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Hervé Renard : « On n’est pas obligés de marquer pour gagner une finale »

Qui a dit que les matchs nuls sans but étaient forcément ennuyeux ou inutiles, voire les deux ? Voici cinquante raisons de penser le contraire, avec des rencontres privées de tremblement de filet qui ont pourtant marqué l'histoire du football. Numéro trois : la finale de la CAN 2012 entre la Zambie et la Côte d'Ivoire. Huit ans plus tard, Hervé Renard revient sur la belle aventure zambienne et sur ce 0-0 pas comme les autres.

Modififié

#3: Zambie-Côte d'Ivoire, 2012

Zambie - Côte d'Ivoire

Coupe d'Afrique des nations (finale), 12 février 2012

Dans l'imaginaire collectif, le 0-0 est un score triste. Le synonyme de l'ennui et la promesse que les filets n'ont pas tremblé pendant 90 minutes ou plus. Mais dans le monde d'Hervé Renard, c'est différent. L'entraîneur français pourra difficilement dire le contraire : le 0-0 est un score qui lui porte bonheur. Mieux, c'est un résultat synonyme de sacres et de joies extrêmes. En 2012 comme en 2015, sur les bancs de deux sélections différentes, Renard aura attendu la séance de tirs au but pour voir le tableau d'affichage bouger en finale de la CAN. Les deux fois, il est reparti avec le trophée tant convoité. Et si la finale épique de 2015 entre sa Côte d'Ivoire et le Ghana aurait largement pu figurer dans ce top 50, il faut s'attarder sur celle de 2012, entre sa Zambie et la Côte d'Ivoire (décidément, le destin est taquin). Son premier coup de maître. Personne n'attendait les Chipolopolos, ils ont écrit leur histoire sur les pelouses du Gabon et de la Guinée équatoriale. Aujourd'hui, Hervé Renard se trouve au Sénégal, à plus de 5000 kilomètres de son premier amour africain, en attendant de pouvoir retrouver les terrains avec l'Arabie saoudite. Et il accepte de revenir, malgré des problèmes de réseau, sur la formidable aventure zambienne.


Maintenant, vous pouvez le dire : le plan de cette finale, est-ce que c’était de tenir le 0-0 ?
(Rires.) Non, le plan, c’était de gagner le match. Bon, on aurait signé pour marquer avant la fin du temps réglementaire pour ne pas souffrir aussi longtemps, c’est sûr. On avait beaucoup de respect pour la Côte d’Ivoire, mais on n’avait pas peur d’eux. Je me souviens d’une question d’un journaliste en conférence de presse avant la finale,
« Bon, il y avait certainement un peu d’arrogance de ma part, mais c’était pour faire comprendre qu’on pouvait le faire. »
il me demande comment on va réussir à battre une équipe qui n’a toujours pas pris un but dans le tournoi. Ma réponse : « On n’est pas obligés de marquer pour gagner une finale. » (Rires.) Bon, il y avait certainement un peu d’arrogance de ma part, mais c’était pour faire comprendre qu’on pouvait le faire.

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Revenons quelques mois avant cette finale. Après un premier passage sur le banc de la Zambie (2008-2010), la Fédération vous rappelle à l’automne 2011 à quelques mois de cette CAN. Comment se passe cette approche ?
J’étais resté en bons termes avec le président Kalushya Bwalya, qui avait gardé en mémoire le travail effectué les deux premières années. Il est venu me voir après le départ du sélectionneur (Dario Bonetti). Je suis à l’USM Alger, mais j’avais eu la bonne idée de mettre une clause dans mon contrat me permettant de partir si la possibilité de diriger une sélection nationale se présentait. J’ai réussi à me libérer, les dirigeants ont compris. Et j’ai pu retrouver un groupe que je connaissais par cœur.


En 2010, vous atteignez déjà les quarts de finale de la CAN, une première pour la Zambie depuis quatorze ans. Quel est l’objectif avant ce nouveau tournoi ?
On avait fait un quart de finale contre le Nigeria, c’est vrai. D’ailleurs, c’était déjà un 0-0 et une séance de tirs au but. (Rires.) On avait perdu, mais on avait fait un très bon match, on n'était pas loin du dernier carré, donc ce n’était pas une si grosse surprise de nous retrouver loin en 2012... Les retrouvailles ont créé une émulation. L’objectif, c’était déjà de faire mieux qu’en 2010, c’est-à-dire faire une demi-finale. Mais sans trop le crier sur les toits, ça aurait fait sourire venant de la Zambie.

