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« À Marseille, Nantes et Bordeaux, on est dans la même merde »

Que ce soit sur les bords de l’Erdre, de la Garonne ou de la Méditerranée, les combats sont, peu ou prou, les mêmes. Catalyseurs d’un football où dirigeants et supporters s’opposent, s’affrontent et séjournent dans deux univers diamétralement opposés, l’OM, le FC Nantes et les Girondins de Bordeaux sont englués dans une crise profonde. Session confidence entre supporters, histoire de vider leur sac face à Eyraud, Kita et Longuépée.

Modififié
Casting :

Nicolas, 38 ans, membre de la Brigade Loire à Nantes,
supporter depuis l’enfance
Florian, 42 ans, membre des Ultramarines 1987 à Bordeaux,
supporter depuis toujours
Wahid, 32 ans, membre des MTP,
abonné au Vélodrome depuis 2001





Si un mot devait résumer votre relation entre la direction et les supporters dans votre club...
Nicolas : Inexistante, ni plus ni moins, et ce n’est pas une caricature.
Florian : Inexistante.
Wahid : Glaciale, voire unilatérale.

Ça commence fort...
Wahid : À Marseille, la relation existe vraiment, sauf que tu as un président qui est hyper manipulateur. On a régulièrement des tables rondes entre les groupes de supporters et la direction, environ cinq à six par an. Sauf que c’est clairement « je vous écoute et je ne retiens rien » .
Florian : Du côté de Bordeaux, on a coupé les ponts avec Longuépée en septembre 2019. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’était le scandale de la billetterie. On s’est rendu compte qu’il simulait le virage fermé pour vendre des places plus chères dans d’autres tribunes. C’est une technique de salles de concert pour faire en sorte que les gens soient éparpillés de manière équilibrée sauf que dans un stade de foot, ce n’est pas possible, surtout à Bordeaux où la tribune la plus remplie est celle du virage.
Nicolas : C’était déjà une grande lutte avant Kita. Avec Gripond (Jean-Luc), Roussillon (Rudi) etc., c’était compliqué. Il y avait certes des réunions entre dirigeants et supporters, mais ça n’était pas très équilibré. Quand Kita est arrivé, il a aussi fini par faire quelques réunions avec nous, mais c’était une catastrophe. C’était du mépris absolu, on devait laisser faire Monsieur Je-sais-tout et basta. Il sait très bien enjôler les situations, il séduit son auditoire, mais avec des gens comme nous qui étions déjà avertis, ça ne pouvait pas aller.

Il n’y a jamais eu une once d’optimisme à l’arrivée de Kita, Longuépée ou Eyraud ?
Nicolas : D’un point de vue défense du club qui est notre credo, on a analysé son passé. Force est de constater que les pratiques qu’il avait eues au Lausanne Sports ont eu des effets, il avait mis en place un système qui lui permettait de détenir l’ensemble des actifs dans une société et de faire porter toutes les charges au club. Le jour où il a lâché le système, ça a été la banqueroute. Dès qu’il est arrivé, les radars étaient tous en alerte, on avait regardé le pedigree du loulou. Il a commencé à faire des déclarations en disant que c’était super ce qu’avaient fait nos glorieux anciens comme Suaudeau, Denoueix, etc., « mais les gars, vous allez voir ce que vous allez voir » . Il a viré les anciens Nantais au centre de formation pour mettre sa patte. Treize ans plus tard, on ne voit aucune différence dans la gestion du club.
Florian : On a travaillé une dizaine de mois avec Longuépée, comme ça avait été le cas avec Stéphane Martin et Jean-Louis Triaud, ses prédécesseurs. On a tenté d’organiser une relation normalisée. J’ai un entretien avec lui, en tête à tête, pendant un long moment. Je lui donne toutes les ficelles pour que ça se passe bien avec les supporters, mais il n’écoutait que lui, avec son ego surdimensionné. Surtout, il ne comprend absolument rien au football et donc aux supporters. L’une des rares fois où il s’est exprimé, au moment de Bordeaux-Nîmes qui avait été arrêté (en décembre 2019, NDLR), il nous a parlé des valeurs du club. Il était là depuis un an et il est venu nous expliquer les valeurs du club que nous mettons en pratique depuis 1987... C’est hors sol.
Wahid : De l’optimisme, il y a en a eu pour la majorité des supporters. On passait d’un directoire un peu olé-olé avec Labrune et sa bande, à un homme d’affaires très stratège. Il parle business plan bien défini sur cinq ans, d’avenir. Ça rassure, il y a aussi une volonté de se battre pour le titre régulièrement. Mais il y a certains supporters qui ont vu en lui d’entrée de jeu un truc louche. Ça paraissait trop beau, trop calculé, trop chirurgical. Au fond, dans le foot, faire un plan sur cinq ans, c’est utopiste, irréalisable avec des moyens limités. Il te dit : « On a 200 millions d’euros, voilà ce qu’on va faire. » Mais on n’est pas le Qatar, ce n’était pas jouable.

