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1991-2011 : La première vie du virage Auteuil

Entre 1991, et la création des premiers groupes ultras avec le soutien du PSG version Canal+, et 2010, et les incidents dramatiques avec le Kop de Boulogne débouchant sur le « plan Leproux » , le virage Auteuil a toujours été insaisissable : incarnation d’une identité francilienne ouverte pour les uns et repère de racailles et de gauchistes pour les autres, couvé par le club, mais rebelle à l’autorité. Histoire de la première époque d’un Virage qui a fini par échapper à ses créateurs, et à lui-même.

Écoutez l’épisode 7 de la série « Supporters » , série documentaire Audible Original, qui raconte la passion et la ferveur des tribunes du PSG.

Lorsqu’il s’est enflammé une dernière fois le 25 mai 2010, un soir de PSG-Montpellier, à presque 20 ans, pour célébrer ce qu’il savait être sa fin prochaine, le virage Auteuil était devenu bien plus qu’une tribune. Pour Christophe, qui avait passé des années dos à la pelouse et torse nu, elle était même devenue un « idéal de vie » . La naissance fut pourtant moins héroïque. En 1991, le PSG veut voir plus grand. À l’époque, le prince s’appelle Michel Denisot, et son Qatar, Canal+. Et qui dit télévision dit image. Alors, le Kop Of Boulogne (KOB), sa « fine fleur du macadam » et ses hooligans dérangent. Une alternative s’impose : des bons supporters, festifs et moins turbulents. Des discussions entre le club et quelques inconditionnels déjà présents à Auteuil, naissent les Supras, diminutif de « supporters ultras » . Une nouvelle ère commence. À l’aube de la saison 1991-1992, la tribune devient virage, à l’italienne, par contraste avec le kop, d’inspiration anglaise.

« Il y avait une vraie demande des gens »


À cette époque, Christophe a 15 piges. Il débarque à Auteuil et rejoint les « 30 pèlerins debout » qui s’y égosillent pour soutenir leur équipe et animer la tribune, derrière la banderole Supras. Quelques semaines plus tard, un vol de faucons atterrit à quelques mètres des Supras. À sa tête, Didier, un gars dont la carrière de supporter est déjà bien chargée. D’abord abonné chez les Boulogne Boys, il a appris à animer la tribune, mais la politique et la violence au sein du kop ont fini par l’exaspérer. Seulement, « une fois que tu as goûté aux chants et aux tifos, c’est comme une drogue » , confie Didier. Avec des voisins de tribunes, il trouve un nouveau blase : « Lutece » , comme la cité parisienne gallo-romaine, « Falco » , en référence à ces couples de faucons crécerelles qui nichent sur les hauteurs de Notre-Dame. Après un furtif passage en tribune K, les faucons décollent vers Auteuil et se posent à la droite des Supras, dans la partie haute du Virage.

Sous l’impulsion des Supras et des Lutece, le virage Auteuil se lève. « C’était du pur bonheur, s’enthousiasme Christophe. On est passés de 30 gus à chanter à 100, voire 200 mecs debout en six mois. Il y avait une vraie demande des gens. » Les résultats du PSG sur la scène européenne permettent aux timides d’entrer dans la danse. Le club, qui accorde déjà aux associations une subvention annuelle, participe aux frais des tifos qui prennent de l’envergure. Et les ambiances décollent. Christophe frissonne encore en évoquant ce PSG-Real Madrid de mars 1993 où son club se qualifie pour les demi-finales de la Coupe de l’UEFA : « En tribune, c’est mon plus beau souvenir. Il ne pouvait rien nous arriver. Le virage Auteuil faisait corps avec le terrain. Et pourtant, on était des gamins. »


