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Le softpower qatari dopé par le PSG ?

Nicolas Jucha

Depuis son rachat par QSI en 2011, le PSG est classé dans la catégorie « outil de softpower » au bénéfice du Qatar. Après les embarrassants fiascos de 2017 et 2019, la qualification des Parisiens en finale de la Ligue des champions s’apparente à une vraie consécration pour les hommes qui ont décidé de miser leurs billes dans la capitale.

« Kylian et lui ne vont jamais partir, ils vont rester. » Juste après la qualification du PSG in extremis contre l’Atalanta Bergame, le 12 août, Nasser al-Khelaïfi était euphorique. En quelques secondes, il était passé d’une énième déconvenue à la libération d’une qualification sur le fil pour les demi-finales de la Ligue des champions. Et donc d’un départ quasi inévitable des deux stars à une pérennisation possible du duo magique. Depuis, Paris a décroché le Graal, une première finale dans la compétition reine, et le président du Paris Saint-Germain est le premier bénéficiaire de ce succès sportif. Incarnation du projet, ami direct de l’émir Tamim ben Hamad Al Thani, un succès du PSG, c’est la garantie de renforcer sa position dans les cercles du pouvoir à Doha. Dans son sillage, d’autres individualités vont surfer sur la vague. « On identifie souvent softpower à politique extérieure, alors qu’en premier lieu, c’est de la politique intérieure et des personnes qui ont leurs propres intérêts à défendre », explique Jean-Baptiste Guégan, spécialiste en géopolitique du sport et fin connaisseur des pays du Golfe. « Ici, on a d’abord l’émir lui-même qui voit son prestige renforcé, car investir dans le PSG, c’était son choix personnel, même si depuis, il observe à distance. Nasser al-Khelaïfi se voit conforté par les succès du club, et au niveau encore en dessous, tous les gens de l’entourage de l’émir qui ont milité pour le retour de Leonardo comme directeur sportif vont gagner du crédit et de l’influence. Ceux qui militaient pour un retrait du club après le fiasco contre Manchester United en 2019 en revanche… »

Le PSG et l’unité nationale au Qatar

Auteur d’une étude sur la stratégie d’investissements dans le sport des pays du Golfe, Natalie Koch, de l’université de Syracuse, est habituée à ce que l’on présente le softpower qatari ou émirati comme le fruit d’une pensée unique des États concernés. « Mais en réalité, ces investissements ne sont pas motivés par les intérêts d’une seule entité, mais bien de plusieurs personnes, entreprises, institutions, et cette agglomération donne lieu à ce que nous pouvons voir comme une politique globale. Mais quand le Qatar investit sur le Mondial 2022 et le PSG, ce sont deux investissements distincts avec des motivations et bénéfices potentiels propres. » Et les cas de Doha ou Abu Dhabi ne sont pas si radicalement différents, en matière d’approche, de ce que font les puissances occidentales. « Quand Total investit massivement en Iran en 2015 (dans le gisement gazier South Pars, N.D.L.R.), c’est un acteur privé qui agit, mais derrière, les intérêts de l’État français sont aussi en jeu », explique le docteur en sciences politiques Sébastien Boussois.

Dans le cas du Qatar, ce sont donc dans un premier temps les intérêts de l’émir Al-Thani. « Un PSG qui gagne, mine de rien, cela renforce l’unité nationale » selon Guégan, car « cela dynamise l’image du Qatar, donc renforce le souverain en place, qui plus est dans un contexte de crise géopolitique avec les voisins depuis 2017. » Dans la politique qatarie, « un fonds d’investissement comme QSI, rattaché à l’État, a vocation à faire des investissements pour le bénéfice du pays et du peuple », explique Natalie Koch. « Donc investir dans un club de football, si cela donne matière à fierté, à joies collectives, c’est une réussite. » Une réussite importante, car pendant plusieurs années, le PSG a pu être embarrassant pour l’émir Al-Thani, « or, d’autres clans sont à l’affût, éventuellement, pour prendre les rênes », avertit Guégan.