« Bordeaux a des grands supporters, mais on a toujours vécu dans un club ambitieux, et là, c’est évident qu’on attire moins la nouvelle génération... On a bunkérisé la plaine du Haillan. Quand j’étais gamin, c’était grand ouvert, on avait accès aux joueurs, c’était énorme. » Florian (Bordeaux)

Et la colère finit par monter crescendo...
Wahid : L’une des premières manifestations est en Ligue Europa (face à Konyaspor, en septembre 2017). On fait grève un quart d’heure. Fin 2016, il arrive, et un an après, il y a déjà des grèves. C’est sûr que nous ne sommes pas faciles, qu’il y a de l’exigence, mais on n’aime pas être pris pour des cons. À l’époque Pape Diouf, les premières années, tu as les supporters derrière toi parce que le président est clair et droit dans ses bottes. Sauf qu’Eyraud a commencé à attaquer un peu les supporters, notamment avec cette histoire de tisane (le président recommandait aux supporters de boire une tisane pour se calmer sur la période du mercato, NDLR). Tu peux faire abstraction quand il y a les résultats, mais tu te fais démolir quand ça ne suit plus.
Nicolas : Kita déboule en 2007 et dès 2008, il y a des premiers cortèges sur le sujet. En 2009, on descend en Ligue 2, et c’est déjà plein pot, on comprend qu’on va dans le mur.
Florian : La genèse du conflit est surtout idéologique et identique à ce qu’il se passe à Nantes et Marseille. On a vu des dirigeants qui dénaturaient l’histoire. Le terrain devient secondaire et on veut développer une marchandisation à outrance. À Bordeaux, on voulait mettre en place une internationalisation du club totalement utopique qui n’a eu comme résultat que de se couper de la base. C’était à l’extrême. L’identité visuelle a été changée en Bordeaux Girondins, le logo a donc changé. Le but est de toucher la terre entière, mais ça n’a pas du tout été le cas.
Nicolas : Nous, on vit le club au quotidien, pas seulement le samedi soir ou le dimanche à 17h. On sait ce qu’il se passe en interne, dans les médias, les projets en vue, etc. Notre seul leitmotiv, c’est « est-ce que ça sert les intérêts du club ou non ? » Et il est bien rare qu’une décision ne soit pas dénoncée de notre côté, car effectivement, l’intérêt personnel et court-termiste prévaut souvent.
Wahid : Le premier gros tic, c’est après la finale de C3 au printemps 2018. Cet été-là, le virage est totalement raté. On recrute Strootman, un joueur que j’aimais beaucoup et qui a été efficace, mais on avait déjà un milieu assez solide. Et derrière, il y a des offres pour Florian Thauvin. À la télé, Eyraud dit que même à 100 millions, il est intransférable et il ne discutera pas. On n’avait pas Maradona dans l’équipe. Vu nos moyens, ce n’est pas possible de dire ça. Et le moment où j’ai complètement lâché, c’est en octobre 2018 lorsqu'il a prolongé Rudi Garcia. Les résultats en Coupe d’Europe étaient catastrophiques. Il prolongeait un mec, alors qu’on ne savait pas du tout ce qui allait se passer durant la saison. Résultat, on s’est bien planté la gueule.

