses lunettes à la monture épaisse, il est décrit par certains comme un décideur un peu orgueilleux, qui peut avoir du mal à partager le pouvoir. Il devra pourtant former un tandem à la tête de la LFP avec la future présidente, Nathalie Boy de la Tour, élue en novembre de la même année.

Sa fiche de poste dessine pour Quillot une mission claire : ouvrir en grand le principal robinet d’argent frais des clubs que sont les recettes télévisuelles. Dans ce domaine, la France fait figure de parent pauvre dans le top 5 européen : là où les droits domestiques ont déjà tous dépassé ou talonné le milliard annuel chez nos voisins, l’Hexagone stagne autour des 600-700 millions d’euros depuis des années. Le quasi-monopole dont jouit Canal+ sur le football en France n’y est pas étranger. En Angleterre, par exemple, c’est la bataille d’ego entre BT et Sky qui a fait crever le plafond. Sur les trois premières décennies d’existence de Canal+, ni TPS, ni Orange, les premières à avoir tenté de s’immiscer sur ce marché, ne sont parvenues à tenir la dragée haute à la chaîne cryptée sur la durée. Il faut attendre 2012 et l’arrivée de beIN Sports pour voir « la chaîne du foot et du porno » être challengée par un concurrent digne de ce nom. Si l’hydre à deux têtes formé par beIN et la quatrième chaîne permet de faire grimper graduellement la valeur de la seule L1 (de 607 millions d’euros par an pour 2012-2016 à 726,5 en 2016-2020), ce n’est pas suffisant pour les pontes du football français, convaincus que leur produit est sous-évalué. « L’Angleterre a environ 2 milliards, en Espagne, ils ont 1,5 milliard, en Allemagne 1 milliard... Pourquoi le championnat de France, avec Neymar et Mbappé, ne pourrait pas avoir 1,2 milliard de droits TV ? Ça ne paraît pas déconnant » , resitue Laurent Nicollin. La barre symbolique revient comme un marronnier et, surtout, fait office de frontière en dessous de laquelle le futur accord serait considéré comme un échec. Aux yeux des boss des clubs, Didier Quillot doit donc être l’homme du milliard, celui qui fera entrer la L1 dans le carré VIP européen. « La pression des présidents sur Didier Quillot était extrêmement forte, il était attendu au tournant » , reprend un ancien de la LFP.

Nathalie Boy de la Tour, Didier Quillot et Marc Ingla : les as de pique


Cet appel d’offres pour la période 2020-2024, le nouveau DGE en sera le principal architecte, assisté de Mathieu Ficot, responsable des activités média et marketing de l’instance. Entre 2016 et 2018, le duo fait le tour du monde pour dénicher le futur rival de beIN et Canal+. Des États-Unis à l’Asie, ils présentent la « Ligue des talents » à Google, Amazon, Facebook, Wanda, Infront, IMG, entre autres. Et donc, fatalement, à Mediapro. S’il n’est pas encore impliqué dans la diffusion du football sur notre sol, le groupe catalan n’est pas un inconnu : il a notamment, via sa filiale française, produit les contenus de beIN Sports France à ses débuts. Grand nom de la production audiovisuelle, Mediapro est néanmoins beaucoup moins à la fête chez lui depuis peu. « Jusqu’en 2015, la négociation sur les droits était individuelle en Espagne. Les plus gros clubs les commercialisaient eux-mêmes au plus offrant, détaille le consultant Pierre Maes, ancien directeur des programmes de Canal+ Belgique et auteur du livre Le Business des droits TV du foot. Mediapro avait la main sur ceux du Barça. Ils se portaient acquéreurs, pour ensuite les revendre avec plus-value. » Au moment où la négociation sur les droits télé ibériques devient collective, la firme cesse de jouer les guichetiers privés du club blaugrana. Pire, pour la période 2019-2022, Mediapro doit se contenter de miettes face à Telefonica, qui ramasse neuf des dix matchs de chaque journée de Liga. Fragilisé sur ses terres, le groupe audiovisuel n’en reste pas moins un squale de belle taille : début 2018, son chiffre d’affaires atteint les 2 milliards d’euros, pour 250 millions d’euros de résultat. Parmi ses actionnaires, on trouve par ailleurs le Britannique WPP, leader mondial de la publicité. La rencontre des grands esprits entre Didier Quillot et Jaume Roures, le fondateur catalan de Mediapro, est ainsi orchestrée quelques mois avant l’appel d’offres des droits télé du foot français par l’intermédiaire de Marc Ingla, directeur général du LOSC et également originaire de Catalogne. Avec son partenaire Tatxo Benet, Roures a fondé Mediapro en 1994 et en a fait une multinationale avec des bureaux sur tous les continents. Il en a profité au passage pour se construire une image en décalage avec les codes de son milieu. Ancien militant trotskiste emprisonné sous Franco, le bonhomme reconnaît être parti prendre les armes pour faire la révolution sandiniste au Nicaragua à la fin des années 1970, sans jamais entrer dans le détail de ses accomplissements sur place. Mais Quillot n’est pas venu discuter révolution populaire avec le magnat catalan : il veut juste réaliser le Grand Soir dans le petit écran du foot français.


