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Adil Rami : « Ici, on m'appelle Capitão »

Le 19 mai dernier, le Boavista Futebol Clube a arraché son maintien en Liga Nos, lors d’une dernière journée tendue et un succès sur la pelouse de Gil Vicente (1-2). Pilier de cette aventure, Adil Rami a fondu en larmes au coup de sifflet final. À 35 ans, le défenseur central revit. Pour sa première saison au Portugal, il est vite devenu le leader d’une formation rajeunie par l’arrivée de 19 nouveaux éléments, sous la houlette de Luís Campos. Le champion du monde 2018 s'attarde sur une saison forte en émotions, marquée par ses émotions portugaises, le titre lillois et les échéances des Bleus.

Boavista a acquis son maintien en première division portugaise au terme de l’ultime journée de championnat. On vous a senti très ému après cette victoire.
Je crois que cela a été l’une des plus grosses émotions de ma carrière. Je n’ai jamais ressenti ce genre de risque de faire tomber un club, de faire pleurer des fans. J’étais habitué à voir des gens heureux, à me prendre pour un super-héros. Il s’avère que je n’étais pas prêt quand je suis arrivé à Boavista. Je les avais prévenus. Et je sais à quel point je peux être important dans un effectif. Il n’y avait que des jeunes, 19 nouveaux joueurs d’une vingtaine d’années. Luís Campos (qui pilote le projet, NDLR) et les joueurs avaient un énorme respect pour moi, qui limite me rendait mal à l’aise, parce que je n’étais pas apte à jouer.


« Pour que je me sente bien, il faut que j’aie des gros pecs, des gros bras, un gros dos. J’ai besoin de cela avant tout. Il y a des joueurs qui sont techniques. Moi, je n'ai pas énormément de qualités, mais je suis physique. »

Vous n’avez pu jouer que 22 matchs, à cause d’un début de saison tronqué par les blessures.
J’ai eu une blessure qui a duré près d’un an. J’ai fait une prépa physique à Cannes pour essayer de me remettre en jambe, mais j’avais cinq centimètres de différence entre les deux cuisses. J’avais beaucoup perdu du côté gauche. Je reprends la course au fur et à mesure, j’arrive à Boavista. Je fais deux entraînements avec l’équipe, après dix mois d’arrêt, et l’on me demande de jouer contre Porto (26 septembre 2020, NDLR), parce qu’on n’avait pas de défenseurs. Je ne me défile jamais, à partir du moment où je peux courir, je vais au charbon. Je joue alors que je ne connaissais pas encore le nom de mes coéquipiers. À la fin, on a perdu 5-0, et j’étais heureux comme jamais. Pas d’avoir perdu, mais d’avoir fait 90 minutes après avoir pensé arrêter le football. Beaucoup de joie pour ce que j’ai pu surmonter. Je pense que peu de personnes auraient pu le faire. J’ai eu un problème au genou en Russie, on m’a piqué le genou. D’un coup, on rentre en confinement, je n’avais plus de kiné, ni de médecin. J’ai reçu des menaces là-bas. J’avais beaucoup perdu musculairement, alors que l’aspect athlétique est mon principal atout. Pour être bon, pour que je me sente bien, il faut que j’aie des gros pecs, des gros bras, un gros dos. J’ai besoin de cela avant tout. Il y a des joueurs qui sont techniques. Moi, je n'ai pas énormément de qualités, mais je suis physique.



Vous êtes champion de France, champion du monde, finaliste de l’Euro, vainqueur de la Ligue Europa. Que vaut ce maintien à côté de tout ça ?
C’est une sensation incroyable, j’ai gagné des titres, j’ai joué contre Messi, Ronaldo, Neymar, les meilleurs joueurs du monde. Et tu te dis que tu vas peut-être faire tomber un club en deuxième division. C’est impensable pour moi, je suis bien trop compétiteur. C’est pour ça que j’ai explosé en larmes. Je me disais que le football était trop beau. Il faut le vivre pour le comprendre.

