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Zdziech vitrine

Stabilisé sur le terrain à défaut d'ambitions folles à court terme, le VAFC reprend aussi vie sur le plan financier après avoir vu la mort de près. Pourtant, le principal artisan de ce redressement n'a jamais semblé aussi cerné par les affaires et les contestations. Qui est vraiment le président Eddy Zdziech ? Tentative d'éclairage, en compagnie de l'intéressé et de ceux qui l'ont fréquenté.

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Il paraît que l'amour dure trois ans. Une histoire d'hormones, de passion et de Frédéric Beigbeder. Et il paraît que Valenciennes n'échappe pas à la règle. Au début de l'été 2014, VA est au bord du gouffre. Cessation de paiement et rétrogradation en CFA prononcée par la DNCG, l'avenir semble alors très sombre pour le club de Jean-Raymond Legrand. Jean-Louis Borloo est appelé à la rescousse, les tours de table sont fructueux, la mairie impliquée, les créanciers compréhensifs, le club est finalement sauvé. Repris pour un euro symbolique par Diables rouges Holding, un regroupement d'actionnaires de différents horizons, le VAFC termine l'été entre les mains d'Eddy Zdziech, seul à s'être manifesté pour devenir majoritaire. Depuis, l'industriel né à Raismes – où il a connu une expérience en tant que joueur, entraîneur puis président, au Stade Raismois 72 – a redressé les comptes du club, qui devrait avoir fini de rembourser sa dette en mai 2018.

Mais, dans le même temps, les affaires aux prud'hommes se multiplient (neuf sous la nouvelle présidence), la mairie se désengage (baisse des subventions au club de 470 000 à 100 000 euros) et les supporters réclament la démission du patron à la suite du licenciement compliqué de Faruk Hadžibegić (banderole tendue en présidentielles lors de Valenciennes-Lorient, en novembre). Le tout sur fond de dénonciation anonyme, ainsi que le rapporte Médiacités dans son enquête sur le fonctionnement du club. Un paradoxe étonnant au regard du travail effectué qui interroge sur la personnalité de celui qui le mène et sur la façon dont il est mené, mais aussi (surtout ?) sur ce qu'implique la gestion d'un club de foot. Qui est une entreprise, et bien plus que ça.

Un Valenciennois pur jus


Alors, qui se cache derrière le personnage ? Un chef d'entreprise de 61 ans, qui « rêve quand (il) dort, qui a envie de réaliser (ses) rêves au réveil et qui (se) trouve bien entre ces deux pôles, les rêves et l'action » , ainsi qu'il se définit lui-même. « J'avais déjeuné avec lui et son fils quand ils étaient minoritaires, ils voulaient savoir comment fonctionne un club de foot, explique Luc Dayan. Ce sont des passionnés à la fois de Valenciennes et de football. Lui, c'est un Valenciennois pur jus. » Pour David Le Frapper, que Zdziech a fait monter à la tête de l'équipe première pour une mission commando de treize matchs en fin de saison 2014-2015, « c’est quelqu’un d’ambitieux, tout simplement. Il est ambitieux pour son club, et il est comme ça dans la vie, c’est quelqu’un qui refuse l’échec. Il a eu des couilles, à l’époque : moi, à part des réserves ou des 19 ans, je n’avais jamais connu d’équipe professionnelle... » Le défenseur du Stade de Reims Yunis Abdelhamid, qui l’a connu pendant deux saisons dans le Nord, se souvient pour sa part d’ « un chef d’entreprise, avec ses qualités et ses défauts, en mode survie pour le club. Mais en tout cas, il est passionné par le VAFC, et ça on ne peut pas lui reprocher. Il était toujours derrière l’équipe : même en difficulté, je ne l’ai jamais vu pousser un coup de gueule dans le vestiaire. »