Chapitre II : les mises



Didier Quillot n’est pas un cow-boy solitaire. Au retour de ses pérégrinations dans l’Ouest sauvage, il doit en référer au « comité de pilotage » , soit une douzaine d’experts sélectionnés parmi les membres du conseil d’administration de la LFP. Depuis l’automne 2017, cette cellule d’accompagnement est censée superviser les avancées de Didier Quillot et ficeler avec lui le cadre de l’appel d’offres. On y trouvait notamment les présidents Eyraud (Marseille), Caïazzo (Saint-Étienne), Desplat (Guingamp), Chabane (Angers), Rivère (Nice), Vasilyev (Monaco), Michy (Clermont) ou encore le représentant de la FFF, Michel Denisot. Jean-Michel Aulas fut intégré à ce groupe en cours de route. Après sept sessions de travail, le comité de pilotage est en mesure de présenter au CA la composition des lots qui sera ensuite communiquée aux futurs prétendants. L’ensemble de la programmation de la L1 est fragmentée en sept lots, avec la volonté de concerner « un grand nombre d’acteurs » , comme le précise le procès-verbal de la réunion du 25 avril 2018. Par ailleurs, détail qui aura son importance pour la suite, la LFP fait savoir que « pour la première fois, [elle] permettra des droits de sous-licence sur l’ensemble des lots » . C’est-à-dire qu’elle autorise la possibilité de revendre ses acquis à un tiers, comme cela s’est déjà vu en France par le passé pour un mondial ou un Euro. La date du 29 mai 2018, deux semaines avant le début de la Coupe du monde de football, est choisie : « On considérait que la tension compétitive était bonne à ce moment-là » , révèle un proche du dossier.

Bernard Caïazzo et Pierre Ferracci, la moue à deux


Les jours qui précèdent la date fatidique, une poignée d’employés et les avocats de la Ligue épluchent un à un les dossiers envoyés par les candidats en amont. Leur identité doit rester confidentielle jusqu’au jour J, et leurs dossiers ne doivent pas faire mention d’offre financière : les enchères comme l’attribution se bouclent en une journée. Dans le plus grand hermétisme sont évalués la qualité des retransmissions proposées par les opérateurs, leur solidité financière, le nombre de caméras, ce qui sera investi en matière de communication etc. « On a reçu les dossiers de Canal, beIN, Mediapro et Free » , liste un des employés de la Ligue. Première surprise : SFR, par l’intermédiaire de la chaîne RMC Sport, n’a pas répondu à l’invitation. À l’inverse, si personne ne se doute encore de sa présence, Mediapro est bien là. « Ils ont renvoyé leur dossier qualitatif quelques jours avant la date limite comme les autres participants et ont été analysés comme les autres, confirme encore la source interne à la Ligue. On a constaté que Mediapro était une entreprise de production et de diffusion audiovisuelle et qu’elle avait tout à fait le droit de concourir. Après étude, il n’y avait pas de doute sur sa solvabilité. » D’autant que Joye Media SL, la société qui englobe l’ensemble des activités du groupe Mediapro, a été rachetée quelques mois plus tôt à 53,5% par Orient Hontai Capital. Ce fonds d’investissement chinois a pour actionnaire la province de Shanghai, et par extension le gouvernement de Pékin. À l’époque, la Chine investit massivement dans le football européen. En France, des actionnaires chinois entrent au capital de Nice, Lyon et Auxerre, tandis que la FFF ouvre un bureau en République populaire. Passionné de ballon, le président chinois Xi Jinping veut organiser la Coupe du monde sur son territoire d’ici 2030, et ambitionne de la soulever à l’horizon 2050. L’un dans l’autre, la volonté d’acquérir les droits du foot français ressemble à un outil de soft power, comme a pu s’y adonner le Qatar en son temps.