Sortir de l’ombre du KOB


Les jeunots se lancent bientôt sur les routes de France pour suivre le PSG. L’occasion de perdre « les premières manches de bombers en allumant du chlorate » ou de sentir « les crocs des chiens des flics » . L’occasion aussi de côtoyer Boulogne, le grand frère. Car l’histoire du kop et du virage, c’est un peu celle d’une famille avec un stade qui accouche de deux gamins terribles. Boulogne, un aîné tumultueux, soucieux de demeurer l’enfant roi. Auteuil, un cadet candide admiratif des ambiances à l’italienne, des chants et des drapeaux. Un seul trait de caractère commun : l’amour du PSG. « Les premiers déplacements sont tendus, on prenait pas mal de baffes par le KOB, déplore Christophe. Mais on ne répondait pas. À l’époque, si tu veux exister, tu prends sur toi. »
Si Auteuil reste dans l’ombre du KOB, la tribune prend vite de l’ampleur au Parc. Les Supras mènent le bal. Ils comptent près de 500 membres au milieu des années 1990. James vit ça de plus haut dans la tribune, du côté des Lutece. C’est alors un « lambda » , supporter, mais pas ultra, qui vit son délire dans son coin. Comme la majorité des « viragistes » . Il se remémore ces années de maturation, en particulier la réception de Liverpool en demi-finales aller de la Coupe des coupes 1997, le You’ll Never Walk Alone « repris à l’unisson avec les Anglais » et les « échanges d’écharpes et de maillots à travers les grilles du virage avec les supporters des Reds » . Et ces deux finales européennes, à Bruxelles et Rotterdam...

Didier préfère ne retenir que la victorieuse. Celle du 8 mai 1996 contre le Rapid de Vienne, qu’il a pourtant « vécue dans la souffrance » . La courroie de transmission du car lâche à 80 km de Paris... Après quelques menaces au chauffeur, l’équipée repart à bord d’un autre bus. Et tous assistent au sacre européen du PSG. À la blessure de Raí, aussi, dont les adieux, en 1998, restent gravés dans la mémoire des viragistes. À la fin du match, il fond en larmes devant le virage qui l’honore sur l’air de Capitaine Flamme. « C’est une reconnaissance, témoigne Alex, surnommé Viola, qui deviendra l’un des leaders des Lutece et d’Auteuil. Le joueur emblématique du PSG qui vient partager son émotion devant cette tribune devenue la plus fervente du Parc. » À genoux, Raí les salue une dernière fois avant d’offrir son maillot à des supporters d’Auteuil rouge, le bas de la tribune, où une bâche s’impose depuis quelques années, celle des Tigris Mystic.

« Jamais dans la tendance, toujours dans la bonne direction »


Frédéric, un môme de Maisons-Laffitte, atterrit en Auteuil rouge en 1993 où il participe à la création des Tigris Mystic. Qui prennent de l’ampleur avec l’arrivée d’une nouvelle génération quatre ans plus tard, « une bande de jeunes qui a donné un coup de fouet à la tribune, confie un habitué du Virage surnommé Paris Latino, avec des chorégraphies plus sophistiquées et l’utilisation massive des fumigènes » . Surtout, les Tigris remettent en cause la dépendance financière des associations par rapport au club, non conforme à la « mentalité ultra » qu’ils veulent suivre. « Ils ont montré la voie de l’émancipation, confirme Viola, une condition indispensable pour développer un pouvoir de contestation. Avoir ses propres cars, des sortes de boîtes de nuit ambulantes qui ont permis aux groupes d’inculquer leurs états d’esprit respectifs à leurs membres » . Fidèle à l’un de leur slogan – « Jamais dans la tendance, toujours dans la bonne direction » –, emprunté au collectif de rap Scred Connexion, les Tigris Mystic guident le virage Auteuil de la candeur de l’enfance vers la fougue de l’adolescence.



Grandir, c’est s’affirmer et faire parler de soi. Dans l’univers ultra, faire le tifo et parfois les gros bras. Après une déconvenue, à l’été 1998, lors de la venue des ultras marseillais au Parc, la tribune apprend à se défendre. Ce qu’elle démontre en 2001, lors d’un fameux PSG-Galatasaray, premier match arrêté de l’histoire de la Ligue des champions. À la mi-temps, pris en étau par des milliers de supporters turcs, le virage pète un câble lorsque les Turcs s’amusent à lui balancer des sièges arrachés. « Il n’y avait plus d’ultras ou de lambda, témoigne James, on a tous été pris du même réflexe de survie. » Le match suivant, des leaders du KOB viennent féliciter les ultras d’Auteuil pour leur fait d’armes.