Le Kita de la Ligue 2


Mais Zdziech n'est pas seulement un rêveur romantique. C'est aussi un homme parfois cassant, qui n'hésite pas à monter dans les tours et à donner du « monsieur » un brin condescendant lorsqu'il est agacé. Dayan, qui aime par ailleurs passer du temps avec Gervais Martel, avoue « qu'avec Eddy Zdziech, honnêtement, euh... disons qu'il n'engendre pas la convivialité, parce qu’il ne sait pas l’entretenir. Il s'est fait beaucoup d'ennemis, donc les choses sortent. » Le Frapper ne dit pas autre chose quand il concède que « parfois, il n'est pas très élégant, il dit les choses et n’est pas du genre à mâcher ses mots, mais quand on a envie de gagner et d’avancer, et que ça ne va pas à la vitesse que l’on veut... » Son prédécesseur Jean-Raymond Legrand, aujourd'hui toujours actionnaire minoritaire, parle même d’un homme « un peu trop autoritaire, à vouloir agir tout seul. Il s’est mis beaucoup de monde à dos aujourd’hui, parce qu’il pense qu’il n’y a que lui qui sait faire. »


À la manière d’un Waldemar Kita à l’étage supérieur, Zdziech ne s'est pas invité à la grande table du football français avec l’ambition prioritaire de se faire des amis, mais plutôt celle d’emmener son écurie le plus haut possible pour lui rendre ses lettres de noblesse, quitte à égratigner au passage quelques vis-à-vis. « La première conférence de presse, l’idée était : "On va fonctionner avec tout le monde, main dans la main, j’ai beaucoup de travail et j’ai besoin d’eux pour m’aider", se souvient Jean-Raymond Legrand. Quelques semaines après, c’était un discours différent, disant "je n’ai besoin de personne, je vais faire tout seul, c’est moi qui sais faire". Il s’est refermé sur lui-même, c’est un monsieur qui aime bien dire "Je". » Ce qui ressort donc des discours de ses détracteurs, c’est un mélange de manque de diplomatie et de rancœurs. Un constat que les résultats financiers ne peuvent totalement compenser, car la gestion d'un club implique plus que ça. « Je ne change pas d'attitude lorsque je sors de mes entreprises industrielles, déclare Zdziech. Je n'ai pas forcément la prétention de plaire à tout le monde. J'ai mis de l'argent, j'ai pu être maladroit avec certaines personnes, sûrement, je ne suis pas parfait, je suis navré. Mais qui peut mettre en cause l'action que l'on mène depuis trois ans et demi ?  »

Que La Famille


Aujourd’hui, même Legrand admet que le club va mieux et que « sa situation s’éclaircit beaucoup, grâce au travail qui a été fait par les gens en place aujourd’hui. Mais il faut aussi voir l’avenir et le long terme, nuance-t-il. Parler depuis quatre ans des dettes du passé, ça ne sert plus à rien. On est maintenant en 2018, je pense qu’il pourrait changer de disque. Les dettes seront terminées d’être payées cette année, et après il faudra trouver autre chose pour critiquer. » Au-delà de ça, Zdziech semble fonctionner en solitaire et a atteint le point de non-retour un peu partout autour de lui : avec certains de ses actionnaires, avec la mairie de la ville, avec ses supporters et avec beaucoup de ses anciens employés. Dans un climat général aussi sombre, l’avenir du VAFC reste flou, malgré une stabilité qui s’est installée au niveau sportif, dans l’antichambre de l’élite. « Il n'a pas de problème avec les rapports de force, il pousse très loin les conflits au niveau juridique, explique Dayan. C'est un négociateur ! Mais on a l'impression qu'il gère seul. Et on ne peut pas gérer un club seul. Il a une façon de travailler en famille, entre guillemets, on a l'impression qu'il ne fait pas confiance à grand monde. (six membres de sa famille au conseil de surveillance, ndlr) »

Le principal intéressé, lui, voit les choses autrement et, a priori, n’a pas prévu de revoir ses plans. « Je veux bien comprendre que l'actualité négative fait toujours plaisir à tout le monde, lâche-t-il. Si c'était si mauvais que ça, on n'aurait pas recruté dix joueurs, eu le retour de Saliou Ciss... Épurer les dettes, ce sera fait fin mai, on sera un des bons exemples du football français. On continue le projet, avec moins de dettes, plus d'argent. Quand on est en passe de régler le passif, on tente de jeter le discrédit sur ce qui a été fait. Quand vous réécrivez d'une page blanche, parfois il y a des coins de la page qui ne plaisent pas à tout le monde. Mais je n'ai rien volé à personne, moi. » À la tête des Rouges de VA, Eddy a décidé de marcher seul, à travers la tempête. Pour combien de temps encore ?




Par Éric Carpentier et Jérémie Baron Tous propos recueillis par EC et JB.
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