Une fois les candidatures compilées, toutes se voient attribuer une note. « Ce coefficient de confiance sert à moduler le prix, explique Jean-Pierre Louvel, ancien président du HAC et familier du processus. Pour celui qui fait une offre de 100, mais a un coefficient de 0,2, son prix n’est plus de 100, mais de 120. » Une évaluation qui a pour objectif de protéger les diffuseurs historiques, mais dont le poids reste en définitive marginal. Les règles sont énoncées, les blinds ont été posées, Quillot peut alors inviter les joueurs à s’asseoir autour de la table des négociations. Canal+ est là en vieux briscard sûr de lui, plus stratège que puncheur ; beIN veut toujours se faire bien voir à la table des grands sans dilapider sa montagne de jetons. Enfin, caché sous une capuche et une paire de lunettes en attendant de se dévoiler, Mediapro se pointe discrètement avec une grosse valise.


Chapitre III : le flop



Les poker faces sont de mise. Les protagonistes jouent la mine fermée, aucune émotion n’est censée transparaître. Ce 29 mai 2018, les membres du comité de pilotage sont réunis dans les bureaux parisiens du cabinet Clifford Chance, avocats de la LFP. Le député Cédric Roussel décrit avec le recul « un processus très mécanique » . Depuis mi-octobre 2020, l’élu LREM pilote depuis l’Assemblée nationale des auditions pour faire la lumière sur « l’affaire Mediapro » . « Il y a interdiction entre les candidats potentiels d’échanger, les portables sont mis de côté. Chacun fait une offre pour les lots auprès d’un huissier, et ajuste ses enchères en fonction des autres. » Tous les participants suivent un cérémonial réglementé par la loi Lamour de 2003, texte qui fait de la Ligue française la seule d’Europe à être dans l’obligation d’organiser un appel d’offres transparent, non discriminatoire, public, et encadré par l’autorité de la concurrence. Pas de copinage, de renvois d’ascenseur ou de luttes d’influence : le plus offrant remporte la mise, point. Les lots sont passés en revue, et chaque enchérisseur est dévoilé par les équipes de la Ligue et Me Yves Wehrli, avocat du cabinet Clifford Chance. « Notre présence au round final ne porte aucune conséquence, note un président de club. Tu as les gens de Clifford qui sont là et tu n’as pas la possibilité d’interférer sur le résultat. » Dès les premiers tours, un chipleader inattendu sort du bois : Mediapro. Le concurrent sino-espagnol rafle alors trois des lots mis en jeu, correspondant à huit des dix rencontres de chaque journée. L’offre est énorme et laisse tout le monde bouche bée. « Quand on te donne des chiffres qui sont validés par l’expert comptable, par un avocat ou les gens de la Ligue, donc des gens sérieux, tu te dis : "Bon super, on a touché le jackpot !" » rapporte Laurent Nicollin.