Quelle place occupe le foot dans un pays comme la Zambie ?
La Zambie, c’est déjà un pays assez méconnu, notamment vu de France.
« La Zambie est un pays assez méconnu, notamment vu de France. C’est un pays magnifique, paisible. J’ai passé quatre superbes années à Lusaka. J’ai aussi atterri là-bas grâce à Claude Le Roy. »
C’est un pays anglophone, un pays magnifique, paisible. J’ai passé quatre superbes années là-bas, à Lusaka. Évidemment, le foot y est le sport numéro 1. J’ai aussi atterri là-bas grâce à Claude Le Roy. Le président cherchait un jeune entraîneur, je lui avais posé la question : « Au niveau africain, ça vaut quoi la Zambie ? » Il m’avait répondu que c’était une très bonne équipe et qu’il y avait un réservoir de très bons joueurs. Qui de mieux que Claude Le Roy pour parler du foot africain ?

Parmi les 22 joueurs sélectionnés pour la compétition, seul Emmanuel Mayuka évolue en Europe. Pour vous, c’était un avantage d’avoir un groupe de joueurs issus des championnats africains ?
Oui, oui, c’était bien, surtout qu’ils étaient nombreux à jouer en Afrique du Sud, où on faisait chaque préparation. Il y avait une cohésion naturelle, les joueurs aimaient rester ensemble. Par exemple, ils détestaient avoir des chambres individuelles, il fallait toujours qu’ils soient trois ou quatre par chambre. C’est une culture différente. Puis, quand ils comprennent le message, quand ils croient en vous, ils donnent tout. Et cette année-là, c’était l’osmose parfaite.



Vous battez le Sénégal en ouverture (2-1), vous éliminez le Ghana en demi-finales (1-0), deux favoris. Est-ce qu’on vous prend au sérieux avant la finale ?
Il faudrait retrouver les chiffres des bookmakers à la veille de la finale.
« Il faudrait retrouver les chiffres des bookmakers à la veille de la finale. Je pense qu’il n’y avait pas grand monde pour miser sur nous. »
(Rires.) Je pense qu’il n’y avait pas grand monde pour miser sur nous, le pourcentage ne devait pas être très élevé. Sauf que de notre côté, on savait qu’on pouvait le faire. C’était aussi ça, la force de ce groupe.

La finale se joue au stade d’Angondjé, à Libreville, qui se trouve à une dizaine de kilomètres du lieu où 18 joueurs zambiens ont perdu la vie le 27 avril 1993 dans un accident d’avion. Était-ce une symbolique importante pour votre groupe ?
Ça a toujours été mon levier. Il faut se rappeler qu’il y avait deux pays organisateurs : le Gabon et la Guinée équatoriale. Il se trouve qu’on a toujours joué en Guinée équatoriale avant la finale. En regardant le tableau, je l’avais remarqué. Je l’ai dit aux joueurs : « Le seul moyen de rendre hommage à la Zambie de 1993, c’est de jouer la finale le 12 février. On sait ce qu’on a à faire. » C’est texto ce que je leur ai dit. C’était notre moteur : si on voulait jouer au Gabon, il fallait aller en finale.


Quarante-huit heures avant la finale, vous vous rendez sur la plage de la capitale gabonaise où s’est écrasé l’appareil. C’est un moment fort.
On a été sur cette plage, sans trop parler, sans un mot. C’était important pour les joueurs, le staff, la direction, d’aller se recueillir. C’était fort, oui. C’était un devoir de mémoire. Il faut dire qu’en 1993, c’était certainement la meilleure équipe de Zambie de tous les temps. Cette histoire, ce symbole, c’était un élément important dans notre succès, même si cela ne suffit pas pour gagner une CAN.



À l’époque, vous répétez même que c’est un signe du destin. Avec le recul, vous pensez toujours que c’était votre destin de remporter cette CAN 2012 ?
J’y crois, ouais. Chacun a ses croyances, ses convictions. J’y ai cru. Et quand on se force à y croire et qu’on s’aperçoit qu’on n'est plus très loin de la réalité, ça donne des ailes.

Pourtant, il y a quelques signes négatifs avant la finale : votre équipe reçoit, mais elle n’a pas le droit de porter son maillot orange, on vient vous demander de retirer les survêtements avant les hymnes... Cela doit vous agacer.
Oui, ça agace sur le moment. Après, on a pu en sourire et se dire qu’ils nous prenaient vraiment pour des moins que rien. (Rires.) Mais vous savez, je me suis aussi servi de ces petites choses, ça permet de remonter tout le monde. Il faut en jouer. Je me souviens très bien du commissaire qui est venu me voir dans le couloir pour nous dire d’enlever nos vestes. Je lui ai répondu qu’il en était hors de question. C’était aussi une petite superstition pour nous. Je me souviens vraiment de ces petits détails comme si c’était hier.

