Zeman à Lugano, utopie ou Zemanlandie ?

Après un double échec à Cagliari, Zeman a quitté son Italie adoptive pour la tranquillité suisse du canton du Tessin. Chez les Bianconeri, Zdeněk perpétue son 4-3-3, sa prépa monstrueuse et sa valorisation des jeunes. Alors, Lugano, nouveau Foggia ou Cagliari bis ?

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Lorsque Zeman quitte Cagliari pour la deuxième fois de la saison en avril dernier, on se dit que s'en est fini de la Zemanologia, de l'attaque à tout-va et du jeu au détriment du résultat. Mais le Prophète a de la suite dans les idées et le football dans le sang. Alors l'Italo-Tchèque embauche à Lugano, en Suisse ritale – un club présidé dans les années 2000 par Enrico Preziosi, l'actuel boss du Genoa. Ironie du sort, l'anti-juventino Zeman s'en va diriger une équipe bianconera. Toute gominée qu'elle soit, le choix de l'exil suisse dans une team tout juste promue interroge. Zeman s'en explique à son arrivée : « Ici, j'espère et je compte travailler dans la tranquillité et comme je le souhaite, ce que je n'ai pas toujours pu faire en Italie. » Plus qu'une préretraite, c'est un retour aux sources opéré par Zeman, avec une équipe de jeunes aux dents longues. Reste à l'affûter.

Des perles à la Légion


La méthode Zeman est immuable. Une préparation façon légion étrangère, avec allers-retours d'escaliers, courses de dératés sur piste d'athlé', et crampes à profusion. Au-delà de la prépa, la touche ZZ est aussi la valorisation du nouveau Yakin – on a le Zidane qu'on peut. Lors de son dernier miracle, à Pescara, c'est la triplette Verratti-Insigne-Immobile qui s'est révélée. Ce dernier rappelait d'ailleurs dans El Pais l'importance du Bohème lors de l'épopée en Serie B : « On était une équipe de jeunes. Insigne, Verratti et moi en étions les mascottes, personne ne nous connaissait et Zeman nous a fait faire le grand saut. » Ça tombe bien, Lugano vient de monter avec un groupe de gamins du coin. Alors, pour une des perles du club, Mattia Tosetti, Zeman est une aubaine : « Zeman est un mister qui sait reconnaître et promouvoir les mérites de ses joueurs. » À quand un Bottani au PSG, un Tosetti au Napoli et un Josipović (formé à la Juve, comme Immobile) à Séville ?

Pour cela, il va falloir faire des étincelles. Apôtre d'un football offensif et poétique, le Muet a allumé les premières flammes dans les regards des fans par sa simple présence. Quand la présence du coach au stade de Cornaredo fut confirmée le 17 juin dernier, c'est la ville entière qui s'est déplacée. Mattia Bottani, autre pépite du club, confirme : « Depuis que je suis à Lugano, je n'ai rien vu de tel, c'est la première fois que je vois autant de monde assister à l'entraînement. » Et d'ajouter : « Si j'étais ému ? Sincèrement oui, j'étais très ému à l'idée de me trouver face à face avec Zeman. » Même les bookmakers s'enflamment : cote à 2,00 pour une qualif' en Ligue Europa, à 5,24 pour la Champions. Enthousiasme pour Zeman et sa clope.

Sauterelles et jeunes garçons


La question, avec Zeman, reste toujours celle des résultats. Pour l'instant, Lugano affiche un compteur de 2 victoires pour 4 défaites et pointe à la 8e place d'un championnat de 10 équipes. Dans le fond, la matrice reste inchangée : 17 tirs contre Vaduz, victoire 1-0 ; domination unanimement saluée contre Saint Gall, défaite 2-0. À la veille du match contre les Grasshoppers, le coach des Zurichois, Pierluigi Tammi, y va de son commentaire admiratif : « Je me revois dans ses interviews, surtout lorsqu'il dit qu'une équipe doit jouer au ballon. » Conséquence, l'insolente sauterelle passe au maître un premier but après 28 secondes de jeu, puis, 2, puis 3, puis 6. Preuve que les jeunes savent encore apprendre, la classe biberon de Zdeněk se réveille à l'heure des 2 matchs suivants : but à la 6e contre les Young Boys de Berne, à la 9e contre le FC Bâle. Mais les équipes de Zeman sont d'indécrottables lunatiques : alors que le score est préservé face aux Jeunes Garçons, Bâle troue 3 fois les filets du stade communal Cornaredo. Bilan : 6 matchs, 6 buts marqués, 14 buts encaissés. En défense, les gars sont dans les temps. En revanche, il va vite falloir intégrer les principes offensifs du Prophète. Pour qu'à son tour la Suisse face connaissance avec la puissance de la Zemanlandia. Et tant pis pour sa neutralité.

Par Josselin Juncker et Eric Carpentier Tous propos, sauf Immobile, tirés du Giornale del Popolo
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Note : 5
Les mecs comme Zeman, et à un degré moindre Bielsa, me paraissent de moins en moins adaptés aux championnats actuels basés sur le principe de promotion/relégation. Ce qu'ils veulent proposer sur le terrain est super, mais vu qu'ils sont souvent les seuls à le faire, ils se retrouvent face à des équipes qui sont plus solides, plus "rationnelles" qui n'hésitent pas à les punir. Un mec comme Zeman, il serait peut-être plus adapté dans une ligue fermée, où son équipe pourrait développer son jeu offensif sans risquer de se retrouver dans la division inférieur dès la mi-saison. C'est un peu ce qui se passe en Super Rugby, où les équipes envoient du jeu dans tous les sens car elles sont certaines d'être toujours là la saison d'après.
jaimelefootenmarchant Niveau : DHR
Ze-Man-Landie le dernier des mohicans
Bielsa un sous Zeman, le type qui sais te faire apprecier le foot.
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