« Un vrai délire black-blanc-beur »


La plupart du temps, l’action collective reste néanmoins avant tout chorégraphique. Viola se remémore tous ces gamins, de tous horizons confondus, qui sèchent les cours pour venir au Parc peindre les banderoles. « Tu amenais tes packs de bière, ta musique. Il y avait une grande fraternité entre nous. À ce moment-là, même s’il y avait plusieurs groupes, on ne faisait qu’un. » Moteur de l’ambiance au Parc, principal pourvoyeur de supporters parisiens en déplacement, Auteuil paraît désormais puissant. Son unité est pourtant fragile. En creux, la diversité d’une tribune faite de groupes aux ambitions et aux états d’esprit divergents se fait sentir. Les Lutece évoluent dans leur coin, dans leur délire ultra et irlandais, avec leur Irish clan et leur musique ska. Avec aussi cette neutralité qui va bientôt exaspérer les autres groupes. « On aurait pu davantage œuvrer pour une identité commune, mais, chez nous, t’avais des mecs vachement isolationnistes » , explique Viola. Avec une coloration un peu différente de celle des Supras et des Tigris qui accueillent plus de jeunes issus de l’immigration. « Un vrai délire black-blanc-beur pas artificiel » , décrit Bobo, un des fondateurs de la K Soce-Team, un des sous-groupes de la mosaïque Supras. Tous le reconnaissent a posteriori : ce sont les Tigris qui ont fait passer la tribune dans une autre dimension. Ils l’ont imposée en déplacement et affirmée dans la rue.

Au milieu de la tribune réside une quatrième entité, moins connue : les Karsud, une scission des Supras datant de 1995. Une bande de potes difficile d’accès qui a pour ligne de conduite l’amitié, le PSG, Auteuil et la castagne. Une aisance dans la violence qui leur vaudra une réputation ambiguë, à la frontière d’un virage dont ils se revendiquent et d’un KOB avec qui ils partagent les bagarres. À cette époque, les Karsud alpaguent les autres groupes pour mettre en place un collectif et sceller l’unité du virage. En vain. On y perçoit les premières fissures d’Auteuil.

Réconciliation contre « le barbouze »


Mai 2003. Soir de fête au Parc des Princes. Les Tigris Mystic célèbrent leur dixième anniversaire. En guise de bougies, 322 torches. Et une banderole qui peut sembler anodine : « L’avenir est à nous ! » En face, le grand frère l’a mauvaise. Les « indépendants » , en clair les hooligans, encaissent mal ce qu’ils perçoivent comme une tentative de faire de l’ombre à Boulogne. « On avait encore le temps de grandir, c’est ce que l’on a voulu dire, se défendent les Tigris. Il n’y avait aucune intention d’affirmer une quelconque suprématie. » Pour certains, ce choix illustre une maladresse nourrie par l’arrogance d’un groupe qui a parfois manqué d’humilité, ce qu’admettent ses anciens leaders. Pour d’autres, le KOB cherchait un prétexte pour régler son compte à une tribune qui, depuis quelques années, assurait l’essentiel du spectacle. Au match suivant, à Auxerre, les premières échauffourées éclatent entre indépendants du KOB et Supras. Les autres groupes d’Auteuil ne bougent pas. Une semaine plus tard, au stade de France, pour la finale de la Coupe de France, les Tigris sont, cette fois, solidaires des Supras face à l’attaque du KOB. Pour la première fois, Auteuil répond vraiment. « Quand ça part en couilles en tribune, j’ai 200 types apeurés, mais avec la bave aux lèvres derrière moi, raconte Christophe. Et là, ça part. Je vois les mecs du KOB tout blancs, en stress. Après ça, les menaces de mort ont commencé... »

Pour enrayer le conflit, le PSG embauche à la tête de la sécurité du club Jean-Pierre Larrue, un ancien du GIGN. Ce dernier, surnommé « le barbouze » , réussit vite l’exploit de fédérer les anciens rivaux contre lui. « On se coltine l’union sacrée avec les types contre qui on se battait quelques mois avant... souffle Christophe. Mais notre mode de vie était menacé, c’était plus important que nos différends. » L’apothéose de la contestation survient un soir de PSG-Metz en décembre 2004 où Auteuil et Boulogne s’accordent pour embraser le Parc avec des tonnes de fumigènes balancés sur la pelouse. Lâchés par les médias, Francis Graille, le président du PSG d’alors, et son directeur de la sécurité, sont remerciés. « Il s’y est mal pris, retracent les Tigris, il a attaqué d’abord les ultras, du coup il s’est mis le virage à dos. Quand après il a davantage insisté sur la violence des hooligans, c’était trop tard, on ne voulait plus parler avec lui. » « Une occasion manquée des deux côtés » , estime Christophe rétrospectivement.

