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À Clermont, le ballon rond rattrape l'ovale

Contre Troyes ce dimanche à 15h, le Clermont Foot dispute le premier match de Ligue 1 de son histoire à domicile. Au stade Gabriel-Montpied, les Auvergnats seront au centre de l’attention de toute une ville, plus habituée jusqu’ici aux exploits de ses rugbymen, qui ne reprendront eux que début septembre. Tant mieux pour les footeux qui sont enfin sortis de l’ombre de l’ASM dans ce fief de l’ovalie.

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Clermont Foot, c’est le Barça. Enfin presque, mais rien à voir avec les maillots rouge et bleu du club auvergnat, fraîchement promu en Ligue 1. Si les Auvergnats se sont inspirés des Catalans, c’est parce qu’ils offrent la possibilité à leurs abonnés de revendre leur place en cas d’absence un jour de match, comme au Camp Nou. Une disposition imposée par le succès inattendu de la campagne d’abonnement, avec 8 735 cartes vendues sur les 13 500 places du stade. « On a dû limiter le nombre d'abonnés. On a été un peu dépassés par l’engouement j’avoue, même notre système informatique a été surpris puisqu'il a crashé deux fois » , se marre le président-propriétaire du Clermont Foot, Ahmet Schaefer. L’homme d’affaire suisse peut avoir avoir le sourire : sur cette terre de rugby, le Clermont Foot a enfin rencontré son public.

Sochaux, pare-chocs et Michelin


Cette « vague de soutien énorme » , comme la décrit le président, s’est formée peu à peu au cours de la saison dernière, celle de la montée. « Le club aurait déjà pu, ou dû, monter l’année de la Covid, puisque Clermont était 5e à l’arrêt du championnat. Mais l’équipe a su se relever de cette déception et aller chercher la Ligue 1, c’est très fort » , analyse Léo Corcos qui suit le CF 63 pour France Bleu Auvergne. Forcément, le public s’entiche de cette équipe qui a, en plus, le bon goût de proposer un football agréable sous les ordres de Pascal Gastien. Tant et si bien que les matchs passent, et que la ferveur grimpe jusqu'à l’explosion, le soir du 9 mai dernier. « On reçoit Sochaux, et ça peut être le match de la montée si Toulouse perd. On lance un appel à la mobilisation générale la veille au soir, seulement, parce qu’on devait négocier avec les restrictions Covid, etc. » , raconte Jipé, ultra clermontois. Il poursuit : « Le lendemain, on avait 1500 personnes autour du bus des joueurs, on n’avait jamais vu ça à Clermont. »


Depuis, l’engouement continue son petit bibendum de chemin, au point de venir chatouiller la cote de popularité de l’ASM Clermont Auvergne, club centenaire et emblème de la ville au même titre que les usines Michelin. Les autocollants « CF63 » squattent de plus en plus les pare-chocs, aux côtés de ceux des rugbymen. Pareil pour les maillots. « On est une ville de rugby et un territoire de football, ou l’inverse » , répète à l’envie Ahmet Schaefer, en citant le nombre de licenciés de chaque discipline dans la région : 19.000 footeux dans le Puy-de-Dôme, contre 5000 rugbymen. Le discours ambitieux du boss suisse a aussi contribué a réveillé le volcan clermontois, estime Jipé : « Claude Michy manquait d’ambition et disait ouvertement qu’il ne visait pas la Ligue 1 donc ça n’attire pas les gens. Ahmet Schaefer est arrivé, a parlé de Ligue 1, ça a suivi sur le terrain et boum » . Boum : voilà Clermont propulsé dans le club, assez sélectif, des villes représentées en L1 et en Top 14, avec Lyon, Paris, Bordeaux et Montpellier. Club qu'a quitté Toulouse depuis deux ans.



« L’ASM est un grand club européen et dans la région, c’est une tradition depuis un siècle, liée aux usines Michelin. Alors que nous, le Clermont Foot n’existait pas il y a trente ans. » Jipé, Nemetum Ultras

Fini le temps où les amoureux du ballon rond avalaient la route jusque Saint-Étienne ou Lyon pour voir de la Ligue 1. Mais le plus dur commence pour le foot clermontois : exister durablement dans l’ombre du géant de l’ovalie. « C’est arrivé un peu vite si on veut être honnête, mais dans le sport il n’y a rien de mathématique. Le club est parfois en avance sur les projets » , concède Christine Dulac-Rougerie, adjointe au maire de Clermont. Le projet en question : c’est l’extansion prévue du stade Gabriel-Montpied pour 2024. Après avoir évoqué la possibilité de démarrer la saison à Geoffroy-Guichard, le CF 63 pourra finalement débuter chez lui, à Montpied, après un été de travaux. Car pas question d’aller jouer au stade Michelin (19 000 places) qui appartient à l’ASM : chacun chez soi, et les ballons seront bien gardés.


Le temps de la cohabitation


« On a un stade, on joue dedans. Point » , tranche Jipé des Nemetum Ultras. Une question de principe, pas de rivalité avec les rugbymen avec qui il va falloir cohabiter de toute façon, alors autant que cela se passe bien estime Jipé : « L’ASM est un grand club européen et dans la région, c’est une tradition depuis un siècle, liée aux usines Michelin. Alors que nous, le Clermont Foot existe que depuis trente ans » . Difficile de rivaliser avec le poids sociologique et historique du rugby, mais aussi médiatique. Ce qui ne ravie pas tout le monde, à l’image de Véronique Soulier, présidente de l’amicale des supporters du CF 63 : « Qu’ils gagnent ou qu’ils perdent, on parle toujours de l’ASM dans les journaux. Nous aussi on existe ! » . Parole à la défense, avec Léo Corcos de France Bleu, qui reconnaît que jusqu’ici le Clermont Foot était au second plan, question de budget. Mais promis, cela va changer : « Cette saison on va assurer la même couverture que pour l’ASM : un journaliste rugby, un journaliste foot à domicile et à l’extérieur, parce que ça dépasse le cadre du foot, donc on a obtenu des moyens » .

