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Dans le bassin minier, « le cœur sera polonais, la raison française »

Par Florent Cafferyski

Si Mbappé et Lewandowski claquent chacun un pion ce dimanche après-midi, aucun des deux ne se doutera d’avoir provoqué une secousse sismique au même endroit, à 6000 kilomètres du Qatar. Dans le Nord Pas-de-Calais, un habitant sur six a un patronyme polonais. Sur l’échelle du symbole, ce France-Pologne est au sommet des terrils du bassin minier. Alors, qui dansera la polka en fin de journée ?

Quand il s’est rendu en fin de semaine dans une agence immobilière d’Arras, Joachim Marx n’avait pas prévu de parler football. Mais la légende du Racing Club de Lens (131 matchs entre 1975 et 1979) est tombé sur une jeune femme d’origine polonaise. Et le 8e de finale de Coupe du monde est rapidement arrivé sur la table. « Elle m’a dit que sa grand-mère, qui vit dans le bassin minier, était à 200% pour la Pologne. Sa petite-fille a peur qu’elle tombe malade si les Bleus passent. » L’image pourrait paraître anecdotique. Elle est en réalité un symbole parmi d’autres d’une rencontre attendue comme la messe du dimanche pour la communauté polonaise de l’Artois. « 500 000 personnes, dans le Nord Pas-de-Calais, ont un patronyme d’origine polonaise, cadre Henri Dudzinski, ex-consul polonais dans la région (entre 2013 et 2018), dont les grands-parents sont arrivés à Liévin près de Lens en 1920. À l’époque, plus de 200 000 personnes ont quitté la Pologne pour s’installer ici et travailler dans les mines. C’était une masse qui débarquait. Nous en sommes aujourd’hui à la cinquième génération et on connaît tous quelqu’un qui a un lien avec la Pologne. »

Dans ce coin du nord de l’Hexagone, les deux nations sont intimement liées.« On en a formé, des jeunes d’origine polonaise, déroule Henri Dudzinski. Raymond Kopa, Maryan Wisniewski, les frères Lech(George et Bernard), Robert Budzynski. Ils ont tous porté le maillot des Bleus (sauf Bernard Lech, NDLR). Le football a été très porteur pour la communauté polonaise. Je me souviens encore quand j’ai vu débarquer Joachim Marx dans les années 1970. »

Après mon premier décrassage, il n’y avait que des Polonais au bord du terrain. Ma femme n’est arrivée que deux mois plus tard, elle ne me croyait pas. J’avais des amis français qui apprenaient le polonais pour discuter avec nous.

La petite Pologne de France

C’était en octobre 1975 précisément, quand l’attaquant, alors à Chorzów, bénéficia de l’appui du président de la République Valéry Giscard d’Estaing auprès des dirigeants polonais pour quitter le bloc de l’Est. Champion olympique en 1972 à Munich, Marx (23 sélections, 10 buts) obtient son visa, rapplique dans l’Artois, claque un triplé face à Lyon deux jours après son arrivée et se sent comme à la maison. Un demi-siècle plus tard, sa mémoire ne flanche pas : « J’avais l’impression d’être en Silésie (dans le sud-ouest de la Pologne, NDLR).Ça parlait polonais, on n’avait pas besoin d’apprendre le français, car tout était comme chez nous. Après mon premier décrassage, il n’y avait que des Polonais au bord du terrain. Ma femme n’est arrivée que deux mois plus tard, elle ne me croyait pas. J’avais des amis français qui apprenaient le polonais pour discuter avec nous. » Le rideau de fer est toujours dressé, les proches de Marx n’avaient que« très peu d’images de l’ouest. Comment croire que dans le bassin minier une petite Pologne s’était recréée ? »

J’ai fait mon catéchisme en polonais, puis mon service militaire dans l’armée française. Nous avons une double culture. Les hommes des années 1950 ont surtout fait en sorte de s’affirmer pour offrir quelque chose de meilleur à l’immigration polonaise en quittant les mines.