« Il n’y a pas un président qui a émis de doutes le jour de l’attribution. Si quelqu’un vous affirme le contraire, c’est un gros menteur. » Laurent Nicollin, président de Montpellier

De son côté, Free s’adjuge les droits VOD d’extraits en quasi-direct quand beIN limite la casse en s’offrant le match du samedi à 21 heures et celui du dimanche 17 heures. À l’instant T, Canal+ est bredouille. Selon plusieurs sources, au moment où le groupe de Vincent Bolloré apprend qu’il perd sa sacro-sainte affiche du dimanche soir, celui-ci préfère se coucher et ne pas surenchérir. Un responsable tente de décrypter ce geste de désespoir : « Canal n’avait pas du tout vu arriver Mediapro. Ils pensaient que le candidat mystère était RMC Sport, un groupe qui avait remporté les droits de la C1 quelques mois auparavant, de manière très agressive. » Échaudé par cette déconvenue et pensant son concurrent à court de liquidités pour les lots suivants, Canal aurait donc « essayé de planter l’appel d’offres » en plaçant des mises volontairement ridicules (10 millions d’euros) sur les lots 2 et 3. L’idée ? Faire en sorte que le prix de réserve fixé par la LFP ne soit pas atteint. Cette somme correspond à un montant minimum fixé par la Ligue. Si le seuil n’est pas franchi, l’appel d’offres est annulé dans son entièreté et reporté à une date ultérieure. C’est donc l’invalidation et l’ajournement de la partie qu’aurait visés Canal. Une stratégie une nouvelle fois inopérante, puisqu'elle ne fait qu’ouvrir un boulevard aux Espagnols sur le lot 2 et à beIN Sports sur le lot 3. La somme plancher est atteinte, « l’enchère continue » , ordonne la LFP. Canal+, qui aurait fait courir le bruit que les droits de la Ligue 1 ne valaient pas plus de 650 millions d’euros, est alors sortie du jeu. « Avant cette journée, Canal se sentait en position de force, récapitule Arnaud Simon, l’ancien directeur général d’Eurosport, désormais à la tête de la société de conseils en droit sportif In&Out Stories. Mais c’est la partie de poker inhérente à l’appel d’offres. » Ce tour de force de Mediapro fait déjà des heureux. Jean-Michel Aulas se pourlèche les babines à l’idée d’un futur festin : « On réduit la différence avec nos concurrents européens. À Lyon, on va pouvoir prendre un peu plus de risques sur la partie joueurs. C’est un jour béni pour le football professionnel français. » Alléluia.

Jean-Michel Aulas, vengeur masqué



Chapitre IV : le turn



Alors que le France du foot commence ses vacances en nageant dans un océan d’autosatisfaction, une première vague d’inquiétudes vient troubler la félicité ambiante. C’est la Ligue de football italienne qui instille les premiers doutes, quand elle rétropédale et retire à Mediapro les droits de la Serie A de 2018 à 2021, obtenus grâce à une offre de 1,05 milliard d’euros par saison. Les garanties financières de l’acquéreur sont finalement jugées insuffisantes par la Lega Serie A. En coulisses, certains dirigeants français commencent à jacasser. Le 8 juin, Quillot monte sur le pont pour assurer à tous que le navire Ligue 1 est doté de doubles fonds solides et qu’il n’y a donc pas matière à imaginer des trous dans la coque : « Nous n’avons pas d’inquiétude, car nous avons une caution solidaire de l’actionnaire de référence de Mediapro. » En l’occurrence, Joye Media SL, sa société mère. Le 6 septembre 2018, le coprésident de Saint-Étienne, Bernard Caïazzo, est le premier à verbaliser publiquement ses inquiétudes : « On nous a dit qu’il n’y avait aucun problème de solvabilité... On dit que Mediapro souhaite faire de la sous-traitance. Mais vu les sommes qu’ils ont engagées, je ne vois pas comment ils pourraient obtenir davantage... » Par le terme sous-traitance, le patron des Verts se réfère à la possibilité qu’offre l’édition 2018 de l’appel d’offres : revendre une partie de son trésor de guerre à un tiers. Ironie de l’histoire, cet astérisque fut ajouté à la demande de... Canal+.

