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Argentine – France : jamais deux sans Doha

Par Maxime Brigand, à Doha

Quatre ans après le sacre de Moscou en 2018, l'équipe de France va disputer dimanche la quatrième finale de Coupe du monde de son histoire face à une Argentine qui n'attend qu'une chose : faire décoller pour de bon Lionel Messi. La fête s'annonce étouffante.

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17/12/2022 – 16:00
Coupe du monde – Finale
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La fin d’un mois de Coupe du monde est drôle, il y a des souvenirs qui traînent partout. La photo de l’envolée d’un homme ganté pend à proximité de celle d’un tacle décisif, elle-même déposée sur un tableau où l’on peut apercevoir un type en short se dessiner un chemin au milieu d’une forêt de guiboles. L’heure est venue de faire le tri, et l’histoire le demande. Quoi qu’on en dise, ce dimanche ne peut être un dimanche comme les autres. Ce n’est pas un dimanche de flânerie, mais un dimanche de fièvre et d’inconnu, un dimanche d’impatience, un dimanche que l’on finira par découper au hachoir. Il n’y aura alors plus que deux tranches. À droite, le vainqueur. À gauche, le vaincu. À leurs côtés, des miettes, des détails, des secondes, des centimètres. Ainsi va le destin d’une finale de Coupe du monde, même quand on a su s’en offrir une il y a quatre ans, à Moscou, même quand il s’agit de la quatrième disputée par l’équipe de France depuis 1998 et même s’il y a également eu deux finales de championnat d’Europe à grignoter depuis le début des années 2000. À chaque nouvelle fois, plus rien ne compte. C’est d’ailleurs ce qu’Hugo Lloris, qui s’apprête à s’envoyer dimanche le 145e tour de manège international de sa vie, ce qui fait forcément de lui un excellent témoin du temps qui passe, a formulé de la sorte, samedi : « J’ai eu le privilège de remporter ce trophée avec mes coéquipiers en 2018, mais ce qu’il s’est passé avant appartient au passé. On vit le moment présent. On a envie d’écrire notre propre histoire. » Avant de jouer une finale, se retourner, sur une veille trace ou sur le cas d’un absent qui a vu cette histoire s’écrire sans lui et qui verra cette histoire finir de s’écrire sans lui, ne sert à rien. Pour mieux mesurer certains angles de leur quête, ces mecs le feront plus tard.

Jusqu’ici, j’ai surtout pensé à gagner tous les trois jours. Je suis peut-être passé à côté de certains moments de ma carrière à cause de ça. Je l’ai dit à mes jeunes coéquipiers : il faut profiter de chaque moment. Qui sait si on aura la chance de participer de nouveau à une Coupe du monde ? Il faut tout prendre.

Ils ont évidemment raison, mais il faut noter que depuis que leur dernier goûter commun a fini en pogo le 30 juin 2018, à Kazan, l’équipe de France et l’Argentine n’ont plus tout à fait la même allure. Les Bleus sont, entre-temps, redevenus champions du monde, et l’Albiceleste, titrée en 1978 et 1986, a enfin réussi à déboucher une bouteille de champagne – la Copa América 2021 – après avoir vu une finale lui échapper au bout de la nuit à Rio, en 2014, et quatre finales de Copa América s’évaporer. Lionel Messi a alors pu souffler un grand coup, ranger son sac de larmes, mais le voilà aujourd’hui face au match d’une vie, à 35 ans. Au moment où on le verra s’avancer ce dimanche après-midi sur le gazon du stade de Lusail, une enceinte majestueuse où il a passé 80% de son temps ces dernières semaines, où il a vu sa clique se faire surprendre par l’Arabie saoudite puis relever la tête, et où il a planté à chacune de ses représentations, on aura une pensée pour le Messi qui s’était pointé derrière un micro au début de cette Coupe du monde et avait dit, au milieu d’une salle de presse dohanaise blindée, vouloir « profiter de toutes les petites choses ». Il avait ajouté : « Jusqu’ici, j’ai surtout pensé à gagner tous les trois jours. Je suis peut-être passé à côté de certains moments de ma carrière à cause de ça. Je l’ai dit à mes jeunes coéquipiers : il faut profiter de chaque moment. Qui sait si on aura la chance de participer de nouveau à une Coupe du monde ? Il faut tout prendre. » Peu importe avec qui, peu importe comment, peu importe s’il faut sortir un poignard ou allumer un banc de touche, peu importe s’il faut prendre le ballon ou le laisser, l’Argentine est un bélier qui n’a qu’un objectif : accompagner Lionel Messi vers le premier sacre mondial de sa vie au bout de son 26e match de Coupe du monde. « Avec sa grande carrière, ça serait bien pour lui, mais nous aussi on veut la gagner », est intervenu Ousmane Dembélé, vendredi.

