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La Refugees Solidarity Cup, une autre Coupe du monde

La Coupe du monde, l’été et la fête de la musique ne sont pas les seules festivités de ce mois de juin 2026. Dans le 17e arrondissement de la capitale, le Five Paris 17 accueillait vendredi dernier la seconde édition de la Refugees Solidarity Cup. L’occasion idéale pour près de 200 réfugiés de partager un moment convivial et de faire tomber les nombreuses barrières administratives l’espace d’une journée.
À l’aube de l’été, la rue Hélène et François Missoffe est en fête. Il n’est que 9 heures du matin lorsqu’un groupe de joueurs débarque au Five Paris 17. Enceinte en main, lunettes de ski vissées sur le nez, maillots de la Côte d’Ivoire sur le dos et des airs de « Coup du marteau » qui résonnent : le ton est donné d’emblée par les nouveaux venus. Les maillots de foot, rires, cris, encouragements et chants inondent et égaient ce bout du 17e arrondissement de la capitale. Tout le monde se prend au jeu : que la fête commence.
Ce vendredi 19 juin 2026, pratiquement un an jour pour jour après la première édition qui fut une franche réussite, la Refugees Solidarity Cup reprend ses droits. Ce jour-là, tout est oublié : les barrières administratives tombent et laissent place à un moment de vie, de convivialité et de retrouvailles pour les réfugiés. Le succès de 2025 est tel que les participants ont doublé cette année : « Il y a un an, c’était un peu une improvisation. Là, on est un peu mieux organisé, il y a plus de monde. On est passé de 100 à plus de 200 joueurs. On a pu donner un sens un peu plus important à la journée », lance Mehdi Mokrani, directeur général de l’association d’Alteralia organisatrice de l’évènement, qui sue à grosses gouttes en raison de la chaleur. Une éclaircie pour le football, loin du star system et des personnes refoulées d’un pays en raison de leur nationalité qui existent à l’autre bout du globe.
Le foot pour rassembler
À plusieurs milliers de kilomètres de la porte de Clichy, la Coupe du monde bat son plein en Amérique du Nord. Entre les innombrables polémiques liées à la politique migratoire discriminante de l’administration Trump, les problèmes de visas, les tarifs très onéreux – pour ne pas dire pratiquement inabordables – pour accéder aux stades ou encore les pauses fraîcheur déguisées, les valeurs du football sont toujours plus tournées vers l’argent plutôt que l’humain.
Aujourd’hui, on a des gens qui viennent de tous les pays du monde, qui parlent des langues différentes, qui ont parfois des difficultés de communication.
À la Refugees Solidarity Cup, le décor est drastiquement différent. Ici, pas de discrimination, de distinction ou de recalage, au contraire on prône le vivre ensemble mais surtout le respect du sport. « Le football, c’est un jeu. C’est le sport populaire par excellence. Il y a une dimension universelle qui est hyper intéressante, lance d’abord Mehdi Mokrani, venu se rapprocher des terrains pour profiter de l’ambiance. Aujourd’hui, on a des gens qui viennent de tous les pays du monde, qui parlent des langues différentes, qui ont parfois des difficultés de communication. […] On est évidemment très loin de ce qu’on peut voir aux États-Unis avec les polémiques autour de l’arbitre somalien et les stades déserts parce que les places sont trop chères. » Ce tournoi permet de revenir à l’essence même du football, et d’en rappeler ses valeurs et principes : il est une fête, un sport fédérateur qui unit. Il se nourrit des différences et renforce la cohésion sociale et la mixité culturelle.
