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Rencontre avec Amandine Miquel, coach de l’équipe féminine de Reims

Nicolas Jucha, avec Tara Britton

Trois femmes occupent un poste d'entraîneur principal dans le football professionnel de clubs en France. Parmi les heureuses élues, Amandine Miquel est la seule à ne pas avoir fait carrière comme joueuse et encore moins en sélection nationale. Retour sur un parcours différent, entre l'île de La Réunion, Londres, le Mexique, les divisions amateurs françaises et la consécration d'une montée en D1 féminine avec le Stade de Reims.

Dans cet article :

Année 2001, l’équipe de France féminine de football est en stage à La Réunion pour deux semaines. Une gamine de 17 ans appelle à l’hôtel des Bleues et demande, au culot, de faire un essai. Intriguée, Elisabeth Loisel accepte et fait la connaissance d’Amandine Miquel, fille d’enseignants, qui a évolué au Mexique, en Angleterre à Chelsea, et maintenant à Case Vauban, sur l’île. La sélectionneuse de l’équipe de France n’est pas là pour faire des cadeaux, la jeune Amandine Miquel ne va donc pas intégrer sa sélection et la suivre en métropole. Néanmoins, elle donne quelques conseils et invite la jeune femme à aller voir à Juvisy si l’herbe y est suffisamment verte. Année 2002, tout juste majeure, Amandine Miquel a suivi les recommandations et décide de tenter sa chance en région parisienne. L’occasion de se rendre à l’évidence, il lui manque un truc pour devenir joueuse de très haut niveau. « Je me suis dit que je n’avais peut-être pas toutes les qualités pour l’équipe de France en tant que joueuse, mais que je pourrais atteindre ce niveau-là comme entraîneur… » Ciao les rêves de footballeuse, place à des ambitions sur le banc, inspirées par Arsène Wenger, Sir Alex Ferguson, « des techniciens dont[elle]admire la longévité dans le même club », et aussi Babeth Loisel, forcément, la première qui lui a accordé de l’attention dans le milieu.

À mon premier contact avec des gens de la DTN pour passer mes diplômes, ils m’ont fait comprendre que ce ne serait pas aussi simple.

L’équipe de France, Fara Williams et le Décathlon de Sainte-Suzanne

Dix-huit ans, un bel âge pour être insouciante et rêver bien grand. Trop ? « À cette époque-là, je voyais le métier assez simplement : organiser des séances d’entraînement, accompagner les sportives de haut niveau vers les performances. Les étapes, je ne les avais pas envisagées. On me demandait ce que je voulais faire, pour moi c’était simple : entraîner l’équipe de France, aller à la Coupe du monde avec… À mon premier contact avec des gens de la DTN pour passer mes diplômes, ils m’ont fait comprendre que ce ne serait pas aussi simple. » Mais comme Amandine Miquel a l’idée en tête, elle se plonge corps et âme dans la mission qu’elle s’est fixée, en dehors des 35 heures hebdomadaires qu’elle doit accorder au magasin Décathlon Sainte-Suzanne (dans le nord-est de l’île) qui l’emploie. C’est donc comme bénévole qu’elle fait ses armes à La Réunion, en commençant par les plus jeunes adolescents, avant de monter progressivement les catégories pour coacher des adultes. Des gammes d’entraîneur – terme qu’elle mentionne dans son CV plutôt que « entraîneuse » – qu’elle récite donc dans le « vrai football », amateur, « celui par lequel tout le monde devrait commencer ». Ce qui lui permet de comprendre notamment que le job ne consiste pas seulement à faire « une ou deux séances par jour, un peu de tactique, des séances vidéo, en plus de la dimension gestion humaine ».

Mais il faut croire qu’une idée est parfois suffisante pour pulvériser les obstacles. Boostée par son étiquette « d’ancienne de Chelsea » – elle y a joué de 12 à 16 ans notamment avec la vedette Fara Williams avec qui elle reste en contact – et sa grande disponibilité dans un environnement où tout est à construire, Amandine Miquel accumule les responsabilités et les expériences. Et quelques bons résultats qui lui valent une promotion au tournant des années 2010 : gérer le développement du football féminin à Mayotte. Une expérience qui confirme sa vocation, elle doit donc revenir en métropole pour monter dans les diplômes.

