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Antoine Lemarié : « En Grèce, j’allais me faire tabasser par mon président »

Propos recueillis par Loïc Bessière

Antoine Lemarié, 26 ans, fait partie de ces joueurs qui enchaînent les expériences aux quatre coins du monde plutôt que de galérer dans les divisions inférieures de l'Hexagone. Via sa chaîne YouTube, le milieu de terrain français partage ses moments de joie et ses galères de footballeur expatrié. Son ultime expérience en Grèce, au FC Paniliakos (troisième division), est digne d'une vraie tragédie grecque. Entretien.

Dans cet article :

Tu étais en fin de contrat après une expérience en Finlande en D3, au FC Vaajakoski. Comment t’es-tu retrouvé en Grèce, au Paniliakos FC, mi-janvier ? Je n’ai pas d’agent. Je démarche les clubs en leur envoyant une vidéo de highlights et mon profil Transfermakt. J’ai signé comme ça dans tous mes clubs. Mais là, un agent français de Fokom Sports Management m’a contacté. D’ailleurs, ce n’est pas un agent, il n’a pas de licence, c’est un intermédiaire. Mais sur le papier, ça me donnait envie. Après avoir passé trois ans dans le froid, en Finlande, je n’étais pas contre aller au chaud en Grèce. Les conditions salariales, avec 1000€ par mois, étaient bonnes vu le niveau de vie en Grèce. Il n’y avait pas besoin de faire d’essais, c’était un contrat direct. C’est ça qui m’a intéressé. C’est assez rare à mon niveau, car en temps normal, tu fais un essai et tu prends des billets d’avion sans savoir à 100% si tu signes.

Premier couac pour toi : on t’a promis de te payer le billet d’avion, mais tu as dû le prendre toi-même. Juste avant moi, l’agent avait essayé d’envoyer un autre joueur français dans le même club. Paniliakos avait payé le billet, mais le joueur n’était pas venu et le club avait payé pour rien. Donc, quand l’agent a voulu m’y envoyer, le club ne lui a pas fait confiance. Fokom voulait annuler le transfert, mais je voulais y aller. On a convenu que je payais le billet et que je déduirais le prix des 500€ de la commission de l’agent.

Quand tu poses le pied à Athènes, comment cela se passe ?Fokom a un partenaire qui bosse avec lui en Grèce. Surprise, ce dernier ne m’a pas amené directement au club, mais m’a mis dans un bus pour aller dans la ville du club, à Pyrgos, dans la région de l’Élide. C’est à cinq heures de bus d’Athènes. Mais sur place, il n’y a pas de contrat ! Ils m’ont dit : « On va commencer à faire les démarches avec ton ancien club pour qu’ils envoient tes papiers. » J’ai compris sur place que la D3 grecque est considérée comme amateur. Il n’y a pas de contrat, c’est comme une simple licence. C’est donc dur d’avoir des garanties.

Dans l’appart, le mur de la salle de bain était défoncé, il n’y avait pas encore d’eau chaude, il y avait des poils rasés sur le lavabo et des traces de pisse sur les toilettes…

Le club t’avait également prévu un logement. Comment était ton appartement ? Mon voyage depuis la France a duré 17 heures. En arrivant, j’ai constaté des taches un peu suspectes juste à côté du lit. Le mur de la salle de bain était défoncé, il n’y avait pas encore d’eau chaude, il y avait des poils rasés sur le lavabo et des traces de pisse sur les toilettes… Le club a dit que tout était neuf, mais il n’y avait qu’un four et un frigo de neufs. Il n’y avait rien pour me faire à manger, pas d’assiettes. Il y avait un lit et une table. C’était le premier jour, je restais positif en me disant qu’après un nettoyage, ça serait mieux. Sauf qu’il n’y avait même pas de quoi nettoyer !