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Loin des yeux mais près du cœur, les différents protagonistes présents sous le soleil tapant de la capitale parisienne n’oublient pas la situation de ceux qui, aux US, ne sont que spectateurs d’une situation qui les dépasse. Adama, locks sur la tête et sans aucun doute meilleur blagueur de sa team qui se présente comme le « Lionel Messi de son équipe », évoque entre deux matchs cette situation « plus politique que sportive » outre-Atlantique. « J’ai vu certaines images, ça m’a touché au fond », déplore un peu plus loin un souriant Guinéen répondant au nom de Hamza, attristé par les contrôles répétitifs et exagérés pour certaines sélections à la frontière. « On a sauté de joie parce que la France avait gagné (le match contre le Sénégal se jouait plus tôt dans la semaine, NDLR), la première mi-temps était difficile, mais l’état d’esprit de l’équipe en deuxième mi-temps a permis aux Bleus de l’emporter », sourit celui qui a dû fuir la Guinée en raison de menaces d’un groupe qui voulait le tuer, comme il le raconte lui-même. Un résumé des paradoxes d’une Coupe du monde que l’on a envie de boycotter avant que les matchs ne rattrapent les passionnés par le colbac.
« En France, on n’a pas trop de leçons à donner »
Ce n’est pas Boston, Philadelphie, Miami, en gros ce n’est pas la Coupe du monde de football, mais c’est un tournoi comme un autre : le but, c’est de finir avec une victoire. « Sur le terrain, il n’y a pas de camaraderie. L’objectif, c’est de gagner », clarifie Mohamed Sylla, capitaine de l’équipe première du CFA Paris, tenante du titre de l’épreuve. La jovialité laisse parfois même place à la tension et aux contacts rugueux, qui, dans d’autres circonstances, mériteraient une sanction un peu plus importante qu’un simple rappel à l’ordre. Les joutes entre joueurs sont applaudies au bord du terrain, mais elles sont surtout observées, depuis le camp de soin installé par la Croix Rouge entre les terrains extérieurs 2 et 3 du Five. C’est d’ailleurs tout sourire que l’un des joueurs est raccompagné en chaise roulante après quelques minutes de jeu seulement, sous les moqueries des autres participants qui ne cessent de lui répéter qu’il simule pour être au centre de l’attention… pas vraiment un mensonge au vu du sourire plein de malice de ce dernier, qui ne tardera pas à reprendre sa place sur le terrain.

Dès lors que les crampons quittent la pelouse synthétique, le calme et la bonne humeur reviennent au galop. « Je suis vraiment très content aujourd’hui, glisse d’ailleurs Mohamed, à la fois défenseur imposant, milieu et attaquant, avec le numéro 5 dans le dos. C’est une journée festive. Franchement, ça permet de libérer le stress, tout ça. Ça me sort du quotidien, du travail. » De la festivité et du plaisir qu’il avoue avoir du mal à retrouver au pays de l’Oncle Sam : « Là-bas, il y a beaucoup de trucs qui sont négatifs. On ne doit pas interdire aux gens qui aiment le football de pouvoir le suivre. Le foot, ça rassemble. C’est une famille. Ça donne du plaisir. Le foot, ce n’est pas un jeu de division », explique avec le sourire l’Ivoirien, alternant en informatique. Pas même le temps de respirer qu’il se rue face à ses coéquipiers, les rassemble et discute de la tactique pour le prochain match en se couvrant la tête d’eau. Aucun doute, la compétition n’est pas loin et l’envie de faire le back to back va avec.
Au-delà des réserves émises sur l’organisation et le déroulé du Mondial, les réfugiés et associations n’oublient pas pour autant la situation et leurs innombrables difficultés administratives. « Alors on parle des États-Unis, c’est vrai, mais ici, en France, la situation pour ces gens est quand même très, très dure. De plus en plus dure. C’est de plus en plus difficile pour les réfugiés d’arriver à régulariser les papiers, regrette Alicia Vilmore, responsable d’accompagnement d’Emmaüs, qui donne l’impression d’être la guide de la petite troupe de l’assoc’. On n’est peut-être pas au stade des États-Unis, mais quand même… On n’a pas trop de leçons à donner sur ce terrain-là non plus. On a encore de gros efforts à faire. » Rendez-vous l’année prochaine avec de nouvelles perspectives et un horizon administratif éclairci ?
Les défenseurs des Bleus à l’épreuve d’Erling Braut HaalandPar Tristan Claeyssen et Vincent Miffon, à Paris
Tous propos recueillis par TC et VM




















