« La possibilité de revendre ses droits, c’est la plus grande connerie de cet appel d’offres. La stratégie de Mediapro consistait à ce que Canal n’ait rien, pour les inciter à passer par eux. C’était une façon de les prendre en otage. » Le président d’un club de Ligue 1

Pour Arnaud Simon et de nombreux professionnels familiers du milieu des droits télé sportifs, ça ne fait aucun doute : « Aucun élément ne laissait penser que Mediapro voulait effectivement lancer sa chaîne. » Mediapro jure pourtant vouloir proposer un canal à 25 euros par mois, Jaume Roures annonçant cibler à terme « 3,5 millions d’abonnés » , pour rentrer dans ses frais. Il serait gentil de qualifier ce business plan d’utopique – pour rappel, beIN Sports a mis cinq ans pour atteindre cette barre avec de la C1, des Real-Barça en pagaille et des chocs de Serie A dans son catalogue. C’est là que Canal+, piteusement éclipsé de la course aux droits par le géant espagnol, aurait fait un croche-patte aux ambitions de son rival, en refusant de racheter ses droits si chèrement acquis. C’est du moins ce qu’avancent de nombreux spécialistes. « Au vu des différends que Canal entretenait avec la Ligue, je pense qu’ils n’avaient pas envie d’aider Mediapro et in extenso la LFP, abonde Arnaud Simon. Je suis intimement persuadé qu’ils ont voulu contrarier l’objectif de plus-value de Mediapro. » En attendant, les mois défilent. Le 29 novembre 2019, c’est l’UEFA qui vient taquiner les chevilles de la firme sino-espagnole, en attribuant délibérément les droits de la Ligue des champions à beIN Sports et Canal, à compter de la saison 2021-2022. Il s’agit d’un énorme revers pour Mediapro, qui semble désavoué au grand jour par l’institution européenne, non concernée par la loi Lamour de 2003. Jaume Roures crie au complot : « Il y a eu une magouille. Nos offres étaient meilleures sur les deux tours. » Selon Pierre Maes, cette décision marque un tournant. « L’UEFA a clairement choisi la sécurité financière, en tranchant en faveur de la base d’abonnés déjà acquise, et non du montant du chèque. » En parallèle, la chaîne cryptée fomente ce qui ressemble à une contre-attaque éclair. En décembre 2019, elle annonce qu’elle rachète pour 330 millions d’euros à beIN le lot que l’employeur de Darren Tulett et Robert Malm avait gagné lors de l’appel d’offres, à savoir les matchs du samedi 21 heures et celui du dimanche 17 heures. L’entreprise de Vincent Bolloré devient également le distributeur exclusif de beIN Sports sur toutes les plateformes à partir de juin 2020. « Canal possède alors moins de matchs que Mediapro en magasin, mais vient d’empocher 28 des 38 meilleures affiches de chaque saison » , résume Pierre Maes. Quant à la chaîne dirigée par Nasser al-Khelaïfi, elle mise sur cette alliance pour diminuer ses frais, alors que Doha semble fatiguée de renflouer chaque année les caisses. Pour la LFP et Mediapro, ce partenariat entre frères ennemis d’autrefois a peut-être un avant-goût d’apocalypse. C’est du moins ce que laisse entendre un président de Ligue 1, sous couvert d’anonymat : « La possibilité de revendre ses droits, c’est la plus grande connerie de cet appel d’offres. Je pense que la stratégie de Mediapro consistait à ce que Canal n’ait aucun droit sur la L1, pour les inciter à passer par eux. C’était une façon de les prendre en otage. Mais ça n’a pas fonctionné, à cause de l’alliance entre beIN et Canal. Sans cette possibilité de céder le contrat avec plus-value, Mediapro ne serait jamais venu. »