Quid des repas promis ?Dans l’offre de contrat, il y avait marqué « nourriture » , et en général, cela inclut les trois repas du jour. Là, c’était un repas par jour pris en charge dans un restaurant partenaire du club, et le reste du temps, c’était à ma charge. Sachant que je ne pouvais pas cuisiner chez moi…

Et côté sportif, comment c’était ?Je me suis entraîné dès le lendemain de mon arrivée. Avec l’entraîneur, ça s’est bien passé, il avait vu mes vidéos et il me voulait. J’avais vu le stade en photo, là aussi, c’est plutôt un bel écrin. Mais ensuite, j’ai découvert le centre d’entraînement : un champ de patates au milieu de nulle part, sans lumière et à côté d’une déchèterie. On s’entraînait à 17 heures, donc au bout d’une heure, il faisait nuit. Je pensais qu’on allait s’arrêter, mais non, on a joué dans le noir ! Je ne m’attendais pas à ça en D3 grecque, c’était un choc.

Pour le premier match, tu étais qualifié ?Toute la semaine, ils m’ont fait poireauter en me disant qu’ils attendaient mes papiers. Je ne savais pas si je jouerais, mais le coach avait prévu de me mettre titulaire, c’était bizarre. À une heure du coup d’envoi, le coach m’a dit que le club avait reçu mes papiers. Un dimanche, si proche du match… j’ai tout de suite compris que c’était une combine pour ne pas me payer plus tôt. D’ailleurs, j’avais dit que si je n’étais pas payé, je ne jouerais pas. (Le club comme garantie financière lui promet une avance de deux mois de salaire à son arrivée, NDLR.) Mais je suis arrivé au stade, j’ai découvert l’ambiance du match et j’ai joué.

Le président et son garde du corps sont venus mettre un coup de pression à un Brésilien et l’ont menacé en faisant mine de vouloir se battre avec lui.

Pendant que vous jouiez, votre président intimidait un joueur…Un Brésilien, qui était au club depuis quatre mois. Il n’avait pas reçu son argent, et son appartement était plus insalubre que le mien, car il le partageait avec un coéquipier. Il avait exprimé son envie de partir, mais le club lui avait confisqué son passeport ! Son agent avait menacé le club d’appeler la police. Ce match-là, il est remplacé dès la 40e minute, je ne sais pas pourquoi. Il est rentré aux vestiaires pour partir. Le joueur m’a raconté que le président et son garde du corps sont venus lui mettre un coup de pression, le menacer, en faisant mine de vouloir se battre avec lui. Il était traumatisé : il a pris le premier bus pour fuir et rentrer au Brésil. L’autre Brésilien, lui, est parti dès mon deuxième jour. Il s’est enfui, car il avait les mêmes problèmes.

Ces problèmes extrasportifs touchent-ils seulement les joueurs étrangers ?J’ai pu parler avec quelques Grecs. Il y en a un, son contrat n’avait pas été respecté. Il devait toucher 200€ par mois, mais en cinq mois, il n’avait reçu que 100€… Un gardien de but m’a dit qu’il avait deux mois de salaire en retard. Dans ce club, en sept matchs de championnat, il y a eu trois entraîneurs. Ça en dit long sur ce qu’il se passe en interne.

Comment les dirigeants ont-ils réagi face à tes doléances ? Le lendemain du match, ils avaient promis de régler ma situation. Mais je leur ai dit que je ne voulais pas rester. Je savais que si les autres n’étaient pas payés, il n’y aurait pas d’exception pour moi. Je voulais juste partir libre, tant pis si j’avais joué un match gratuitement. Ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas me libérer, car il manquait mes papiers. Les dirigeants m’ont dit que j’aurais joué sous la licence d’un coéquipier. Mais on se perd dans leurs mensonges, je ne sais pas si c’est vrai. Grâce à un contact grec, j’ai su que mes papiers étaient arrivés en Grèce.

