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Álvaro Gonzalez, des paroles et des actes

Depuis dimanche soir et son altercation avec Neymar, Álvaro González est dans l’œil d’un cyclone médiatique dans lequel il se retrouve accusé de propos racistes. Pour distinguer le vrai du faux, il fallait se pencher sur la personnalité du défenseur de l’OM depuis son arrivée dans le périlleux monde du football professionnel.

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C’était un Classique que la Ligue 1 n’oubliera pas de sitôt. Pour la victoire de l'OM après 3850 jours de disette, d'abord. Mais aussi pour quelques échauffourées et autres pétages de câble. Le plus bouillant a eu lieu entre Neymar et le Marseillais Álvaro Gonzalez. Les deux se sont chauffés pendant toute la rencontre, et le Brésilien, à la 37e minute, a accusé l'Espagnol d'injures raciales. Excédé, Neymar a terminé son match sur un carton rouge, après avoir mis une claque sur la tête de Gonzalez. « Regardez le raciste, s’est-il insurgé devant le quatrième arbitre. Parce qu’il est raciste, c’est pour cela que je l’ai frappé ! »

De son côté, Álvaro González récolte un crachat visible d’Ángel Di María, mais termine la rencontre sur la pelouse et en vainqueur. Droit dans ses bottes, le défenseur central prend même la peine de répondre sur Twitter aux accusations de Ney. « Il n’y a pas de place pour le racisme. Ma carrière est propre et j’ai beaucoup de coéquipiers et d’amis au quotidien. Parfois, il faut apprendre à perdre et l’assumer sur le terrain. »


Le guerrier montagnard


Alors, qui est vraiment Álvaro González ? Pour mieux cerner la personnalité du bonhomme, il faut se replonger dans sa première aventure professionnelle. Formé au Racing Santander, il ne connaît sa première convocation avec l’équipe première qu’à 21 ans. « Il venait de l’équipe réserve lorsque je l’ai fait démarrer chez les pros (le 5 mai 2011 contre le Real Majorque, N.D.L.R), il ne s’entraînait même pas avec l’équipe première, se souvient Marcelino García Toral, entraîneur du club en 2011. Je l’ai mis à l’essai et il est parvenu à nous convaincre, mon staff et moi-même. Je ne peux pas dire que je l’ai lancé, c’est plutôt lui qui s’est lancé dans le grand bain. » Au milieu des jaloux et des requins, Álvaro s’immisce grâce à son état d’esprit conquérant sans basculer dans l’inacceptable. « Son style de jeu fait qu’il possède un comportement impulsif et accrocheur sur la pelouse, poursuit l’ex-entraîneur du FC Valence. Pendant toute la période où je l’ai eu dans mon équipe, je n’ai jamais eu la moindre impression qu’il pouvait avoir ce type de pensée. Dans notre équipe, il y avait des joueurs noirs, et d’autres origines. Je l’ai toujours vu s’entendre avec eux de manière tout à fait normale. »


Gonzalo Colsa, l’ancien capitaine des Montañeses (Montagnards, en VF), est lui aussi particulièrement incrédule quant à la polémique Neymar : « J’ai été surpris par toute cette histoire et par l’ampleur qu’elle a prise, affirme Colsa. Nous sommes dans un monde où l’information circule très vite, la situation dans laquelle se retrouve Álvaro n’est pas facile. Finalement, c’était un match, il a essayé de donner le maximum et de ne faire aucun cadeau. On ne peut pas décrire le comportement de quelqu’un juste à partir d’un match ou d’une action. »

Bakambu : « On allait presque en venir aux poings »