On n’est pas habitué à vous voir exprimer ce genre d’émotions. C’était une vraie libération ?
Après le match contre Porto, je suis tombé malade. Je n’avais plus de jus, plus d’énergie, c’était compliqué. L’entraîneur m’en demandait beaucoup plus, alors que je n’étais pas prêt. J’ai enchaîné quatre à six blessures, entre septembre et décembre. Je suis sorti trois ou quatre fois du terrain. La jauge d’émotion se remplit, là. Je voyais mes coéquipiers, des jeunes, qui avaient besoin de leur grand frère. J’étais impuissant, et ça me rendait triste. Et moi, je ne triche pas. Je ne lâche rien sur un terrain, et c’est un énorme contraste pour les gens qui sont habitués à me voir faire le con. Dans l’ombre, je travaille énormément, mais les gens ne le savent pas.

Donc le tournant de votre saison se situe vers décembre ?
Le coach a commencé à comprendre comment je fonctionnais. En janvier, comme je me suis remis à enchaîner, je leur dis que je continuerai à aller m’entraîner tous les après-midis : gainage, force, prévention, tout ! Et je paye de ma poche, parce qu’ils étaient tellement gentils et sains, que je me devais de faire ça. On commence à me donner le brassard de capitaine. Jusqu’au jour où l’on fait une réunion, et Chidozie Awaziem, le jeune qui avait le brassard jusque-là, était un peu dos au mur. Il a dit qu’il devait me confier le capitanat par respect. Et là, j’ai dit à tout le monde : « On ne craint plus rien. » Je connais mes énergies, je connais ma mentalité. Je reçois un SMS de Luís Campos qui me dit : « Adil, je ne veux pas voir ce club descendre. »

Vous avez remercié publiquement Luís Campos après avoir validé le maintien.
Luis, tout le monde le connaît, mais les gens ne savent pas à quel point il est simple. Quelques jours après ce match contre Porto (0-5), il me convoque et me dit : « Je suis fier de toi, ce que tu as fait est inhumain. Je voulais juste de remercier du fond du cœur. » Et là, j’ai senti autour de moi des mecs incroyables. T’as envie de t’arracher pour ce mec. Je me suis excusé parce que j’avais été catastrophique et que je ne pouvais pas donner plus. J’avais tout fait pour revenir à haut niveau, mais il me fallait du temps.

L’idée n’était pas du tout de venir en touriste ?
L’image du nighter, du mec qui fait la bringue... Ce n’est pas moi, ça. J’ai la tête sur les épaules. On a eu une réunion en décembre. J’ai dit qu’il y avait un problème, qu’on n’était pas synchro avec le staff médical. J’ai proposé qu’on me laisse un mois avec mon préparateur physique, que je ne joue plus pendant ce temps-là. Je viens aux entraînements, faire des soins avec le staff médical le matin. Et tous les jours, je vais enchaîner un deuxième entraînement avec mon préparateur physique. On était derniers. Et là, je commence à enchaîner les matchs, et c’était parti. On sortait de la zone de relégation, et on y retombe, on en ressort. Mais plus je jouais, plus je me sentais fort, serein. Et je suis arrivé à un stade où j’ai senti que l’équipe ne pouvait plus se passer de moi. Ni le club ni les supporters, alors qu’on disait que je m’en foutais un peu, que j’étais en vacances, que j’étais là pour prendre mon argent. J’étais un peu chahuté par les propos des supporters. Limite c’était méchant... Mais à partir de janvier, je sens les vestes se retourner, et que tout repose sur moi. Alors oui, il y avait des joueurs qui marquaient des buts, des leaders techniques, comme le petit Angel Gomes, mais derrière j’ai senti que j’étais le socle de l’équipe. Et j’ai redoublé, retriplé d’efforts quand je me suis senti le leader indiscutable. Et si je faisais une sortie, si je manquais de sommeil et que je me blessais ne serait-ce qu’une semaine, je me disais : « C’est mort, ils vont tous tomber. » Même dans la communication, quand je leur parlais, j’essayais de les rassurer. Le match retour contre Porto (13 février), on menait 2-0, et je me fais mal. Je me suis dit que je n’allais pas prendre de risque. Il restait 20 minutes, on menait toujours, et je pensais qu’ils allaient tenir la baraque, parce que je ne voulais pas me blesser trop gravement pour la suite. Je suis sorti, et j’ai senti toute l’équipe en panique. On a fait 2-2.

