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Alex Dupont, le corsaire de Dunkerque

En s’éteignant à seulement 66 ans des suites d’une crise cardiaque, Alex Dupont n’a pas seulement laissé orphelin le football français d’une gouaille sans pareil. À Dunkerque, dans son fief, « c’est un phare qui vient de plonger dans le noir pour l’éternité » , jure Jean-Pierre Scouarnec, président de l’USL Dunkerque. Chez Borel, au stade Tribut, dans l’ivresse du carnaval et jusque dans les boîtes de nuit de la côte belge où il enfilait ses habits de DJ, Sir Alex laissera une trace indélébile.

Rue Lhermitte, quartier de la Citadelle. En ce début août, un léger vent balaye la cité dunkerquoise, irradiée de rayons UV et gavée de Belges sur la digue de Malo-les-Bains. Le Phare, ex-Borel, bistro PMU, a le rideau baissé. Philippe Bialski, grand cousin et confident d’une vie d’Alex Dupont, ferme les yeux et remonte les aiguilles de l’horloge.


« Si tu savais ce qu’on a fait ici avec Alex, lâche "Bibi" avec une poussière au coin de l’œil. Les jours de carnaval, pendant la bande de la Citadelle (au moment des Trois Joyeuses, l’apogée du carnaval dunkerquois, N.D.L.R.), c’était de la folie. Des cousins tenaient le Borel. Une année, on est passés derrière le bar pour servir, on devait avoir une vingtaine d’années. Ça s’est bien passé, l’année suivante aussi, mais la troisième fois, le patron en a eu marre. Il nous a foutu dehors en lâchant "vous picolez plus que les clients, vous dégagez". Faut imaginer le truc, tous les potes d’Alex débarquaient, c’était intenable (rires). »



« Même si on ne le voyait plus trop ces dernières années, c’était un vrai Dunkerquois avec cette fibre de la fête et du partage. » Gérald Laridan, Corsaire

« Il ne concevait pas de louper le carnaval »


Le carnaval et Alex Dupont, c’est l’histoire d’une vie, d’une transmission dès les bancs de l’école, « où on apprenait le répertoire carnavalesque aux enfants » , jure Alain Fairise, ancien de l’US Dunkerque (1965-1973) et enseignant d’EPS de « l’exubérant Dupont » au collège Guilleminot, dans le centre-ville. « Je l’ai connu il avait 12-13 ans. C’était un élève volontaire, très démonstratif. Ni trop bon, ni mauvais, quelqu’un de correct, mais avec déjà une sacrée gouaille et une passion du foot. On l’entendait bien ! » Le lien avec le carnaval se brode à travers la figure paternelle, René, brutalement emporté par un accident de la circulation un jour de novembre 1959. Alex Dupont n’a alors que 5 ans. « Il parlait très peu de son père, poursuit son professeur qui l’a également formé en sport études. C’était une plaie sensible. » « C’est mon père qui est allé l’annoncer à la maman d’Alex, Denise, reprend Philippe Bialski. Ça a été un choc pour tout le monde. »


René, mareyeur, avait été l’un des fondateurs des Corsaires Dunkerquois, société philanthropique du carnaval. Alex l’intègrera une vingtaine d’années après la disparition de son père. Il fallait le voir, même avec les années filant, foulard rouge noué autour du cou, la chevelure rousse noyée, guêtres et pantalon noir, se plonger dans la fièvre des soirs de bal. « On n’y allait pas pour sucer des glaçons, se marre Gérald Laridan, Corsaire depuis deux décennies. Durant ces moments-là, l’hygiène de vie n’était pas la priorité (rires).  » « À 14 ans, il allait déjà dans le chahut, il était bien costaud, rembobine Philippe Bialski. Avec Bruno Metsu (disparu en 2013), c’était des jours de fête à n’en plus finir. Et après il fallait assurer à l’entraînement. » Gérald Laridan abonde : « Alex était capable d’entraîner au Qatar mais de rentrer pour le carnaval. Même si on ne le voyait plus trop ces dernières années, c’était un vrai Dunkerquois avec cette fibre de la fête et du partage. » Au point de filer quelques places de bal à ses joueurs, alors qu’il tire les manettes de Dunkerque en D2. Nicolas Huysman, 176 matchs en pro avec l’USLD de 1984 à 1990, convient que ce « grand ami de la famille » , savait « faire la part des choses. Et puis, il ne concevait pas de louper le carnaval de toute façon. C’était un mec qui aimait les potes, les amis, savait profiter et n’hésitait jamais à donner » .


Filet américain, alibis et DJ


Le Poisson Rouge près du stade Tribut, Le Grand Morien place Jean-Bart, L’Espadrille sur la digue où « il buvait son café exclusivement en terrasse face au soleil » , glisse Philippe Bialski, tant d’adresses où le technicien était comme chez lui. À l’aube de sa majorité, Alex Dupont tranche. La poissonnerie familiale avenue des Bains ne sera pas son quotidien. Il opte pour le choix d’une vie, le football, sans pour autant déroger aux traditions. « Souvent, poursuit Bibi, quand il faisait signer un joueur qu’il appréciait beaucoup, il l’emmenait manger chez sa grand-mère. » Le vendredi midi, chez Antoinette, c’était « filet américain ou sole avec des frites. Il évoquait ce que c’est d’être Dunkerquois » .



