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Droits TV et LFP : bis repetita

Par Pierre Rondeau

C’était la nouvelle du jour, beIN Sports n'a pas honoré le premier de ses quatre versements pour les droits TV de la Ligue 2 de la saison 2021-2022. La chaîne qatarie semble donc se ranger du côté de son partenaire Canal+ en s’élevant contre la tarification des lots, négociés en 2018, et veut aller au clash avec la Ligue. Jusqu’à aboutir à une nouvelle crise ? Finalement, depuis Mediapro, rien n’a changé.

En avril dernier, la LFP annonçait en grande pompe la finalisation d’un nouveau deal des droits TV, négocié à 663 millions d’euros, avec l’arrivée d’Amazon, récupérant pour « seulement » 259 millions d’euros les lots Ligue 1 et Ligue 2 détenus jusqu’ici par l’Espagnol Mediapro. On pensait tout régler et on imaginait que le football français, après avoir subi la crise économique, la crise sanitaire et la crise médiatique, allait repartir de l’avant et se reconstruire. Mais le ballon rond aime se nourrir de rebondissements. Rien ne s’est passé comme prévu. Dans la journée, moins d’une heure après l’officialisation d’Amazon, Canal+, qui détenait en sous-licence le lot 3 (les deux matchs du samedi 21 heures et dimanche 17 heures) payé 332 millions à beIN Sports, annonçait son choix de se retirer de la diffusion du football français, jugeant la valorisation du lot inique et la procédure de vente injuste.

Depuis, bien que l’annonce ait été faite dans la presse, aucune procédure de rupture de contrat n’avait été faite par la chaîne cryptée auprès de beIN, et on attendait, on espérait même, voir une échappatoire avant la reprise de la saison, le 24 juillet pour la Ligue 2, et le 7 août pour la Ligue 1. On imaginait que beIN récupère le lot 3, accepte le prix négocié en 2018, lorsque Mediapro avait artificiellement grossi la tarification, et qu’il redevienne diffuseur. Bah en fait, non. beIN Sports, contre toute attente, s’est rangé du côté de Canal et, au 6 juillet 2021, n’a pas honoré le premier des quatre versements de 7,5 millions d’euros sur son lot Ligue 2, correspondant aux deux grandes affiches du championnat, payé au total 30 millions d’euros. Officiellement, cette action aurait pour but de dénoncer le prix abusif, alors qu’Amazon ne paye que 9 millions d’euros pour les huit autres rencontres par journée. Comme Canal+, beIN Sports voudrait rompre ce contrat et exigerait une renégociation, bien que deux procédures judiciaires, via le tribunal de commerce de Paris et l’Autorité de la concurrence, aient donné raison à la LFP.

En coulisses, une autre réponse est relayée. Certains mettent en avant une rumeur qui se fait de plus en plus tenace, comme quoi Amazon serait prêt à céder, gratuitement ou à peu de frais, les droits en codiffusion de la Ligue 2 à une chaîne en clair. Ce qui serait, pour beIN, une forme de concurrence déloyale, alors qu’elle devrait s’acquitter d’une somme trois fois supérieure pour quatre fois moins de matchs. Clairement, quelque chose ne va pas, et une nouvelle crise pourrait débarquer avant même le début de la saison.

Le prix négocié est jugé trop cher

Car si beIN Sports commence déjà à poser problème pour les droits de la Ligue 2, rien ne dit qu’elle ne fasse de même pour le lot 3 Ligue 1 qu’elle détient, valorisé à 332 millions d’euros. Le premier versement doit être réalisé le 5 août, et les clubs, en pleine période de mercato, ont déjà anticipé ce montant, d’une valeur de 55 millions d’euros et l’ont inscrit à leur comptabilité. Que se passera-t-il si beIN ne le paye pas et va au clash ?

Juridiquement, ils en ont le droit, puisque Canal a fait appel, en mars dernier, de la décision du tribunal de commerce sur le prix du lot 3, et qu’avec l’arrivée d’Amazon, on a maintenant un signal sur la valorisation de ce bien. Ce qui ne passe pas, c’est de payer 20% des matchs, sans les grosses affiches, 332 millions d’euros, alors que la plateforme américaine va payer 250 millions d’euros pour 80% des rencontres, y compris les choix numéro 1. Avant, le tribunal de commerce et l’autorité de la concurrence n’avaient pas cette information et admettaient qu’un contrat signé devait être honoré. Maintenant, on peut clairement juger d’un abus anti-concurrentiel et d’une distorsion sur le prix. Sauf que, le temps du litige, l’incertitude pèse sur les clubs et les difficultés s’accumulent. On va au devant d’une nouvelle crise qui pourrait être, en accumulation de tous les précédents événements, ravageuse. Car si aujourd’hui, les championnats de France de Ligue 1 et de Ligue 2 sont vendus 663 millions d’euros, ils pourraient chuter à moins de 400 millions d’euros, en respectant la proportionnalité avec les lots détenus par Amazon.

La suite semble bien compliquée

Alors que va-t-il se passer ? Canal+ n’a en tout cas pas l’air de vouloir revenir dans l’aventure, il a déjà placé des affiches de rugby du Top 14 aux créneaux du samedi 21 heures et du dimanche 17 heures, et n’a absolument pas communiqué sur le football français, mettant surtout en avant ses droits Formule 1, Ligue des champions et Premier League. Quant à beIN, en ne payant pas le premier versement Ligue 2, il semble entamer un clash qui risque de durer de longs mois. Amazon pourrait-il s’immiscer dans le dossier et récupérer l’intégralité des lots ? À 332 millions d’euros ? Pas certain que l’Américain, ultra-rationnel et pragmatique, soit prêt à débourser autant pour si peu de matchs. Un nouvel acteur comme DAZN, voire une chaîne de la TNT ? Encore une fois, la question de la rentabilité se pose, car ce qui bloque, c’est le prix.

Finalement, peut-être que dès le départ, la Ligue aurait dû assurer ses arrières et accepter l’association avec Canal+ et beIN Sports. En avril dernier, le duo proposait certes moins d’argent, 593 millions d’euros plus des bonus, mais au moins, on avait l’assurance que tous les versements soient effectués. Là, c’est une tout autre tournure qui s’annonce.

Par Pierre Rondeau

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