« À la Brigade Loire, on n’est pas dans la résignation. Mais au-delà, les statistiques en disent beaucoup. En 2002, on était 23 500 abonnés, aujourd’hui on est 6 000. » Nicolas (Nantes)

Pas mal de supporters finissent par être résignés au fil du temps ?
Nicolas : Ils sont très rares. Effectivement, pour certains, la passion s’est amoindrie, mais ils sont toujours dans le groupe, ils vont toujours au stade. À la Brigade Loire, on n’est pas dans la résignation. Mais au-delà, les statistiques en disent beaucoup. En 2002, on était 23 500 abonnés, aujourd’hui on est 6 000. Il y en a des résignés qui ont disparu, parce qu’ils n’ont pas retrouvé ce qu’ils cherchaient. Personnellement, j’ai trois fils, c’est aussi un peu pour eux que je continue ce combat, pour qu’ils vivent ce que j’ai pu vivre avec les belles heures du FC Nantes. Ensuite pour le groupe. Mais si le club venait à disparaître, il en pâtirait.
Florian : On a un peu testé notre capacité de rassemblement, et mi-février on était 700, ça nous a un peu surpris. En juin 2020, on était 3 000. Bordeaux a des grands supporters, mais on a toujours vécu dans un club ambitieux, et là, c’est évident qu’on attire moins la nouvelle génération... On a bunkérisé la plaine du Haillan. Quand j’étais gamin, c’était grand ouvert, on avait accès aux joueurs, c’était énorme. Maintenant, il y a des stadiers partout, on a le sentiment que l’on éloigne les gens du football, de leur club. On voit un détachement des 15-25 ans, il ne faut pas s’en étonner. Heureusement, nous avons toujours des forces vives, des milliers de gens qui ont des liens et aimeraient que l’on se rapproche d’eux.
Wahid : Dans les groupes, ils n’ont pas pour habitude d’abandonner le club. Ils sont très soudés quand ils ont pris en cible la direction. Durant les périodes compliquées, les virages sont toujours garnis, que ce soit pour encourager ou exprimer de la colère. En revanche, si le stade était ouvert actuellement, je pense que les tribunes Ganay et Jean-Bouin seraient beaucoup moins remplies. Le désamour pour l’OM jamais, le dégoût jamais, mais avoir moins envie de suivre l’équipe, évidemment. Quand tu vois des joueurs qui n’en ont rien à foutre, forcément tu regardes moins.
Florian : À Marseille, Nantes, Saint-Étienne, il y a toujours une forte attache, mais il faut remettre les choses à l’endroit, ça ne peut plus durer. On voit bien qu’on ne peut pas faire sans les supporters, et c’est le message que l’on a fait passer aux joueurs. Le football sans supporters, ça n’a pas la même valeur et on ne demande pas d’argent, hein. On veut juste de l’écoute, de la reconnaissance, être impliqués dans la vie de nos clubs. Les plus anciens dans tous les clubs de France, ce sont les supporters. Tu as des mecs qui gèrent des groupes et connaissent tout de l’histoire depuis 30-40 ans, parce qu’ils vivent pour ce club. À un moment donné, il va falloir leur donner davantage d’importance.

« Le désamour pour l’OM jamais, le dégoût jamais, mais avoir moins envie de suivre l’équipe, évidemment. Quand tu vois des joueurs qui n’en ont rien à foutre, forcément tu regardes moins. » Wahid (Marseille)

On peut comprendre parfois, comme ce qu’on a vu avec les incidents de la Commanderie, que des mecs aient envie de tout casser quand ça ne bouge pas ?
Wahid : À la Commanderie, il s’est passé ce qu’il s’est passé, il y a eu une surmédiatisation. Finalement, on a plus tapé sur les supporters que sur la direction. C’est là que tu vois que la violence n’amène à rien, il y a eu des arrestations, des gardes à vue, des mecs devant le tribunal. Mais tu as attiré l’œil sur toi. Si on arrive à ce niveau-là d’incident, c’est qu’il y a quelque chose. Ça a éveillé tous les regards.
Florian : La violence est beaucoup plus médiatisée que le pacifisme, c’est évident. On a beaucoup plus entendu parler des 400 mecs à la Commanderie que les 700 au Haillan. Au niveau de l’impact, malheureusement, force est de constater que la violence fait plus parler, et l’action des Marseillais a mené à un élan populaire et fait bouger les lignes.
Nicolas : C’est compliqué comme sujet, je n’ai pas envie de faire un comparatif avec d’autres clubs. Il faut canaliser les troupes, c’est une évidence. On sait ce que ça peut avoir comme conséquences, mais il n’y a pas que la Brigade Loire. C’est toute la région nantaise qui est à bout de cette situation. C’est physique, il y en a certains qui ne vont pas supporter ça longtemps.
Florian : Notre état d’esprit est de mener des actions comme celles que l’on fait et on ne s’en détournera pas. Marseille restera Marseille avec son côté volcanique, une présence des quartiers plus forte qu’à Bordeaux. On essaye de maintenir nos troupes dans un cadre légal. L’été dernier, on a occupé le Haillan pendant une journée et il n’y a eu aucune casse.
Wahid : Il faut profiter de la force des groupes de supporters et l’utiliser dans des actions pacifiques ou avec des banderoles partout en ville. C’est ce qu’il faut faire en attendant de retrouver le stade.