En tant que leader, vous ressentiez beaucoup de pression ?
J’avais la pression, oui, j’avais une responsabilité. Boavista a une histoire au Portugal, ce n’est pas un club lambda. On le situe derrière le Sporting, Porto et Benfica, mais avant Braga et Guimarães. C’est un beau club, un beau stade, des supporters en folie. Donc à la fin quand on gagne, j’ai pensé à tous les jeunes avec qui j’ai joué, au fait que j’aurais pu les faire tomber, leur faire commencer leur carrière par une descente. Tout cela m’a rendu triste et fort en même temps. Je me lâche parce que c’était comme une famille, mes petits frères. On rentre, et je ne sais pas combien de milliers de supporters nous attendent, les supporters scandent mon nom, m’appellent Capitão. Je me suis réconcilié avec le football, c’était magnifique.

« Je ne pourrais jamais assez remercier Luís Campos, le président Gérard Lopez et Boavista. Ils m’ont relancé, m’ont donné la chance de pouvoir être là et encore vivre de ma passion. »

Après le derby contre Porto en février (2-2), la presse vous a décrit comme « la voix du commandement au milieu de tant de jeunesse » . Comment vous sentiez-vous à ce moment-là ?
Je sais que les gens n’aiment pas qu’on s’exprime avec cette franchise. Mais à ce moment-là, je me sentais top 3, voire top 5 pour être large des meilleurs défenseurs centraux au Portugal. Il n’y avait aucun attaquant qui pouvait me faire peur, alors que j’étais à 85 %.

Vous comptez vous établir sur la durée à Boavista ?
Si je reste, ils ont un Rami à 100 %, et ce sera une nouvelle aventure. La saison s’est bien finie, le public me respecte, comme le club et mes coéquipiers. Ils ont appris à me connaître. Je pourrais rester comme je pourrais aller voir ailleurs, mais je ne pourrai jamais assez remercier Luís Campos, le président Gérard Lopez et Boavista. Ils m’ont relancé, m’ont donné la chance de pouvoir être là et encore vivre de ma passion.

On sent votre mentalité de battant, de guerrier. D’où vient cette rage de vaincre ?
J’ai besoin de surprendre tout le monde. À 35 ans, quand tu vois les trois, quatre derniers mois que j’ai faits, tu ne vois pas l’âge. C’est de l’expérience. C’est très dur de m’abattre. On a essayé de me faire tomber. Des gens ont essayé de me salir quand des clubs français s’intéressaient à moi. Et l’on s’aperçoit aujourd’hui que ces clubs ont fait pas mal d’erreurs, c’est dommage pour eux, mais c’est comme ça.

La crise de la Covid-19 vous a empêché de connaître la clameur des supporters portugais, mais avez-vous tout de même ressenti la ferveur populaire ?
Ils venaient nous voir à l’hôtel ! Il y avait des réunions avec les leaders qui n’étaient pas contents à un moment donné, lorsque je ne jouais pas. Mais si tu regardes les images que j’ai postées sur Instagram, c’était incroyable, j’ai vraiment kiffé !

« À mes débuts à Lille, lors d’un match de Ligue Europa contre Liverpool, Rio Mavuba a échangé son maillot avec celui de Steven Gerrard, dont j’étais fan, pour que je puisse l’avoir. La grande classe. »

Vous avez joué en France, en Espagne, en Italie, en Turquie, en Russie et maintenant au Portugal. Comment définiriez-vous le niveau de ce championnat, par rapport aux autres grands championnats européens dans lesquels vous avez évolué ?
C’est quand même rude, ça joue ! C’est très jeune, et c’est ça qui est compliqué parce que ça te rentre dedans, et c’est très technique. C’est pas mal du tout. C’est beaucoup plus homogène que la Ligue 1, mais le championnat de France est beaucoup plus athlétique, physique. La Ligue 1 est quand même un cran au-dessus, on ne va pas se mentir. Aujourd’hui, quand je vois les équipes et les jeunes jouer en Ligue 1, c’est très très fort. Je ne disais pas ça avant, quand je suis parti en Espagne. La Liga c’est autre chose, mais ça m’a fait croire que le niveau en France était moyen, mais ce n’est pas du tout le cas.