« Sale négro, retourne bosser au McDo »


Sans opposant commun, l’union ne dure pas longtemps. Après quelques escarmouches, les embrouilles reprennent lors d’un déplacement au Mans, en septembre 2005. « À la buvette, racontent les Tigris, un mec des Boys dit à un renoi de chez nous : "Sale négro, retourne bosser au McDo." Ça part en bagarre. Au retour au Parc, ils nous attendaient, ils n’auraient pas dû. On avait grossi les rangs. Eux en avaient perdu. On les a fait courir sur deux kilomètres devant la tribune Boulogne. » Une déconvenue pour les Boulogne Boys, une humiliation pour les indépendants, absents lors de la rixe. En représailles, lors du match suivant au Parc, les indépendants « ratonnent » tout ce qui ressemble à une « racaille » autour du stade. Ce conflit, les Supras ne s’en mêlent plus, blasés par l’épisode auxerrois ; les Lutece, toujours dans leur coin, encore moins. Quant aux Karsud, ils s’opposent d’abord verbalement puis physiquement aux Tigris. Les incidents se multiplient aux abords du Parc et au local des Tigris. La tension constante et la peur de voir un de leurs membres victime d’un drame ont raison de leur détermination. D’eux-mêmes, les Tigris prononcent leur dissolution à l’été 2006. Cinq ans plus tard, ils portaient sur leur aventure un regard sans concession : « Le virage Auteuil n’est qu’un mythe. En 20 ans, on n’a jamais vraiment fonctionné comme un virage, ou alors de façon sporadique. On était Tigris avant tout. »

Pour les leaders du Virage, les dés étaient pipés du fait des rapports « ambigus » entre le PSG et les indépendants du KOB : « Le club a toujours fait le jeu de Boulogne, en fermant les yeux et en embauchant certains de leurs gars pour avoir la paix » , estiment les Tigris. Une version réfutée à l’époque par le club. Reste qu’au quotidien, le PSG est plus gêné par Auteuil que par le KOB. « Gardien du temple » , le virage fait front contre les maillots qui ne respectent pas les « trois couleurs historiques » , se rebelle contre les velléités de déménagement au Stade de France ou contre l’augmentation du tarif des abonnements.

Les Authentiks trouvent le point G


Surtout, Auteuil allume des fumigènes. Beaucoup. Et compte sur un nouvel allié, les Authentiks, qui s’installent, en 2002, dans un territoire vierge à côté des Supras, la tribune G. « Auteuil était complet. On a alors tenté notre propre truc dans le prolongement du virage, se souvient Antoine, l’un des fondateurs. Les Supras nous ont conseillés, et les rapports sont vite devenus amicaux. On nous appelait les petits frères des Supras. » Le but : prolonger l’ambiance du virage en latérale. « En très peu de temps, confie Paris Latino, ils sont devenus un groupe incontournable de ce qui était devenu le VAG » , comprendre le virage Auteuil associé au point G. « Dans ces années de misère, on luttait pour le maintien, cette galère a renforcé les liens entre les gens » , indique James. Dans l’adversité, Auteuil renoue avec sa force et son unité d’antan.

Si les tensions avec Boulogne se sont apaisées depuis la disparition des Tigris, Auteuil est de plus en plus présent dans la rue. En point d’orgue, le déplacement à Marseille en 2009, lors duquel 400 viragistes déboulent gare Saint-Charles pour une invasion du centre-ville qui finit par se retourner contre eux. Avec l’arrivée de nouvelles générations et le recul de ceux qui ne supportaient pas la violence, le Virage s’est progressivement radicalisé. Dans cet engrenage, la K-Soce Team (KST) est souvent montrée du doigt. Chez les Supras, ce sous-groupe pèse et s’affirme à rebours des codes du virage. « Il fallait leur faire comprendre que le virage n’était pas l’endroit pour sortir des drapeaux palestiniens. À un moment, ils ont pris en main les déplacements, les tifos, ils étaient actifs. Revendicatifs même, surtout vis-à-vis de Boulogne » , explique Christophe. « Quand on a sorti un logo antiraciste, tout le monde nous est tombé dessus. On aurait dit que Boulogne n’attendait que ça » , remet Bobo. Le racisme latent et les querelles de suprématie qui nourrissent le conflit entre Auteuil et Boulogne resurgissent. Et pour la première fois, des membres du virage osent afficher, même en creux, leur antiracisme.