Un stade, qui s’il était accessible en ce moment, aurait changé la donne ?
Wahid : La colère aurait été décuplée au Vélodrome. On a connu ça la dernière année Garcia où c’était très électrique et désagréable pour les dirigeants. Cette année, ça aurait été insupportable pour Eyraud d’avoir tout un stade contre soi, c’est terrible. Mais ça aurait évité sûrement les débordements de la Commanderie.
Florian : C’est avant tout là notre lieu d’expression. La direction peut remercier la Covid, sinon ça aurait été beaucoup plus compliqué pour elle. La pression qu’on est capable de mettre au stade peut être assez forte, notamment les tribunes vides. Là, il ne nous reste que des rassemblements, de la communication.
Nicolas : Ce qui sauve la situation pour Kita, c’est l’absence des supporters au stade, ni plus ni moins. La contestation aurait été encore bien plus visible.

« Après s’être pointé au premier entraînement de Domenech avec le Kita Circus, on s’est retrouvés sur CNN ! Il y a de quoi tomber de sa chaise. C’était un joli pied de nez à Kita qui a sorti le pare-feu en amenant quelqu’un encore plus clivant que lui. Sauf que le pare-feu, ça revient en boomerang. » Nicolas (Nantes)

Pourtant certaines actions, même en dehors des tribunes, ont été très visibles ces derniers temps...
Nicolas : Ça s’appelle l’imagination. (Rires.) Après s’être pointé au premier entraînement de Domenech avec le Kita Circus, on s’est retrouvés sur CNN ! Il y a de quoi tomber de sa chaise. C’était un joli pied de nez à Kita qui a sorti le pare-feu en amenant quelqu’un encore plus clivant que lui. Sauf que le pare-feu, ça revient en boomerang. Domenech lui apporte une visibilité mondiale, mais Kita a rapidement vu toute son œuvre être ridiculisée à cette échelle. Je pense qu’il doit encore s’en mordre les doigts. Toutes les actions que nous faisons sont inscrites dans le temps, c’est réfléchi. Et une bonne semaine avant le Kita Circus, il y avait déjà une référence sur une banderole à la Jonelière, mais les gens n’avaient pas vu le clin d’œil.
Wahid : En tout cas, les actions sont très rarement violentes. Ce qu’on a vu à la Commanderie, c’était une première, mais tu sens que ça touche tout le monde. C’est comme quand on touche un membre de ta famille, tu le ressens au plus profond, tu as envie de déplacer des montagnes pour que ton fils ou ta femme aillent mieux. J’ai un resto à Marseille, chaque jour des petites mamies ou papys qui ne suivent pas le club sont au courant de ce qu’il se passe. Une mamie me dit : « S’il n’est pas content ce gars, qu’il se casse de la ville ! » Et pourtant elle ne suit pas l’OM assidûment, mais ça fait partie de sa vie, comme tous les Marseillais. Tu ne peux pas prendre le club et laisser de côté tout l’environnement, la ville, la politique, les gens. C’est une religion. J’avoue que c’est hyper complexe pour un président, mais il faut prendre en compte ce microcosme.