Depuis le début de semaine, les langues se délient pourtant à foison dans les médias. Mardi, Manuel Soberón donnait sa version des faits sur la chaîne espagnole Cuatro. « Le mot qu'il a dit à Neymar, c’était "bobo" (idiot, en VF), révèle l’oncle d’Álvaro. Neymar l'a constamment insulté pendant le match. Il lui a dit qu'il gagnait quatre euros, pendant que lui gagnait 10 millions par an. Si on regarde de ce point de vue, ce sont eux les racistes. Le meilleur ami d'Álvaro à l'Espanyol était Caicedo, un joueur noir. (...) Maintenant, Neymar essaye de minimiser l'affaire, mais le mal est fait. Il est un peu hypocrite. » Neymar est-il allé trop loin dans sa colère et sa frustration ? Une théorie plausible, lorsque l'on sait que le joueur pouvait parfois user le mental de ses coéquipiers durant son passage à Villarreal. « Pour être franc, ça m’est déjà arrivé de me prendre la tête avec lui lors d’un entraînement, concède Cédric Bakambu, ancien partenaire du joueur entre 2016 et 2018. C’était pendant la pré-saison, on courait beaucoup, et les nerfs étaient tendus. On allait presque en venir aux poings, mais nos coéquipiers sont venus nous séparer. L’espagnol, ce n’est pas une langue que je maîtrise très bien. Alors le soir, pour se réconcilier, on s’est pris dans les bras tous les deux et c’était terminé. Quand la pression est retombée, on est passé à autre chose. C’est possible de faire naître une amitié à partir d’un conflit, et c’est ce qu’il m’est arrivé avec Álvaro. »


Les années sont passées, mais le défenseur de l’OM n’a semble-t-il pas changé dans sa manière de procéder. Et pour cause, cela fonctionne : sa force mentale lui permet d’exercer une emprise sur son vis-à-vis direct. Lors de son passage à l’Espanyol de Barcelone, Álvaro s'était déjà lancé dans une bisbille avec un certain Leo Messi lors d’un derby barcelonais en faisant référence à sa petite taille. « C’est du Álvaro tout craché, ça, réagit l’actuel avant-centre du Beijing Guoan. Il aime ça, ça le stimule, et d’une certaine façon, il en a besoin. Mais il n’est pas non plus du genre à établir des plans pour rendre fous les attaquants... Au quotidien, c’est un mec qui aime bien vanner, il est là pour délirer. Quand il provoque, il le fait avec du second degré, c’est plus un jeu qu’autre chose pour lui et il ne prend pas cela au sérieux. Mais pour comprendre cela, il faut le connaître. En tant qu’adversaire, tu peux être surpris, mais cela fait partie de sa personnalité. Quand tu es son adversaire, tu dois être costaud mentalement. Ce n’est pas facile, car c’est quelqu’un de solide là-dessus. »


Marcelino : « Tu savais qu’il allait effectuer l’entraînement avec une intensité maximale »


Finalement, Álvaro présente un portrait plutôt classique : celui d’une personne en quête de réussite professionnelle et prête à beaucoup de sacrifices pour parvenir à ses fins. Mais résumer l’homme à un compétiteur acharné serait réducteur. « En fait, il y a deux Álvaro, clarifie Bakambu. Celui sur le terrain, c’est un poison. Tu affrontes un défenseur rugueux avec beaucoup de hargne. Celui en dehors du terrain, c’est une vraie crème : tu vas pouvoir discuter de tout avec lui, il est capable de chambrer et de se faire chambrer sans souci. Honnêtement, ça m’a beaucoup surpris d’apprendre ces accusations. Je n’y crois pas. À titre personnel, je n’ai jamais eu de problème avec lui par rapport à ça et je ne l’ai jamais vu s’embarquer dans une situation de ce type pendant les matchs. »



Au moment d'avoir sa chance, Álvaro a compris qu’il ne fallait plus laisser de place au doute. « Il était jeune et ambitieux, il souhaitait triompher, mais sa discipline dans le vestiaire était impeccable, il n’était pas du genre à faire des vagues, se remémore Marcelino. Au moment d’attaquer les entraînements, tu savais simplement qu’il allait l’effectuer avec une intensité maximale. » Au point de devenir une référence à son poste ? Pas tout à fait. « Je ne vais pas te dire qu’il est le meilleur défenseur contre lequel j’ai joué, mais c’est vraiment une valeur sûre, conclut Bakambu. Quand tu mets Álvaro dans ton équipe, tu sais où tu vas, car tu sais à quoi t’attendre. À Villarreal, il a toujours fait ses matchs et il ne lâchait jamais l’affaire. Il ne choisit pas ses matchs, il est ultra régulier dans la performance. Il suffit de voir ce qu’il fait à l’Olympique de Marseille, ça reste un mec fiable, un soldat sur qui tu peux compter. Avec lui, tu pars à la guerre les yeux fermés. » Et les oreilles grandes ouvertes.

Par Quentin Ballue et Antoine Donnarieix Propos de Marcelino, Colsa et Bakambu recueillis par QB et AD.
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