Amouraché des Sang et Or, Gérard Taront, membre du Chœur des mineurs polonais de Douai, se rappelle un village, près de Courcelles, « où il n’y avait que trois rues. 90% des habitants étaient polonais. Le boucher, le boulanger, le coiffeur, tous avaient l’étiquette polonaise. J’ai été envoyé dans un internat à Vaudricourt où nous étions encadrés par des prêtres polonais. À Bollaert, on entendait plein de gens parler cette langue. » En 1976, les Bleus de Larqué et Domenech se pointent pour la première fois dans l’antre lensois et affrontent amicalement… la Pologne. Les Français s’imposent 2-0 et ces affrontements, comme le match pour la troisième place au Mondial 1982 (remporté 3-2 par la Pologne) sont toujours des moments où « on était partagés, poursuit Gérard. Nous étions français en ayant grandi dans un environnement totalement polonais. » Son compère de la chorale Michel Matysiak parle d’une époque de « vase clos, mais il n’y avait pas de colère ou de tensions contre les Polonais. D’autant que ce sont nos parents ou grands-parents qui ont quitté la Pologne, nous, nous sommes nés ici. J’ai fait mon catéchisme en polonais, puis mon service militaire dans l’armée française. Nous avons une double culture. Les hommes des années 1950 ont surtout fait en sorte de s’affirmer pour offrir quelque chose de meilleur à l’immigration polonaise en quittant les mines » .

J’ai téléphoné à un ancien dirigeant de la fédération, il voit tout en noir. Il n’a pas arrêté de me dire que les deux flèches Mbappé et Dembélé vont nous faire mal. Il pense que la France va en mettre trois ou quatre.

Un match, et la flamme se ravive

Trois décennies après l’ultime extraction de charbon et alors que les légendes polonaises du bassin minier s’éteignent au gré des saisons qui filent (Sowinski en 2020, Faber en 2021, Wisniewski en 2022), ce France-Pologne ravive les passions. L’office dominical de l’église du Millénium à Lens, érigée en 1966 pour le millénaire de la chrétienté en Pologne, prévoit d’être poignant. À Dourges, sous la grande tonnelle du marché de Noël où plusieurs stands de spécialités polonaises sont présents, un grand écran sera installé. Symbole de plus s’il en fallait un, ce 4 décembre marque la Sainte-Barbe, sainte patronne des mineurs et des professions du feu, célébrée chaque année dans l’Artois et en Pologne. Le téléphone de l’ex-consul Henri Dudzinski, lui, « n’arrête pas de sonner. Quand il y aura les hymnes, je sais que je vais vibrer pour les deux pays. En plus, on a Frankowski, Lensois et Polonais. Mes gamins sont pour la France, mais ça les ferait marrer de voir la Pologne passer. » Sous tension lors de la défaite face à l’Argentine où il a éteint sa télé pendant la rencontre et n’a été voir le résultat qu’en pleine nuit, Joachim Marx s’avance sereinement sur ce 8e de finale. « Je suis déjà qualifié, il est impossible que je perde. (Rires.) En revanche, en Pologne, ce n’est pas vraiment l’optimisme, surtout vu le niveau affiché depuis le début du Mondial. J’ai téléphoné à un ancien dirigeant de la fédération, il voit tout en noir. Il n’a pas arrêté de me dire que les deux flèches Mbappé et Dembélé vont nous faire mal. Il pense que la France va en mettre trois ou quatre. »

Plusieurs polonais composaient l’équipe lensoise durant les années 1960 et 1970.

Cette culture va forcément disparaître du bassin minier un jour, […] le foot nous permet de reparler d’un tas de choses.

Pour Michel Matysiak et Gérard Taront, ça risque d’être un peu plus galère. Le Chœur des mineurs polonais de Douai a fixé son banquet annuel ce dimanche, au beau milieu du match. « C’est un gros dilemme, ironise Michel. Je vais essayer de suivre ça sur mon téléphone. Ce qui est sûr, c’est que je chanterai les deux hymnes. »Comme un énième clin d’œil à l’histoire, à l’héritage. « Le cœur sera polonais et la raison française, abonde Gérard, qui filera en vacances à Cracovie dans quelques jours. J’aime ces deux pays. Même si les jeunes générations ne parlent plus la langue ou juste quelques mots, des évènements nous rassemblent encore chaque année. On doit transmettre cette histoire. Elle nous relie tous. » Pour Michel Matysiak, « cette culture va forcément disparaître du bassin minier un jour, même s’il y a eu un effet positif lors du centenaire de la première vague d’immigration. Des jeunes se sont intéressés à la culture polonaise, malgré le fossé existant avec les anciennes générations. Le foot nous permet de reparler d’un tas de choses. Même si là il faudrait être fou pour penser que les Bleus ne sont pas favoris. » Fou ou courageux, comme ces milliers de Polonais qui décidèrent durant le XXe siècle de faire du nord de la France leur nouvelle terre.

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