Alors, qu’as-tu fait ?Je voulais juste récupérer mes papiers qui étaient à la Fédération et partir. Mais quand je les ai récupérés, la dame qui bossait sur place m’a annoncé que, pour signer ailleurs en Grèce par exemple, il me fallait la signature et le tampon du club sur un document. Les dirigeants ont refusé, ils m’ont esquivé durant deux jours. Le directeur sportif m’a dit que le président était parti à Athènes, sauf que le soir même je l’ai croisé en voiture. Et le lendemain, les dirigeants m’ont expliqué que je devais rendre les clés de l’appartement, car un autre joueur arrivait à ma place. Ok, mais signez mon papier pour me libérer ! Ils m’ont dit que j’étais libre et que ce document ne valait rien. J’ai vérifié grâce à d’autres contacts locaux, là aussi c’était faux.

Le président m’a sauté dessus, m’a attrapé par le col, m’a collé contre la barrière derrière moi, et son garde du corps a surgi à ma gauche.

C’est là que l’agression s’est produite ?Ils m’ont donné rendez-vous chez moi pour récupérer les clés. Je sentais qu’ils n’allaient pas venir gentiment signer mon papier. Je ne les attendais pas chez moi, je me suis mis dans la rue pour plus de sécurité. Le président est arrivé en premier. Il ne parlait pas anglais, mais je lui ai montré mon document pour qu’il le signe. Et là, il a fait mine de me mettre un coup de poing. Le directeur sportif, qui parle anglais, est arrivé. Il m’a dit que le président était énervé, que je devais me taire, que j’étais libre et que je devais m’en aller. J’ai refusé. Le président m’a sauté dessus, m’a attrapé par le col, m’a collé contre la barrière derrière moi, et son garde du corps a surgi à ma gauche. Je ne l’avais pas vu, il était caché. J’ai essayé de me débattre sans lever le petit doigt, j’étais choqué. J’ai donné les clés, car sinon ça allait mal finir pour moi, j’ai eu peur de me faire tabasser par mon président.

As-tu pu récupérer tes affaires quand même ? Le président s’est dirigé vers mon appartement avec son homme de main. J’ai eu peur, car j’allais me retrouver dedans, avec ces deux mecs. Je ne savais pas ce qu’ils allaient me faire, c’était effrayant, mais j’avais mes affaires dedans. J’y suis allé. Ils m’ont juste regardé boucler ma valise. J’ai foncé vers la gare routière pour prendre le premier bus pour Athènes. Et sans ma signature bien sûr.
Ton intermédiaire t’a-t-il aidé ?J’étais en communication constante avec lui. Il y avait beaucoup de signaux alarmants, mais il me disait : « N’écoute pas les autres joueurs, sois patient, ton argent va venir, j’ai eu la promesse du président. » Il ne m’écoutait pas ! Au lieu de me soutenir, il me forçait à rester, car une fois que j’aurais eu mon argent, il aurait eu sa commission. Le pire, c’est qu’il m’a reproché d’avoir joué le match !

Es-tu toujours en Grèce ? Je suis rentré en France, le 20 janvier au soir. Depuis mon communiqué, cela s’est emballé en Grèce. Des médias ont repris l’information. J’étais à Athènes et je n’étais pas très serein, je ne savais pas ce qu’il pouvait se passer. J’avais l’impression d’avoir affaire à des mafieux, donc je suis soulagé d’être rentré.

Dans un communiqué, Paniliakos a annoncé avoir saisi la FIFA, la FIFPRO et avoir porté plainte pour diffamation et calomnie. Comptes-tu toi aussi les attaquer en justice ? Un avocat m’a contacté, on va voir tout ça ensemble. Je ne veux pas en rester là. J’ai reçu énormément de témoignages de joueurs français qui sont passés par le même intermédiaire et qui ont eu des conditions similaires ou pires en matière de logement là où ils ont été envoyés. D’autres joueurs, pas forcément des Français, m’ont contacté pour des expériences identiques en Grèce, dans d’autres clubs. Beaucoup sont enclins à témoigner. J’espère qu’ils le feront si ça va en justice.

Dans cet article :

Propos recueillis par Loïc Bessière

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