Quand on fait face à un mur niveau direction, comment aller chercher de l’attention au-delà ?
Florian : Niveau politique à Bordeaux, on a été instrumentalisés. Nous n’étions pas dupes, et nous aussi, nous avons instrumentalisé les politiques. Mais il y a eu de belles paroles du maire de Bordeaux qui, une fois élu, ne montre que très peu d’intérêt pour le club. (Pierre) Hurmic est venu à notre manifestation en juin, il s’est montré, il a dit que Longuépée n’avait pas la légitimité pour être à la tête des Girondins, et une fois élu, ce discours a disparu. (Les Ultras ont claqué la porte d’une réunion avec des élus en octobre dernier, NDLR.)
Wahid : Toutes les figures politiques se sont exprimées sur le cas de l’OM, même la ministre des Sports, qui est plutôt du côté des supporters. Ça fait plaisir. Mais on doit continuer les boycotts, les conférences de presse de groupes de supporters. Ces groupes sont très implantés auprès de la ville, et du département, il y a pas mal d’actions sociales. Donc quand les groupes sont touchés, tu vas automatiquement atteindre les élus.
Nicolas : Il a fallu des déclencheurs. C’est par palier. Le temps aussi a permis à certains de voir que la situation était toujours la même. Toujours plus d’entraîneurs, de joueurs qui circulent, un environnement malsain où tu parles d’évasion fiscale, de rétrocommissions, forcément politiquement parlant, ça fait débat. Les sponsors aussi sont pris à la gorge par cette image catastrophique. Chacun avait son seuil de tolérance, et les frasques cumulées – on parle quand même d’un club qui vire Gourcuff et fait l’objet d’une perquisition à la Jonelière la même journée – ont débouché sur une prise de conscience. Faut t’attacher quand tu suis le FC Nantes, un club pourri de l’intérieur.
Florian : À Marseille, pas mal d’élus sont montés au créneau, mais il faut voir sur la durée. Et finalement, de la même manière qu’avec Eyraud ou Kita, on ne peut plus du tout s’asseoir avec Longuépée et discuter. Il y a une personne à Marseille, à Nantes et Bordeaux qui bloque tout. C’est à chaque fois une personne qui met le feu. Et les politiques ne bougent pas.
Nicolas : On a mis le couteau sous la gorge à la scène politique nantaise lors des dernières municipales. On a écrit aux trois candidates qui étaient au second tour et nous avons demandé des engagements. Ensuite, ça a été silence radio, mais nous avons installé des banderoles nominatives un peu partout, et étonnamment, on a eu des réponses assez rapides. La maire Johanna Rolland a été réélue, nous avons été reçus par l’adjoint au sport, le directeur du cabinet de la maire, le directeur du service des sports. Nous n’avons pas vu la maire, mais de toute manière, le club n’est pas sa priorité. Donc je préfère que l’on voie des personnes qui connaissent le sujet. Le FC Nantes a toujours été un caillou dans la chaussure des politiques, c’est pour ça qu’ils s’en sont débarrassé en 2001, et ça a été la pire des erreurs quand on voit le résultat aujourd’hui.
Wahid : Tu sens vraiment que Nantes, Bordeaux et Marseille se ressemblent, qu’ils sont dans la même merde. C’est effrayant de voir une telle déconnexion.
Nicolas : On n’attend pas une oreille des politiques, mais il faut esseuler Kita. Et pour ça, il n’y avait plus grand monde autour, mais les politiques ne s’exprimaient pas. Là ça y est, ils s’inscrivent en faux. La reconnaissance de leur part, ce n’est pas notre credo, on souhaite juste vivre notre passion véritablement et arrêter la contestation. Pour ça, ce mec doit partir.