Voilà dix ans que vous avez été champion de France avec le LOSC, et le club vient de réitérer l’exploit. Quelle vision avez-vous de ce titre ? L’exploit est-il supérieur au LOSC de 2011 ?
Je vais être honnête, je pense que ça se vaut, parce qu’en 2011, ça faisait tellement longtemps que Lille n’avait pas été champion (57 ans, NDLR). On a surpris tout le monde avec beaucoup de jeunes issus du club. Aujourd’hui, ce qui les rend magnifiques, c’est d’avoir pu lutter avec une équipe comme le PSG qui a un budget extraordinaire. Ils ont été tellement forts, c’était beau à voir.

Quels souvenirs gardez-vous de cette époque ?
Un super groupe. Un mec comme Rio Mavuba, ça a été mon grand, il a pris soin de moi. À mes débuts, lors d’un match de Ligue Europa contre Liverpool (8es de finale, 2009-2010), il a échangé son maillot avec celui de Steven Gerrard, dont j’étais fan, pour que je puisse l’avoir. C’est un geste énorme pour un footballeur, la grande classe.



Quel regard portez-vous sur l’équipe de France qui s'apprête à disputer l'Euro ?
Comme le disait Didier Deschamps durant la Coupe du monde, on a peut-être des joueurs talentueux, une bonne équipe, mais ça ne suffit pas. Il mettait toujours en avant le sacrifice, l’entraide, le goût de l’effort. C’est bien plus important que le talent. C’est toute l’importance d’un coach comme Deschamps. Il faut sans cesse remettre ces valeurs en avant.

« Pour cette ambiance, cette cohésion de groupe, je compte sur un mec comme Paul Pogba, qui est très important. C’est un vrai leader. »

En 2018, l'équipe de France était bien sûr une grande force sportive, mais on sentait une osmose au sein du groupe. Vous y avez contribué justement. Pensez-vous qu’un autre joueur peut assurer cette fonction dans l’équipe de France d’aujourd’hui ?
Quand il y a un joueur qui est mal à l’aise, ou pas très bien, je fais tout pour le décontracter, le mettre en confiance. Je m’adapte au caractère des uns et des autres, plus ou moins réservés. Dans cette équipe, la plupart des joueurs se connaissent. Deschamps, avec son staff, fait un travail énorme pour que tout le monde soit en osmose, en bonne connexion. Il y a des joueurs comme Olivier Giroud, toujours gentil avec tout le monde. Des mecs comme N’Golo Kanté. Pour cette ambiance, cette cohésion de groupe, je compte sur un mec comme Paul Pogba, qui est très important. C’est un vrai leader, même dans la communication, avec Antoine Griezmann. Donc je ne me fais aucun souci de ce côté. Ce sont des bons mecs.

Que pensez-vous du retour de Karim Benzema ?
Ça n’a pas posé de problème et ça n’en posera pas, parce que c’est un gars qui est apprécié. Footballistiquement parlant, c’est un crack. Sur le terrain, il m’a toujours impressionné. Et humainement, j’ai de la chance de le connaître en dehors des terrains. Ça me faisait chier d’entendre du mal de lui, d’entendre des mots comme « racaille » , parce que ce mec-là n’est pas du tout influençable. Il est dans sa petite bulle, il travaille tous les jours, super professionnel, très gentil. Et en plus, il va vers les gens. Il va parler dans le vestiaire, toujours de manière positive pour faire avancer le groupe. Je suis vraiment content et pas du tout inquiet. Mais l’équipe de France ne doit pas oublier que, le talent c’est bien, mais sans goût de l’effort, sans sacrifice et une certaine culture de la gagne, on ne peut pas y arriver. C’est ce qu’on a fait pendant la Coupe du monde, et s’ils font cela, ça passera !

Propos recueillis par Clément Brasy