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Quand Didier Drogba manque son penalty à la 70e minute, qu’est-ce que vous vous dites ?
Je me dis encore que c’est un signe du destin qu’un grand joueur comme Didier Drogba manque son penalty. Je me dis que c’est notre jour. On se le dit intérieurement, mais encore faut-il tenir bon, donc on réfléchit. Plus le temps avançait, plus on perturbait cette équipe ivoirienne. Dans la prolongation, on touche même le poteau après un centre venu de la droite dévié par Christopher Katongo. On ne faisait pas de la figuration. Je crois même me souvenir que, dans un stade acquis aux trois quarts à la cause de la Côte d’Ivoire, les Gabonais commençaient à changer de camp.


Peut-on dire que ce match était un bon 0-0 ?
C’était un bon match, oui. Ce n’est pas le match du siècle non plus, hein. (Rires.) Mais c’était une finale, donc parfois fermée tactiquement. Que vouliez-vous faire ? Partir la fleur au fusil contre la Côte d’Ivoire ? Faire preuve d’arrogance en se disant qu’on étaient meilleurs qu’eux ? Il suffit de voir les joueurs en face : Drogba, Kalou, Gervinho... Il fallait essayer de tenir le ballon, de les contrer, mais aussi être capables de bien se replacer, rester rigoureux tactiquement, sinon on allait passer à côté contre une équipe de ce calibre. Si l’équipe la plus faible parvient à développer son jeu, je dis bravo ! Mais c’est tellement difficile à mettre en place.

Il faut attendre le dix-huitième tir au but pour la délivrance. Comment vivez-vous cette séance ?
En arrivant aux tirs au but, j’ai tout de suite pensé à la finale perdue par la Côte d’Ivoire en 2006 contre l’Égypte (après un 0-0, les Éléphants s’inclinent 4-2 aux TAB, N.D.L.R.), ça laisse des traces. J’ai fait une petite piqûre de rappel pour remonter le moral du groupe. Je ne la vis pas trop mal, cette séance, jusqu’à cette première balle de match quand Kalaba envoie le ballon dans les nuages. Là, je me demande si on n’a pas laissé passer notre chance... Mais j’essayais de montrer le moins possible, je voulais rester stoïque. Puis, Kolo Touré manque sa tentative, c’est l’heure de la seconde chance avec Sunzu. Et là... (Il laisse un blanc.) Je ne vous explique même pas, c’est quelque chose d’irréel. Il faut le vivre pour pouvoir en parler, c’est un truc magique qui restera toute la vie dans l’histoire du foot zambien, du foot africain. J’espère que la Zambie pourra de nouveau gagner une CAN un jour, mais ça ne sera pas facile.

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À quoi ressemble le retour au pays le lendemain ?
C’est de la folie. Pour vous rendre compte : il y a 17 kilomètres entre l’aéroport et le centre-ville de Lusaka, je pense qu’on a bien mis quatre ou cinq heures à rejoindre le point de rendez-vous. Sur le bord de la route, il y avait du vert de partout, des jeunes, des plus vieux, c’était fou. Ce n’est pas le match le plus beau, c’est le jour d’après. Le convoi avait tellement de mal à se frayer un chemin parmi la foule, je ne saurais même pas dire combien ils étaient. C’était féerique.

On vous sent assez ému au moment de reparler de cette journée. Est-ce le plus beau moment de votre carrière jusque-là ?
Il y a aussi le sacre avec la Côte d’Ivoire en 2015 (les Ivoiriens gagnent la finale 9-8 aux tirs au but contre le Ghana, N.D.L.R.), quand même. Ce sont deux joies différentes. Mais dans les deux cas, le jour d’après était le plus beau. Le 13 février 2012 et le 9 février 2015. Le pays s’arrête, la vie s’arrête... Il y a un tel amour pour le foot, qui est un vecteur de réconciliation pour tout le monde. J’ai eu de la chance de vivre ces moments.

Le 0-0 doit maintenant être votre score fétiche, non ?
(Rires.) Ah... Non, ce n'est pas beau de dire ça, ce n'est pas l'idéal dans le foot, le 0-0. Mais quand on est en finale, il faut gagner. Et s'il faut en remporter une troisième un jour, que ce soit en Coupe d'Afrique des nations ou en Coupe d'Asie, je signe sans aucun souci pour une nouvelle victoire aux tirs au but après un 0-0.


Zambie (4-4-2) : Mweene - Nkausu, Sunzu, Himoonde, Musonda (Nyambe, 12e (F. Katongo, 74e)) - Lungu, Chansa, Sinkala, Kalaba - Mayuka, C. Katongo. Sélectionneur : Hervé Renard.

Côte d'Ivoire (4-2-3-1) : C. Barry - Gosso, K. Touré, Bamba, Tiéné - Tioté, Zokora (Ya Konan, 76e) - Gervinho, Y. Touré (Bony, 87e), Kalou (Gradel, 64e) - Drogba. Sélectionneur : François Zahoui.


Propos recueillis par Clément Gavard

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