Les joues rouges de Jaume Roures


Mediapro n’a plus le choix : son projet de chaîne, un concept dessiné à la va-vite, va devoir prendre corps. Alors que le coronavirus décapite sportivement et financièrement la saison 2019-2020, l’entreprise ibérique annonce début juin la création de Téléfoot la chaîne du foot, en partenariat avec TF1. Jean-Michel Roussier, directeur de feu CFoot en 2011-2012, puis éphémère président de Nancy, en sera le directeur d’antenne. « Tout ça a été fait à l’arrache, croit savoir un ancien président de club, retiré, mais toujours bien informé. Ils savaient assez rapidement qu’ils allaient droit dans le mur. Roussier, c’est un choix par défaut. Quand Mediapro a voulu monter une direction pour sa chaîne, ils ont approché beaucoup de monde, et tous les professionnels un peu référents ont refusé. » Il reste encore à Roures une carte dans sa manche pour adoucir le sort funeste que beaucoup lui promettent déjà : se dégoter des accords de distribution avantageux. L’idée : vendre Téléfoot aux fournisseurs d’accès internet (FAI) comme un produit d’appel premium, qui leur permettra d’attirer de nombreux abonnés. Le cas échéant, le détenteur des droits demande souvent à être partiellement payé en avance, quel que soit le nombre d’abonnés recrutés. Un prix d’entrée en somme, usuellement qualifié de « minimum garanti » . Sauf que les accords de distribution se font désespérément attendre. Alors que le championnat reprend le 21 août 2020, Mediapro annonce un deal le 27 juillet avec SFR, le 14 août avec Bouygues, le 26 août avec Free et le 9 septembre avec Orange. Autant de partenariats tardifs qui n’augurent rien de bon. « Il est quasiment certain que Mediapro a touché des minimums garantis très faibles de la part des FAI, pense déceler Arnaud Simon. Il ne faut pas sortir de Harvard pour deviner ce qu’ils leur ont dit : "Vos 3,5 millions d’abonnés à 25 euros par mois, ça ne marchera jamais." Donc ils ont probablement dû signer en catastrophe. » Un gnon dans le bide, un de plus. Avant de sombrer, le groupe audiovisuel n’entrevoit plus qu’une ultime lumière au bout du tunnel, un dernier espoir fou auquel se raccrocher : Canal+. Avec ses millions d’abonnés, la chaîne cryptée peut potentiellement donner à Mediapro la possibilité de toucher une pelletée de clients, via une offre couplée avantageuse, incluant Canal et Téléfoot. La quatre reconnaîtra bien avoir discuté les yeux dans les yeux avec les Espagnols, mais aucune poignée de mains ne sera échangée. Pire, Maxime Saada, le président de Canal, accuse son concurrent de tentative d’entourloupe, en ayant exigé des minimums garantis supérieurs à ceux quémandés à Free, SFR et Cie : « On connaît bien les conditions dans lesquelles on peut signer des contrats de distribution. On sait que celles qui nous sont demandées aujourd’hui ne peuvent pas avoir été acceptées par les autres FAI. » Mi-septembre 2020, la chaîne du groupe Vivendi attaque Mediapro en justice.

« Mediapro a dû toucher des minimums garantis très faibles de la part des fournisseurs d’accès à internet. Il ne faut pas sortir de Harvard pour deviner ce qu’ils leur ont dit: "Vos 3,5 millions d’abonnés à 25 euros par mois, ça ne marchera jamais." » Arnaud Simon, ancien DG d’Eurosport