Comment ça va finir cette histoire ?
Florian : La pandémie sert aussi ces dirigeants pour étaler leur idéologie, notamment avec l’Agora OM par exemple. C’est se couper des supporters historiques, les faire partir et en trouver de nouveaux. Ces présidents donnent le sentiment que le supportérisme est quelque chose de superficiel, de pas structuré et qui s’invente comme ça. Ce n’est pas aux clubs de décider quels supporters doivent les représenter.
Wahid : On parle de mise en demeure, de dissolution déguisée des groupes de supporters. Bordeaux, depuis son titre de champion, est en chute libre. À Lens, il y a eu des années de galère, c’est terrible d’en arriver là. Le fossé se creuse, toujours plus. On sait très bien pourquoi Kita est à la tête du FC Nantes, il fait son business en loge le samedi soir, il fait bouffer ses entreprises comme il faut, et ça fonctionne comme ça. Eyraud, lui, veut faire de l’OM une équipe NBA, une franchise à l’américaine, sauf qu’il comprend que ça ne peut pas marcher.
Nicolas : Ne pas lâcher, c’est ne pas abdiquer, ne pas lui laisser le club. On ne veut pas voir notre patrimoine délité par un mégalomane totalement fou. Nous sommes les gardiens du temple, des valeurs de l’institution, de ce patrimoine nantais. Évidemment que ça fait débat au sein des supporters, on nous dit d’arrêter d’y aller, de lui donner de l’argent. Mais Kita n’attend que ça, justement, de ne plus avoir ce caillou dans la chaussure. On ne fait pas de l’anti-Kita primaire, on fait ça pour le bien de notre club.
Florian : Longuépée a appréhendé les Girondins comme on appréhende une entreprise qu’il souhaitait développer à l’international. Il a fait entrer dans le club des personnes qui n’ont aucune attache, qui ne sont pas supporters des Girondins, et petit à petit, tu perds l’âme du club. Nous, ça fait partie de notre vie, donc on ne lâchera pas... C’est incroyable ce mépris de classe que l’on ressent de directions qui s’approprient ces biens communs qui sont dans le cœur des gens. C’est scandaleux et ça ne mène à rien.

« Plus le foot se détournera de son côté populaire, plus il disparaîtra. L’essence même du foot, c’est l’équipe et les supporters. Plus on s’en éloigne, plus le foot perd de son charme. Au fil du temps, avec ces dirigeants, on tue le football. » Florian (Bordeaux)

Ça en dit beaucoup sur le football d’aujourd’hui...
Nicolas : C’est la culture de la possession contre celle du collectif. Il y aura de grosses modifications dans le paysage, et de plus en plus de gens s’en rendent compte. Les politiques ont encore du mal à mettre des mots dessus, mais ils comprennent qu’il y a un souci. Rien que le sujet des fumigènes qui fait débat dans les institutions, il y a dix ans, c’était un non-sujet, ça n’existait pas. On rattachait ça au hooliganisme. La bascule est en cours, ça aura lieu. L’effondrement des droits télé en sera l’une des causes, et la fracture sera intenable pour les clubs, les sponsors, les politiques.
Florian : Il y a un vrai danger : plus le foot se détournera de son côté populaire, plus il disparaîtra. L’essence même du foot, c’est l’équipe et les supporters. Plus on s’en éloigne, plus le foot perd de son charme. Faut inventer un autre modèle et être vigilant. Au fil du temps, avec ces dirigeants, on tue le football.
Wahid : À Marseille comme à Nantes et Bordeaux, on est à un point de non-retour, il n’y a plus de relation normale envisageable. Ce qui est sûr, c’est qu’aucun président n’a réussi à tenir face à la pression populaire à Marseille, ils ont tous trinqué. Il ne restera pas longtemps ici. Ce mec avec un ego surdimensionné fera tout pour aller jusqu’au bout. Donc il devra partir du navire OM.
Nicolas : Nous avons plusieurs générations qui n’ont rien vécu avec Nantes, mais force est de constater que le mouvement ultra est toujours suivi et qu’il prend de l’importance. Là où à une époque, nous étions marginalisés et jamais reçus par la mairie par exemple, on aura bientôt une troisième réunion en l’espace de quatre mois contre une tous les cinq ans avant. Nous avons aussi des discussions avec des anciens joueurs, il y a une considération du fait que nous sommes un acteur et ça a un impact sur les futures générations de supporters. J’ai 38 ans, j’me dis aussi à la place de ces jeunes, qu’est-ce que je ferais à vivre avec une nostalgie que l’on n’a pas connue ? C’est admirable. Mais ce sont des jeunes qui ont pu être bercés par les histoires de leur oncle, leur père. Il y a aussi la fierté d’appartenir à cette région. Et c’est aussi là que tu sens qu’on ne lâchera jamais. Pour notre club, comme à Marseille et Bordeaux.

Propos recueillis par Florent Caffery