« Tout le monde pète un câble »


C’est en déplacement à Bordeaux, fin 2009, que les tensions larvées repartent complètement en vrille : « Comment tu veux retenir 80 mecs qui ont pris des gifles pendant 20 ans ? » soupire Bobo. « Et puis lors d’un Lille-PSG, ça prend une autre ampleur, note Jean-Philippe d’Hallivillée, alors responsable sécurité du PSG. Cette fois, c’est Boulogne qui attaque Auteuil. »
Sauf que dans ces luttes, le match nul n’existe pas. Le soir du 28 février 2010, les indépendants débarquent en furie devant le virage Auteuil, entonnant des chants nationalistes. Au départ surpris, les viragistes s’organisent et ripostent. Boulogne se replie et laisse sur le carreau Yann Lorence qui décèdera quelques jours plus tard. « Les gens sont attaqués chez eux, tout le monde pète un câble. Ça se passe devant les CRS et personne ne fait rien » , lâche Christophe. « Là, je me dis qu’on a vraiment touché le fond, soupire Frédéric. Pour moi, les tribunes et le virage Auteuil, c’est terminé. »

Quelques mois plus tard, les pouvoirs publics prononcent la dissolution des Supras et des Authentiks, pour leur implication présumée dans l’agression. « Après le drame, on ne pouvait pas prendre la parole, constate Christophe. Un mec est mort sous les coups de types de ta tribune. On a voulu dire notre vérité. Sans doute trop tard... » Avant cette tragédie, Auteuil n’a su se faire connaître ni des associations antiracistes, ni des acteurs politiques, ni des médias.

« This is the end »


Quelques jours avant le dernier match de la saison 2009-2010, des informations sortent dans Le Parisien sur les projets du PSG pour lutter contre la violence, le fameux « plan Leproux » , du nom du président du club de l’époque. Le soir de PSG-Montpellier, en tribune, pas un bruit. Jusqu’à la 75e minute où dans un tumulte assourdissant, des fumigènes s’allument dans les secteurs des Supras et Authentiks. « Virage Auteuil, virage Auteuil » , le VAG rugit une dernière fois avant de disparaître. Les Lutece déploient une banderole : « This is the end » . Après le match, les ultras s’éternisent dans les travées et commencent à envisager l’inconcevable : la vie sans leur virage. « Il devait être minuit, je suis sorti tout seul, à me faire un trip à aller toucher les murs. Je disais adieu à ma tribune » , murmure Viola. « Les tifos, les matchs, les déplacements, la proximité avec les potes, ça me manque, avoue Christophe. C’était vivant, enrichissant, une fourmilière de talents. À l’opposé, les embrouilles, les menaces, ça ne me manque pas. Ultra, c’est une vie de fou. Tu ne peux pas la vivre longtemps. »

La deuxième vie du virage


Après six années de revendications et de négociations, souvent âpres, au cours desquelles James s’est affirmé comme un des leaders des supporters contestataires, des ultras reviennent au Parc des Princes en octobre 2016. QSI souhaite alors retrouver une ambiance digne des prestations de ses joueurs sur le terrain. De leur côté, les principales factions de supporters militant pour retrouver le Parc et s’inscrivant, pour la plupart, dans la filiation du virage se sont rassemblées au printemps 2016 au sein du Collectif Ultras Paris (CUP). Les discussions entre le PSG et le CUP aboutissent à un accord. Le choix de la tribune accueillant le CUP est tout sauf anodin. Ce sera Auteuil, comme une évidence.

Dès lors, la tribune renaît derrière une nouvelle bâche, sous l’impulsion d’un attelage d’anciens et de modernes. Au sein du CUP, les jeunes générations d’ultras parisiens, biberonnées à l’histoire glorieuse du virage Auteuil qu’ils n’ont pas connu, côtoient des figures de sa première époque. Nicolas Boffredo, alias Bobo, a été élu président du CUP en octobre dernier, en remplacement de Romain Mabille, lui aussi rattaché à la K-Soce Team. Mais de nombreux anciens membres actifs du virage, comme Viola, Antoine ou Christophe, ne se sont pas lancés dans cette nouvelle aventure, préférant vivre avec leurs souvenirs.



Écoutez l’épisode 7 de la série « Supporters » , série documentaire Audible Original, qui raconte la passion et la ferveur des tribunes du PSG.
– Par Anthony Cerveaux, avec Franck Berteau, Mathieu Faure et Nicolas Hourcade // Tous propos recueillis en 2011 par Anthony Cerveaux, Franck Berteau, Mathieu Faure et Nicolas Hourcade
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