Chapitre V : la river



Sans accord de distribution avec Canal et donc sans accès aux près de deux millions de souscripteurs de son offre satellite, Téléfoot fait une croix sur ses chances d’atteindre ses objectifs. La Ligue 1 ne le sait pas encore, mais la tragi-comédie est déjà terminée. Le 5 décembre 2020, c’est la fin du théâtre d’ombres. Mediapro l’annonce haut et fort : alors que sa première échéance de 64 millions d’euros avait été réglée rubis sur l’ongle, elle ne paiera plus. Jaume Roures veut même « rediscuter le contrat » d’une saison très affectée par la situation sanitaire. « On ne remet pas en cause le projet en tant que tel, mais les bars et les restaurants sont fermés, la publicité s’est effondrée... Ce sont des choses que tout le monde connaît. » La LFP, piégée, saisit le tribunal de commerce de Nanterre afin d’exiger de « l’actionnaire de référence » de Mediapro (Joye Media) l’activation de la garantie figurant dans les contrats. Un pare-feu obsolète: les ordonnances prises par le gouvernement dans le cadre de la pandémie, en mai, ont renforcé le droit des entreprises en difficulté, afin d’éviter les faillites en chaîne. La Ligue est forcée d’entamer une procédure de conciliation avec son mauvais payeur, pouvant durer de quatre à cinq mois. Impossible, dans le même temps, de récupérer les droits acquis par Mediapro, malgré le retard pris sur les versements. Seul un deus ex machina chinois pourrait sauver le football français de la bérézina. Pour cela, il faudrait qu'Orient Hontai Capital, l’actionnaire majoritaire de Joye Media, consente à renflouer la firme espagnole. Il n’en sera rien, le fonds d’investissement n’étant pas légalement tenu de combler les insuffisances de Mediapro. « La garantie prise par Quillot était bidon » , confie un cadre de la chaîne Téléfoot qui souhaite garder l’anonymat. « La vérité, c’est qu'OHC n’est pas tributaire de la garantie qu’a négociée la Ligue, abonde Pierre Maes. C’est Joye Media, la société mère de Mediapro, qui l’est. Joye Media, c’est Mediapro. Si l’un n’a pas de liquidités, c’est aussi vrai pour l’autre. » À la décharge de la LFP, il semblait moins hasardeux d’engager la responsabilité d’une grande société ibérique plutôt que celle d’un fonds d’investissement d’Extrême-Orient, que la justice européenne aurait beaucoup plus de mal à sanctionner. Le sauvetage du projet de Mediapro par OHC est d’autant plus improbable que la firme chinoise semble avoir reçu la consigne de rapatrier ses billets verts à la maison. « À la suite de la crise du coronavirus, le président Xi Jinping a réorienté la stratégie chinoise, pour que les entreprises concentrent leurs investissements sur le marché intérieur, analyse Tianlei Huang, chercheur spécialiste de l’économie chinoise au Peterson Institute de Washington. Ce qu’a fait OHC reflète probablement cette politique de rappel des fonds. » Le dernier masque tombe, la catastrophe est actée. Après avoir obtenu en tout et pour tout 64 millions d’euros de la part de Mediapro, la LFP se contente d’une enveloppe de 100 millions d’euros versés par le groupe espagnol, qui s’exonère par la même occasion de toutes poursuites judiciaires en restituant les droits en sa possession. La compensation est largement insuffisante, si bien que la LFP doit contracter un prêt à hauteur de 112 millions d’euros mi-octobre, pour maintenir tant bien que mal des clubs sous assistance respiratoire.


