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Altitude et pape François : la Libertadores dans tous ses états

La phase de poules de La Copa Libertadores s'est terminée la semaine dernière, avec son lot d'émotions, de déceptions et de folies qu'on ne retrouve que sur les pelouses sud-américaines. Voici ce qu'il faut retenir avant de se jeter tête baissée dans les huitièmes de finale cette semaine.

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L'Argentine en pleine forme

Avec Vélez Sársfield, Lanús, Arsenal de Sarandí et San Lorenzo en huitièmes, l'Argentine est reçue 4 sur 5. Le plus surprenant reste le ratage des Newell's Old Boys de Trézégol et Maxi Rodríguez, qui s'étaient hissés en demi-finales sous la houlette de Tata Martino la saison dernière. Quatre sur cinq, c'était loin d'être gagné, parce que les monstres Boca et River n'étaient pas de la partie, encore moins l'Independiente, club le plus titré de la Libertadores avec sept trophées dans sa vitrine, qui évolue aujourd'hui en D2. Lanús a un palmarès assez pauvre même s'il a gagné la Copa Sudamericana (la C3 locale) l'an dernier et Arsenal est surtout connu pour être le club de Julio Grondona, tout-puissant patron de la Fédé argentine. Reste Vélez, qui a impressionné par la fluidité de son jeu et a terminé meilleure équipe de la phase de poules avec 15 points sur 18 possibles.

Le miracle du pape François

Entre les qualifiés argentins, mention spéciale à San Lorenzo, le seul grand club du pays qui n'a jamais soulevé la Copa Libertadores, une vraie obsession pour ses supporters. Sauf que depuis que Jorge Bergoglio est aux commandes du Saint-Siège, le « Ciclón » est au septième ciel. En décembre, le club du quartier de Boedo a remporté le championnat local lors de la dernière journée, alors que quatre équipes se tenaient encore en deux points. En Libertadores, le pape François est à créditer d'un autre miracle, encore plus fort. Mercredi dernier, lors de l'ultime journée, San Lorenzo devait battre Botafogo et soigner son goal average au cas où le petit poucet Independiente Del Valle battrait les Chiliens de l'Union Española, qui étaient déjà qualifiés. Dans une ambiance de folie au Nuevo Gazometro, les Argentins prennent vite la mesure de Cariocas complètement dépassés et mènent 2-0 à la 53e. Le problème, c'est que dix minutes plus tard, à Santiago, les Équatoriens prennent le large et gagnent 3-1, ce qui oblige le « Ciclón » à claquer deux autres pions pour aller chercher les huitièmes. Au Chili, le match devient complètement dingue et l'Union Española marque trois buts en un quart d'heure pour reprendre l'avantage. 4-3 à la 76e. À Buenos Aires, les supporters argentins exultent. Cinq minutes plus tard, patatras ! L'Independiente del Valle remet le couvert et finit par mener 5-4. Il reste une dizaine de minutes et le club du cœur de sa Sainteté doit absolument marquer. La fumée blanche apparaît enfin à la 87e. Ignacio Piatti, grand frère de Pablo, l'attaquant de poche de Valence, inscrit enfin le troisième but, son deuxième de la rencontre, et libère tout le peuple de Boedo.

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Le fiasco brésilien

Alors que les Argentins s'éclatent, le Brésil l'a mauvaise. Depuis que la Libertadores a adopté son format actuel, plus ou moins calqué sur la Ligue des champions, c'est la première fois que trois équipes du pays cinq fois champion du monde sont éliminées dès la phase de poules. Un comble quand on sait que les clubs brésiliens sont censés tout écraser sur leur passage, vu que leurs budgets sont largement supérieurs aux autres. Ce n'est pas pour rien que le pays truste les quatre derniers trophées et a placé au moins un représentant dans les neuf dernières finales. Sauf que cette fois, Flamengo, Botafogo et Atlético Paranaense sont passés à la trappe et le champion national Cruzeiro a eu chaud aux fesses. Même l'Atlético Mineiro, tenant du titre, a déçu. Avec un Ronaldinho en panne d'inspiration, le Galo a bafouillé son football et a terminé en tête de son groupe uniquement parce que la poule était particulièrement faible.

Seul le Grêmio a des allures de favori. En plus de la fameuse grinta des clubs du Sud du Brésil, le Tricolor gaúcho a apporté une touche de talent avec les jeunes Luan et Dudu. En plus d'être intraitable à domicile, l'équipe de Porto Alegre a montré qu'elle sait aller chercher des résultats en milieu hostile, en tapant l'Atlético Nacional 2-0 à Medellin après avoir arraché le nul 1-1 face à Newell's à Rosario, grâce à un but inscrit dans les arrêts de jeu.

La palme du ridicule revient aux clubs de Rio. Botafogo et Flamengo ont flingué leurs chances en s'inclinant une fois chacun dans l'enceinte mythique du Maracanã, et pas contre des foudres de guerre. Le Fla a perdu 3-2 contre les Mexicains de León et le Glorioso 1 à 0 contre l'Unión Española. Le Maracanazo ne pardonne pas. En même temps, l'Uruguay, qui a infligé au Brésil le « vrai » Maracanazo en 1950, n'a pas à la ramener. Les deux grands clubs du pays, le Nacional (trois fois champion) et le Peñarol (cinq fois) ont été pitoyables, et le seul représentant encore en lice est le Defensor Sporting, plus connu pour son équipe de basket. Pourtant, le club a surpris son monde en surclassant le Cruzeiro et tient avec Giorgian de Arrascaeta, 19 ans seulement, la grande révélation du tournoi.