300 candidatures, une seule réponse

Début d’une nouvelle décennie pour Miquel, durant laquelle « il y a peu voire pas du tout de femmes entraîneurs que je rencontre. Personne en fait. (Rires.) » Pas forcément un désavantage au moment de passer le DES mention football (diplôme d’État supérieur, NDLR). « Il y avait 200 candidats pour 20 places, vu que dedans il n’y avait que 4 ou 5 femmes inscrites, cela augmentait mes chances, il faut dire les choses. » Et comme elle s’est mise en mode saut de l’ange – démission et logement rendu à Mayotte, une valise pour tout bagage -, elle focalise ses efforts sur un objectif clair et unique. « Ils ont assez vite compris que j’allais me réinscrire tous les ans, que j’étais extrêmement motivée, même si je n’avais ni club ni emploi », rapporte-t-elle. Quitte à devoir vendre tout ce qu’elle possède pour payer les frais de formation, 12 000 euros plus le logement et la nourriture à Clairefontaine. Sauf qu’Elisabeth Loisel, une nouvelle fois, est sur la route de Miquel. « Elle m’a aidée à obtenir un financement auprès de la Fédération française de football, qui a quasiment entièrement financé mon DES. Elle se rappelait d’une gamine qui avait demandé un essai à La Réunion… »

Pour pouvoir se former au DES, il manque néanmoins un élément, pas des moindres : une équipe de niveau régional, minimum. La stratégie de recherche d’emploi de Miquel est simple : elle chope les contacts de tous les clubs répertoriés sur le site de la FFF, qu’ils soient professionnels ou amateurs, et envoie CV et lettre de motivation. Trois cents envois… « Seul le club de Bergerac, en DH féminine, m’a répondu. Pour tous les autres, rien, même pas les traditionnelles réponses impersonnelles. » Une saison plus tard, DES en poche, elle peut prétendre à l’échelon national, et aspire donc à un projet en D2 ou ayant l’ambition d’y accéder. « J’ai refait pareil, j’ai renvoyé mon CV à tout le monde. Facile, j’ai simplement repris la liste de l’année d’avant en mettant à jour le CV pour dire que j’avais le DES. » Technique peu subtile et donc limitée pour accéder à un monde professionnel qu’elle estime indispensable à la suite de sa carrière. Cet été 2015 est néanmoins porteur, car les Chamois niortais cherchent un nouveau patron pour leur équipe féminine, avec l’ambition d’accéder à la D2. Dès que l’offre est visible sur les internets, Miquel arrose avec son CV.

Son approche, son projet correspondaient à ce que le club voulait mettre en place. Elle ne venait pas là simplement pour l’argent.

« J’ai rencontré quatre personnes au total, elle était la seule femme », se souvient Dodzi Eklu, alors directeur sportif de la section féminine niortaise, et donc responsable de la recherche de la perle rare. Et rapidement, il accroche sur le profil de l’ancienne Blue. « Je me suis rapidement dit que son approche, son projet correspondaient à ce que le club voulait mettre en place. On sentait qu’elle ne venait pas là simplement pour l’argent, mais pour construire quelque chose. » Eklu présente donc Amandine Miquel à ses boss comme le choix numéro 1, « pour ses compétences et seulement ça, à aucun moment je n’ai considéré qu’il fallait absolument une femme. » La greffe entre Miquel et les Chamois ne va pas totalement prendre, ce que regrette encore son ancien DS : « Ce qu’elle faisait aux entraînements était cohérent, les filles appréciaient le contenu des séances, son management… » Mais Miquel apprécie moins le décalage entre les ambitions annoncées et les moyens à disposition. Retour à la case Pôle Emploi, non sans avoir laissé un grand vide à Niort. « Je ne dis pas qu’elle est partie avec des membres de l’effectif, je ne me le permettrais pas, mais des filles l’ont rejointe à la date limite de demande de mutation pour le club de l’UA Saint-Florent de Niort cette année-là. Cela nous a amenés à abandonner notre équipe réserve tout en ayant une équipe première affaiblie. Même si elle s’est maintenue. Bon, le dernier entraîneur qui vient de partir, on a un peu eu la même situation, c’est ça aussi le foot féminin… »