Chapitre VI : le showdown



Alors que « l’affaire » Mediapro est désormais dans le rétro du foot français, vient l’heure des comptes. À qui la faute ? À Didier Quillot, qui aurait pu éviter de dérouler le tapis à Mediapro ? Au cabinet Clifford Chance mandaté par la Ligue, qui, selon certains dirigeants, leur a vendu « que Mediapro, c’était du béton » ? À la loi Lamour, qui contraint à attribuer les droits à celui qui allonge le plus de billets ? À l’attentisme et la cupidité des présidents de clubs ? Pour le député Cédric Roussel, affairé depuis octobre dernier à faire la lumière sur l’affaire Mediapro, Clifford Chance est hors de cause : « Ils n’avaient pas de mission d’audit financier, juste d’ordre juridique. Mais de toute façon, dans cette affaire, il n’y a pas UNE responsabilité qui ressort. C’est collectif. » Jean-Pierre Louvel, lui, souligne la naïveté conjointe de la LFP et des présidents de clubs dans la gestion du dossier : « Mon sentiment, c’est qu’on a présenté aux présidents un offre mirobolante et que la Ligue leur a assuré qu’elle s’accompagnait de garanties suffisantes. Mais dans les milieux autorisés, on savait que Mediapro n’était pas un acteur dont on était sûr de la solvabilité. Finalement, la mariée était trop belle. » L’ancien président du Havre l’a bien compris : au terme de cette partie, « tout le monde est perdant » , même le casino. Les principaux affectés restent les clubs et par extension le foot français. « Cette crise est la pire que l’on ait traversée, pose un patron de club. Dans les pays voisins, tout le monde perd énormément d’argent à cause de la Covid et des huis clos, mais ils n’ont eu ni l’arrêt du championnat ni la défaillance du diffuseur. Oui, ils ont pris un coup de poignard, mais en France, on en a encaissé trois ! » En conférence de presse au mois de janvier, Nicolas Holveck estimait que le Stade rennais s’apprêtait à déclarer une perte sèche de 40 millions d’euros entre la crise sanitaire et le désengagement de Mediapro. « Certains clubs sont en danger de mort, poursuit son homologue Laurent Nicollin. Moi, je suis quelqu’un d’optimiste, donc je vais me battre pour payer les salariés et équilibrer mon budget. J’ai encore un mois ou deux de trésorerie, mais il y a douze ou treize ans d’économies qui vont disparaître en un claquement de doigt. » Par un effet domino, c’est également toute la famille du sport français qui va s’en mordre les doigts, puisqu'il y a « un modèle de solidarité qui fait que le foot pro finance l’essentiel du monde amateur » , comme le rappelle le député Cédric Roussel. Avant de prendre le soin de préciser : « Et pas seulement le foot, TOUT le sport. »

En 2021, le réveil est forcément brutal et pose peut-être la seule question qui vaille : quelle est la valeur réelle de cette Ligue 1 ? « Je pense qu’on l’a surestimée. La pyramide inflationniste du football européen ne pouvait pas continuer éternellement, soupire Pierre Ferracci, président du Paris FC. Si on avait pu passer de 750 millions d’euros à 900 ou 950, ça aurait déjà été super. » Surtout que les offres combinées des candidats hors Mediapro auraient permis d’atteindre 1,011 milliard d’euros avec des partenaires fiables. Début février, après des semaines de négociations harassantes et de coups de bluffs, Canal remportait enfin son pari en s’adjugeant l’ensemble des matchs restants de Mediapro jusqu’à la fin de la saison, en déboursant seulement 35 millions d’euros supplémentaires. La saison 2020-2021 rapportera donc aux clubs un peu plus de 680 millions d’euros. Soit presque 500 de moins que ce à quoi ils auraient pu prétendre cette année, si Mediapro avait honoré son contrat. Et si le pire était encore à venir ? Dès cet été, il faudra déjà ressortir les jetons, le tapis et les poker face pour décider de l’avenir du football français pour les exercices 2021-2024. Malgré les candidatures remarquées d’Amazon, DAZN et Discovery lors de l’appel d’offres infructueux du 1er février, c’est bien Canal qui semble avoir la meilleure main. Si bien que la chaîne cryptée pourrait se retrouver seule à décider de la valeur du football français, dans un futur proche. Pas forcément une bonne nouvelle, d’autant que la rancœur est sans doute grande du côté du groupe de Vincent Bolloré. « J’estime que le produit L1 a été dégradé, allumait Maxime Saada lors d’une interview au Figaro, le 13 janvier. La diffusion sur Téléfoot a fortement réduit l’exposition de la compétition. Le classico PSG-OM, qui rassemblait auparavant plus de 2 millions de téléspectateurs sur Canal, n’en a rassemblé que 400 000. Le même soir, Canal a fait mieux avec un match de Top 14... » Si la sortie sent le sarcasme à plein nez, cela présage surtout que, lors de la prochaine main, la quatrième chaîne n’aura pas besoin de lâcher tous ses jetons pour remporter le pot. À voir si le football français pourra faire mieux que de se coucher.

Maxime Saada, seul gagnant de la partie ?
Par Alexandre Aflalo, Adrien Candau et Mathieu Rollinger Tous propos recueillis par AA, AC et MR, sauf Roures, Quillot et Caïazzo issus de L’Équipe et Saada, issus de L’Équipe et du Figaro.