Normalité dans l’ascension effarante

De passage face à la presse alors que sa bande, qui a déjà dû escalader une montagne de forfaits en début de compétition, se débat depuis quelques jours avec un virus, l’ailier bleu, visage fort de cette épopée 2022, en a profité pour raconter une histoire dont les acteurs principaux sont le « calme » et « l’expérience ». Après les larmes tombées sur une pelouse de Saint-Pétersbourg à la suite de la victoire contre la Belgique en demi-finales il y a quatre ans, les Bleus ont affiché une normalité dans l’ascension effarante, mercredi soir, dans la foulée d’une qualification acquise au bout d’une rencontre tout sauf maîtrisée face au Maroc. Raphaël Varane l’avait justifié deux jours plus tôt, rappelant que « quatre ans dans le foot sont une éternité » et évoquant « deux moments complètement différents ». Griezmann n’a pas dit autre chose, et Dembélé, lui : « En 2018, c’était la première qualification pour une finale de Coupe du monde depuis 2006. On était euphoriques, et il y avait aussi plus de fous dans l’équipe. Après, dimanche sera aussi un grand jour. Nous sommes prêts mentalement. » Sans aucun doute possible, et il le faudra pour ferrailler avec une Argentine qui présente un profil caméléon similaire à celui de l’équipe de France, peut-être exception faite qu’elle a concédé bien moins de grosses occasions pour rejoindre cette finale, qu’elle a su éteindre la Croatie là où les Bleus sont passés en défonçant les portes face à l’Angleterre et au Maroc, et qu’elle a vu plusieurs penaltys tomber sur le pied gauche d’un Messi qui devrait de nouveau venir majoritairement roder dans la zone la plus vulnérable de l’animation défensive tricolore.

Il est l’heure ou jamais de marquer l’histoire, aucun tenant du titre n’ayant réussi à conserver sa couronne depuis le Brésil de 1962, l’heure où jamais d’utiliser cette force tranquille pour résister aux bourrasques inhérentes à des finales qui ne font pas toujours décoller les plus belles fusées, l’heure ou jamais de faire de nouveau plier un adversaire grâce à une gestion supérieure des moments et des surfaces. Cette équipe de France, portée par un Mbappé forcément attendu au tournant et par un Antoine Griezmann qui a jusqu’ici dégagé plus de ballons hors de sa surface qu’il n’a marqué de buts (personne n’a, en revanche, créé plus d’occasions que le numéro 7 des Bleus depuis le début du tournoi), n’est pas venue au Qatar pour raconter des salades ou tenter de tisser un fil avec son héritière de 2018, bien au contraire, et on se demande même encore de quoi est exactement fait le fil sur lequel elle tient en équilibre depuis mi-novembre. Comme toujours avec Didier Deschamps, qui laisse volontairement planer le suspense sur son avenir alors que son contrat arrive à son terme dans onze jours, elle a préféré attraper le moment par les deux cornes et le secouer autant que possible, envoyant bouler toutes les analyses tactiques ou ceux qui tentent de lui coller un style sur le front. Non, l’équipe de France, aussi imparfaite que sa prédécesseur pouvait être impénétrable, sait faire grand avec rien, et c’est sa force avant de grimper dans une finale qui devrait se jouer devant une foule qui ne demande qu’à transformer le Lusail en rave party géante. Et alors ? Les Bleus l’assurent, ils sont prêts à affronter le bruit, le silence, les tirs de sarbacane, le stress, les virus, les forfaits, les souvenirs, même si ces derniers traînent partout. La lumière d’une troisième étoile serait bienvenue à l’heure de faire les valises. Il sera alors l’heure de pleinement mesurer cette drôle de quête.

Dans cet article :

Par Maxime Brigand, à Doha

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