Football et champagne

Été 2016, alors que la France échoue en finale de son Euro masculin, Amandine Miquel repart quant à elle de zéro, ou presque. Avec des diplômes et de premières expériences concrètes, elle peut s’inscrire à un programme de l’UNECATEF, « 10 mois vers l’emploi ». Une excellente idée, car à mi-saison, le Stade de Reims a besoin d’un pompier pour éviter la descente en division régionale de sa section féminine. Et vu qu’à Reims, « ils n’avaient pas du tout d’idée, ils ont appelé le syndicat des entraîneurs, et Didier Christophe, qui en était membre et s’était occupé du Pôle France féminin, a glissé mon nom », reprend-elle. Une prise de contact avec David Guion, alors responsable du centre de formation champenois et assigné à trouver le coach idoine, permet de boucler la plus grosse opportunité de carrière de Miquel. Fin de saison 2017, l’opération maintien est un succès, deux ans plus tard, c’est le chef-d’œuvre avec une montée en D1 féminine. « La montée en D1 avec Reims, c’est un soulagement, l’idée que je me suis vraiment battue pour quelque chose. Avant ça, je n’étais personne, je n’avais pas de carrière. Cette montée ne fait pas de moi quelqu’un aujourd’hui, mais cela fait de moi l’une des douze personnes à avoir l’un des meilleurs postes du football féminin en France. » Ce qui vaut bien une bouteille de champagne envoyée à chaque période de fêtes à son bienfaiteur Didier Christophe…

L’équipe de France ? Je me suis rendu compte que cela n’arrivera pas.

La suite ? Pas forcément avec l’équipe de France, son premier rêve, car si « c’est celui que j’ai toujours voulu, je me suis rendu compte que cela n’arrivera pas ». La faute à des critères auxquels elle ne pense pas répondre comme « être une ancienne joueuse ». Mais bon, pour quelqu’un qui a découvert le métier en Outre-mer ou même évolué au Mexique enfant, les perspectives dépassent le territoire national : « Sélectionneuse, on peut le faire dans un autre pays, donc mon prochain objectif professionnel, cela reste une sélection. » Des idées, des envies ? « Je sais pas moi, Mexique, Costa Rica… » Des pays dans lesquelles elle n’a pas peur d’aller depuis qu’elle a grandi à Mexico. « J’avais six ans, mes parents étaient mutés pour enseigner au lycée français, j’ai donc commencé le football au petit club de Tecamachalco. » Pendant six ans, si elle ne peut pas « prendre les transports en commun, car en tant que fille européenne, je suis une cible idéale pour kidnappeur », elle découvre le foot au milieu des garçons. « J’étais la seule fille, mais j’avais les cheveux courts, donc tout le monde ne le savait pas. » Une période sans misogynie – « où alors je ne m’en rendais pas compte » -, mais avec une vision du football « plus portée sur la technique, où l’on garde le ballon longtemps, on joue au sol, on fait des jongles… » Le départ pour Londres à ses 12 ans n’est donc pas qu’un simple changement de vie, « dans un pays vraiment développé », où elle a cette fois sa « carte de bus », mais aussi une nouvelle approche du football. « Premier entraînement à Chelsea, je suis arrivée, j’ai fait des jongles et des passements de jambes, ils m’ont dit :« non, le foot, c’est pas ça », et ils m’ont inculqué leurs bases à eux, tacles, coups d’épaule, des courses et des efforts… »

Elle ne sera jamais l’équivalent d’une Corinne Diacre, à la tête d’une équipe d’hommes, ou d’une Sonia Bompastor, propulsée au volant de la formule 1 lyonnaise entre autres grâce à son aura d’ancienne internationale. Mais Miquel ne s’en formalise pas, elle aime son histoire. « Avoir vécu dans d’autres pays m’a permis de rencontrer des gens qui n’avaient pas autant que moi, cela permet de relativiser, d’être humble, mais aussi de comprendre les joueuses étrangères que l’on me confie. Mon parcours fait que j’accepte la différence. » Elle est persuadée que ses consœurs ont appris à respecter la sienne. « Les anciennes grandes joueuses qui arrivent dans les postes d’entraîneur peuvent s’appuyer sur cette carrière au plus haut niveau. L’avantage que j’ai éventuellement pour compenser, c’est que j’ai galéré pendant dix ans avant d’avoir un poste. Un jour, Camille Abily m’a fait remarquer que j’avais plus d’expérience qu’elle, car elle coache depuis deux ans, moi depuis douze. Les personnes comme moi, cela peut être bénéfique pour apporter une vision différente. Mais des profils comme le mien, il n’y en aura pas beaucoup plus. »

Dans cet article :

Nicolas Jucha, avec Tara Britton

Tous propos recueillis par TB et NJ.


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