Neymar, la masterclass

En 2011, quand le leader qatari demande à son ami Nasser al-Khelaïfi d’acquérir le club francilien, il fait néanmoins un peu plus que chercher à renforcer son poste ou à s’offrir un luxueux jouet. « Il achète une assurance vie à son pays », estime Guégan. Boussois explique : « Le Qatar n’est indépendant que depuis 1971, c’est un tout petit pays sans potentiel militaire. Donc s’il veut survivre, il lui faut des alliés et du rayonnement. C’est pour cela que le Qatar, comme Abu Dhabi, investit fortement dans le football, mais aussi la culture ou la science. » Grâce au PSG, ou à la Coupe du monde 2022, le Qatar pénètre le lucratif business du football, gagne une vraie visibilité planétaire, mais aussi, s’ouvre un accès à des dirigeants influents comme Nicolas Sarkozy, alors président de la République française. « Forcément, quand vous êtes à un déjeuner avec Nicolas Sarkozy, qu’il vous dit que ce serait pas mal d’investir dans le PSG, vous savez que vous avez de vrais intérêts derrière », estime Guégan, pour qui « avant 2011, chaque investissement qatari en France était perçu dans les médias avec hostilité, alors qu’aujourd’hui, ils sont beaucoup plus facilement admis. »

À l’échelle internationale, le softpower sportif du Qatar est une grande réussite selon Guégan. « Aucune marque sportive n’a autant progressé en si peu de temps. Quand des joueurs de NBA s’affichent avec le maillot du PSG après la demi-finale contre Leipzig, l’impact est énorme. Le partenariat avec Jordan, on ne s’en rend pas forcément compte, mais c’est un gros coup également. » Les coups marketing, que l’on reproche parfois à la direction du PSG, car ils prennent le pas sur l’aspect purement sportif, sont une nécessité. « Il fallait prendre David Beckham, même si sportivement, l’apport était limité. Zlatan Ibrahimović, par ses punchlines, a été une superbe recrue, car il permettait de maîtriser l’agenda, de faire l’événement », analyse encore Guégan. Le coup de maître reste l’acquisition de Neymar Jr à l’été 2017. « On est en pleine crise, avec le blocus qui s’instaure, les accusations envers Doha et son financement présumé du terrorisme… Le bad buzz est énorme, le Qatar répond avec l’achat de l’un des meilleurs footballeurs du monde. On efface un bad buzz par une communication positive. C’est la maîtrise de l’agenda. »

Deux milliards d’euros pour assurer la sécurité de son pays, c’est un bon tarif.

L’image du Qatar est adoucie, celle de l’émir Al-Thani « sortie de son contexte purement géopolitique », un peu comme quand Jacques Chirac est associé à la victoire de la France au Mondial 1998, « alors qu’il ne connaît même pas le nom des joueurs. Macron, il a aussi tenté de surfer sur la victoire de 2018, c’est totalement normal, car les bénéfices potentiels via le sport sont énormes. » Aujourd’hui, l’Arabie saoudite tente de rattraper son retard sur Doha et Abu Dhabi, mais a déjà rencontré deux murs à Manchester United et Newcastle, « parce que le pays fait plus peur que le Qatar », estime Boussois, et que « Mohammed Ben Salmane a eu des attitudes trop radicales » quand les projets à Paris ou Manchester ont pu être installés sur des relations de confiance. « Et aujourd’hui, on peut dire que deux milliards investis pour assurer la sécurité de son pays ainsi qu’ouvrir des opportunités économiques, c’est plutôt un bon tarif », évalue Guégan pour faire un bilan simple du projet qatari à Paris. Même si le PSG n’est pas la seule pièce de l’édifice. « En 2017, l’Arabie saoudite était quand même prête à envahir le Qatar, et ce sont les chancelleries occidentales qui ont dit : « Arrêtez vos conneries, on a trop d’intérêts sur place. » Quand Donald Trump a critiqué Doha, ce sont des conseillers du département d’État qui lui ont rappelé que la plus gros base militaire US était sur place… Le Qatar, par différents canaux, a tissé des liens vitaux. »

Gage de sécurité et succès en matière de storytelling – la finale européenne arrivant l’année des 50 ans du PSG et à deux ans du Mondial au Qatar –, la présence de QSI dans le capital du club parisien n’est donc pas près de s’arrêter selon les observateurs. « En 2022, ils vont faire un bilan de leur engagement, il y aura peut-être une ouverture de capital », estime Guégan. « Mais en aucun cas, ils ne pourront partir brutalement, sauf si le régime est renversé. Car partir sans laisser un héritage positif, cela reviendrait à saccager tout ce qu’ils essaient de construire depuis 2011. Aujourd’hui, ils ont réussi à créer un club qui ne perd plus d’argent, potentiellement auto-suffisant, donc le côté clinquant pourrait s’estomper. Mais maintenant qu’ils ont fait en sorte que tout le monde en France sache placer le Qatar sur une carte, ils ont besoin que tout le monde ou presque ait de la sympathie pour lui. »

Nicolas Jucha

Propos recueillis par Nicolas Jucha

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