« On se demandait si le bassin clermontois aurait suffisamment de partenaires pour soutenir deux clubs de haut niveau. » Thierry Fraisse, président de l’interclubs des supporters de l’ASM

La cohabitation s’harmonise donc, mais reste le spectre redouté d’un doublon : un match au Michelin en même temps qu’au Montpied. « On va essayer d’harmoniser les calendriers pour éviter cela » , promet Schaefer. En vérité, le principal enjeu en matière de cohabitation est économique. « On se demandait si le bassin clermontois aurait suffisamment de partenaires pour soutenir deux clubs de haut niveau. Surtout que les besoins au foot sont puissance dix par rapport au rugby... On se demandait si nos partenaires n’allaient pas partir côté foot » , avoue Thierry Fraisse, président de l’interclubs des supporters de l’ASM. A priori, non. Du côté de la mairie, Christine Dulac-Rougerie se veut rassurante : « Notre économie se tient bien avec l’Auvergne, le marché est suffisamment large pour pouvoir faire vivre ces deux clubs. En vérité, ça a créé une émulation. Toutes les entreprises du territoires ne sont pas engagées, ça va peut-être en réveiller quelques-unes. »

Ahmet Schaefer


Pour le portefeuille, ça devrait aller. Mais dans le cœur des clermontois, de quel côté penche la balance ? « Chacun reste rugby ou foot » , estime l’adjointe, également mère de la légende de l’ASM Aurélien Rougerie, « Mais ça s’estompe au fur et à mesure » . La question a même été débattue plusieurs fois à l’antenne assure Léo Corcos. Verdict ? « On a appris que certains supporters de foot sont aussi abonnés à l’ASM, et vice versa, mais ça reste une minorité » . Sans choisir un camp, des spécificités se dessinent. Côté ballon ovale, Thierry Fraisse explique : « On a un public familial, qui n’a pas les même codes qu’au foot. Nous on boit l’apéro avec les adversaires par exemple. En foot, ils savent chanter 90 minutes, alors que nous c’est plus en fonction du match » . Côté ballon rond, Jipé complète : « Le foot est plus populaire au sens propre, rien que par rapport au prix des places. Le rugby touche un public plus précis. On voit plus de maillots de foot dans des quartiers périphériques ou délaissés, là où on n’a jamais vu de maillots de l’ASM » .

La Yellow Army au front ?


Au dessus de la mêlée, Léo Corcos partage cette analyse : « Une partie de la ville se retrouve plus dans le foot, même si Clermont reste une ville de rugby avec un club qui fait partie de son patrimoine, de son histoire. Mais le Clermont Foot a placé l’Auvergne sur la carte du football maintenant, les footeux vont s’assumer » . L’emblème de cet attachement nouveau, c’est le buteur Mohamed Bayo, né au quartier Saint-Jacques et sorte d'Aurélien Rougerie du ballon rond. « C’est la figure de proue, il prend ce rôle à cœur, c’est un modèle pour les gamins de Saint-Jacques » , abonde le journaliste. Jipé rebondit. : « Il était à la CAN des quartiers, il vit toujours chez sa mère. Il a un impact sociétal auprès des jeunes parce qu’il a réussi en jouant à Clermont » . Le CF 63 ayant trouvé sa figure locale, sa place en première division, son public et ses sponsors, il ne lui reste plus qu’une case à cocher pour être l’égal de l’ASM : la ferveur.



« Une partie de la ville se retrouve plus dans le foot. Le Clermont Foot a placé l’Auvergne sur la carte du football maintenant, les footeux vont s’assumer. » Léo Corcos, journaliste à France Bleu

Avec sa Yellow Army, l’ASM Clermont tient sans doute le meilleur public de France en rugby. « Notre force, c’est surtout qu’on se déplace en nombre partout en France et en Europe, en plus des chants » , résume Thierry Fraisse. Les footeux vont-ils emboîter le pas ? En tout cas, les deux groupes d’ultras du club ont fusionné cet été pour donner naissance aux Nemetum Ultras : « On était dans la même tribune, la fusion était dans les cartons et la montée a accéléré tout ça. Ça coulait de source avec la Ligue 1 et tout ce que ça implique » , résume Jipé. Avec 600 places réservées au groupe en tribune, il y a de quoi faire. « Les gens qui voulaient s’abonner devaient passer par nous. Ça nous a permis d’échanger avec tout le monde, d’expliquer comment ça va se passer, de vérifier que les personnes en question voulaient contribuer à l’ambiance » , apprécie Jipé.

L’objectif : tirer l’ambiance de l’atypique stade Gabriel-Montpied vers le haut. Bonne nouvelle : le reste du public devrait suivre à en croire le rugbyman Thierry : « Quand on aime le sport on suit ça avec plaisir, même avec les copains du rugby. L’effet Ligue 1 a complètement changé la donne. Nous aussi on ira encourager Clermont parce qu’on est chauvin, peut-être même plus chauvin que supporter » . Après une saison historique, mais à huis clos, la ferveur du public clermontois reste donc la seule inconnue. « Déjà, on sera 8735 abonnés donc le stade ne sonnera jamais creux et le public clermontois a montré lors des gros matchs que ça fonctionne bien. Nous on va se donner les moyens que ça bouge, il faut que la mayonnaise prenne, mais je n’ai pas trop de doutes » , anticipe Jipé. En tout cas, tous les ingrédient sont réunis. Par Adrien Hémard Tous propos recueillis par AH.