« Parfois il allait se prendre une petite pinte au café Le Rallye pendant qu’on faisait des tours de terrain. » Julien, ancien joueur de Dupont
Rue de la Deuxième division blindée – où il grandira en partie – ou sur les bancs de France et de Navarre, l’enfant de Jean Bart était aussi un sacré malin. Attablé aux Dames du Minck, un bistro dans son jus, Julien l’a connu comme entraîneur. « Il était strict mais très positif, que ce soit dans la victoire ou la défaite. Si tu ne rentrais pas dans le moule, tu enchaînais les tours de terrain ou les séances d’abdos. Parfois il allait se prendre une petite pinte au café Le Rallye pendant qu’on faisait des tours de terrain (rires). Puis il revenait avec le sifflet à la bouche. Tous les entraîneurs faisaient ça à l’époque, c’était rigolo. Le football dunkerquois va le regretter. »



Philippe Bialski y va lui aussi de ses anecdotes : «  Je lui ai parfois servi d’alibi quand il voulait un peu trop s’amuser quand nous étions jeunes. Il m’appelait pour me dire, "Bibi, on a mangé là et tu étais avec moi". Après les matchs, quand il avait 25 ans, on prenait la voiture et il devenait DJ dans des boîtes à Nieuport. » Alex Dupont, alias David Guetta d’outre-Quiévrain ? « Bon, il y avait 300 personnes à peine, mais ça permettait de se faire un peu d’argent de poche et de passer des soirées mémorables. Il gérait vraiment aux platines. » En avril 2000, Alex Dupont croît bien faire en prenant des places pour ses amis le soir du sacre de Gueugnon en Coupe de La Ligue. Philippe Biaslki, encore : « Mon père était parlementaire (Jacques Bialski a été sénateur PS du Nord, N.D.L.R.) et on avait eu des places pour être à côté de Lionel Jospin. Mais Alex m’a dit, "t’inquiète pas, j’ai de très bonnes places pour toi". Je lui ai fait confiance, on s’est retrouvés tout en haut du Stade de France (rires). À Sedan, il nous a fait le même coup, on était sous la flotte tout le match. Mais on ne pouvait pas lui en vouloir. »


« Je savais qu’il avait passé des examens et qu’on lui avait décelé une tachycardie mais Alex continuait à faire du padel. Il était comme ça, on ne l’arrêtait pas. » Philippe Bialski, complice de toujours

Quand Dunkerque remonte, il disparaît...


Entre la Turbie et le Sénégal où il répartissait son temps depuis son retrait des pelouses, Alex Dupont mettait moins souvent le cap vers le Nord. Sans pour autant renier racines et engagements. « Nous avons une association qui vient en aide aux sans domicile fixe, aux réfugiés, aux personnes démunies, distille Bibi. Alex a ce côté très humaniste, homme de gauche, il faisait régulièrement des dons en me demandant de masquer son nom. C’était du Alex tout craché. » Un homme aux saillies mythiques, avec une gueule de Dunkerquois, un franc parler et une infinie volonté de croquer la vie. Mais pas assez patient pour enchaîner les putts au golf que tenait Bibi. « Ça n’allait pas assez vite pour lui, il disait que ça le faisait chier et préférait continuer sa balade » .


Symbole du destin, ce fils unique a quitté ce monde quelques semaines après le retour en professionnel de son club de toujours, 24 ans après la relégation dans la sphère amateur. En mai 1996, il était sur le banc pour l’ultime soir en D2. « Je l’attendais avec impatience pour le 29 août et notre premier match à domicile, souffle Jean-Pierre Scouarnec, président de l’USLD. Quand il revenait, il avait toujours un mot pour les éducateurs du club. Il se faisait un plaisir dingue de revoir Tribut en Ligue 2. Nous lui rendrons un hommage très appuyé. Sa disparition m’a véritablement coupé les pattes. » Et celles de Philippe Bialski, évidemment. « C’est moi qui ai annoncé la nouvelle à sa maman, qui vit toujours à Dunkerque après avoir tenu un magasin de vêtement avant la retraite. Je savais qu’il avait passé des examens et qu’on lui avait décelé une tachycardie mais Alex continuait à faire du padel. Il était comme ça, on ne l’arrêtait pas. Si seulement nous avions pu vivre d’autres moments avec lui, il était au début de sa retraite... » Sûr que dans sa tête, de là-haut, le Sir fait encore la bande à entendre les carnavaleux chanter. Et qu’il trinque, chez Borel, comme à la bonne époque. Par Florent Caffery, à Dunkerque