La surprise bolivienne

La Bolivie fait carton plein en plaçant ses deux représentants en huitièmes, Bolívar et The Strongest. Du jamais vu dans le format actuel. Jouer à La Paz est toujours un cauchemar pour les équipes adverses. À 3 600 m d'altitude, les organismes sont sérieusement mis à mal. Souvent, les visiteurs tentent d'imposer leur supériorité technique en première mi-temps, mais finissent par s'essouffler et se retrouvent à la merci des Boliviens. Cette saison n'a pas échappé à la règle, même si le Bolívar a un peu innové, en obtenant d'excellents résultats à l'extérieur (2-2 contre Flamengo au Maracanã et 1-0 contre León au Mexique) pour terminer premier du groupe 7. The Strongest, par contre, a fait dans le classique : 3 victoires en 3 matchs à domicile et un gros match nul 3-3 contre le nullissime Universitario à Lima.

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La renaissance avortée d'Adriano

L'une des victimes du renouveau bolivien n'est autre que l'Imperador. On croyait l'ancien attaquant de l'Inter et de Flamengo perdu à jamais pour le foot, mais l'Atlético Paranaense a fait le pari un peu fou de lui accorder une nouvelle chance en début d'année. Malgré les habituelles frasques nocturnes qui marquent les premières semaines, il parvient par miracle à retrouver une condition physique à peu près acceptable et poste même fièrement un selfie torse-poil sur Instagram pour montrer à quel point il a fondu. Adriano fait ses grands débuts sous le maillot du Furacão en février contre The Strongest (victoire 1-0 à domicile). Le coach le fait entrer en jeu pour les cinq dernières minutes, il ne touche pratiquement pas la balle, mais pleure comme un bébé devant les caméras. C'est son premier match en deux ans et certains médias brésiliens rêvent déjà (sérieusement) de le voir jouer le Mondial avec la Seleção.

Mardi dernier, à l'occasion de la dernière journée, les espoirs les plus fous sont permis. Il est titulaire pour la première fois, joue en marchant et égalise dans les arrêts de jeu de la première période, mettant fin à une disette de 773 jours sans faire trembler les filets. Ça tombe bien, l'Atlético a justement besoin du nul pour se qualifier. Pas de bol, l'équipe brésilienne craque en seconde période sous les effets de l'altitude, perd 2-1 et se fait sortir. Dégoûté, l'Imperador noie son chagrin dans la nuit, loupe deux entraînements de suite et se fait shooter par des paparazzi au concert d'Anitta, chanteuse sexy à succès. Trois jours plus tard, l'Atlético rompt son contrat. Le voilà sans club, de retour à la case départ.

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SOS racisme

L'épisode le plus dégueulasse de cette Libertadores a eu lieu au Pérou. Le 12 février, le champion en titre Cruzeiro se fait piéger par l'altitude et les 3 200m de Huancayo, en perdant 2-1 contre le Real Garcilaso, mais le résultat n'est qu'anecdotique. Tinga, ancien milieu terrain du Borussia Dortmund, entré en jeu en seconde mi-temps, a été victime d'insultes racistes de la part des supporters locaux, qui imitaient des cris de singe à chaque fois qu'il touchait le ballon. L'affaire a fait grand bruit au Brésil. La présidente Dilma Rousseff est même montée au créneau, mais, comme d'hab, la Conmebol a fermé les yeux. Le club péruvien a tout juste écopé d'une misérable amende de 12 000 dollars. « J'aurais préféré que la punition aille au-delà de la simple amende, qu'il y ait une répercussion sociale, que le club soit obligé de mettre en place un programme contre le racisme. Après le match, j'ai appelé ma femme, qui m'a dit que mon fils avait pleuré devant la télé. Le lendemain, il n'a pas voulu aller à l'école » , s'est insurgé Tinga.


Des 8es équilibrés, mais sans gros choc

Si la Libertadores a une chose que la Ligue des champions peut lui envier en termes de règlement, c'est le système d'attribution des huitièmes de finale, qui ressemble un peu à celui des playoffs de la NBA. Pas de tirage au sort, prime à la méritocratie. Comme en Europe, les vainqueurs de groupe ne peuvent s'affronter entre eux, mais leurs adversaires sont attribués selon le nombre de points obtenus en phase de poules. Le meilleur premier affronte le pire deuxième, le suivant se tape le 7e, et ainsi de suite...

Du coup, cette saison, la confrontation la moins équilibrée est sans surprise celle entre les Argentins du Vélez Sársfield et les Paraguayens du Nacional, qui n'ont pas une once de tradition dans la compétition et sont déjà bien contents d'être en huitièmes. Les autres oppositions ont l'issue bien plus incertaine, même s'il n'y a pas vraiment de gros chocs entre favoris. La seule affiche entre deux anciens champions met aux prises les deux Atléticos (Nacional et Mineiro). Et encore, ils n'ont remporté le tournoi qu'une seule fois chacun (1989 pour les Colombiens de Medellin et l'année dernière pour les Brésiliens de Belo Horizonte). La rivalité Brésil-Argentine sera mise à l'épreuve dans un Grêmio – San Lorenzo qui ne risque pas de manquer de saveur.

Le programme des huitièmes de finale : matchs allers du 17 au 25 avril, retours du 23 avril au 02 mai

Nacional (Paraguay) – Vélez Sársfield (Argentine)
Arsenal (Argentine) – Unión Española (Chile)
Atlético Nacional (Colombie) – Atlético Mineiro (Brésil)
The Strongest (Bolivie) – Defensor Sporting (Uruguay)
San Lorenzo (Argentine) – Grêmio (Brésil)
Cruzeiro (Brésil) – Cerro Porteño (Paraguay)
Lanús (Argentine) – Santos Laguna (Mexique)
León (Mexique) – Bolívar (Bolivie)

Par Louis Génot, à Rio de Janeiro
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