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Zauri : « Rien n’arrive par hasard avec l’Atalanta »

Quatrième après douze journées, l’Atalanta n’avait pas aussi bien commencé un championnat de Serie A depuis seize ans, lorsque Luciano Zauri et sa bande trustèrent longtemps les places européennes avant de conclure à une belle septième place. L'ex latéral gauche de la Sampdoria, la Fiorentina et la Lazio retrace cette belle épopée.

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Quand tu vois cette Atalanta, tu repenses à la tienne ?
Les comparaisons ont toujours leurs limites. Disons que la base de ces performances est toujours la même, la culture du travail, une organisation parfaite et un grand coach.

En tant qu’adjoint d’Oddo à Pescara, tu as eu l’occasion de la voir à l’œuvre, qu’en as-tu pensé ?
J’ai vu une équipe très bien organisée, ça oui, mais bon les deux formations n’avaient pas offert une grande prestation, c’est un match qui s’est joué sur un coup de pied arrêté en leur faveur. Disons que ça n’a pas été la rencontre où on a vu leur meilleur football.

Il y a une grosse différence entre ces deux Atalanta, la vôtre venait tout juste de remonter en Serie A.
L’équipe type avait d’ailleurs très peu changé d’une saison à l’autre. L’enthousiasme de la promotion, la grosse envie de se mesurer avec des formations de Serie A, le sentiment de découverte, car beaucoup d’entre nous débutaient à ce niveau. Ce sont des facteurs qui vous donnent des ailes et ça s’est transformé en une très belle chevauchée. À un moment, on parlait de qualif européenne, mais les vraies valeurs ont fini par émerger.

Le coach Giovanni Vavassori était aussi un débutant à ce niveau.
Il venait du centre de formation comme nous et il nous connaissait donc tous très bien. C’était un véritable personnage qui roulait en Fiat Panda 4x4, un chasseur invétéré qui emmenait son petit chien partout avec sa gamelle. Il se transformait dès qu’il entrait sur un terrain, un grand coach et un grand pro.

Comment évoluait cette Atalanta ?
On courait beaucoup et on jouait dans un 4-4-2 un peu particulier puisque Cristiano Doni jouait devant moi, mais Vavassori lui donnait beaucoup de liberté. Il partait ailier gauche, mais rentrait dans l’axe et allait pratiquement où il voulait. Un joueur déterminant pour cette équipe.

« La Casa del Giovane, j’y suis arrivé à douze ans, je venais des Abruzzes, je pleurais tous les soirs. C’était un genre de pensionnat dirigé par un prêtre, Don Minelli, et qui accueillait également des travailleurs normaux avec qui on mangeait tous ensemble à la cantine. »

Et quelle génération ! Avec huit joueurs formés au club ayant disputé au moins quinze matchs.
Rien n’arrive par hasard, ceux qui connaissent l’Atalanta savent comment elle fonctionne niveau formation. Notre génération, celle d’aujourd’hui, mais même avant avec Morfeo, Locatelli, Tacchinardi... Nous, on avait les jumeaux Cristian et Damiano Zenoni, des gars silencieux et des coureurs infatigables. Le gardien Ivan Pelizzoli devenu titulaire grâce aux blessures de Pinato et Fontana, et de suite fiable. Massimo Donati, le plus jeune d’entre nous, seulement vingt ans. Mais aussi Fausto Rossini qui était mon compagnon de chambrée, un joueur malchanceux, mais un des plus grands joueurs de tête que j’ai vu dans ma carrière.

Beaucoup d’entre vous habitaient d’ailleurs à la « Casa del Giovane » .
J’y suis arrivé à douze ans, je venais des Abruzzes, je pleurais tous les soirs. Ce n’était vraiment pas simple. C’était un genre de pensionnat dirigé par un prêtre, Don Minelli, et qui accueillait également des travailleurs normaux avec qui on mangeait tous ensemble à la cantine.

Il y avait aussi quelques vieux renards dans cette Atalanta, notamment Ganz et Carrera.
Carrera était le point de repère pour les jeunes, il venait de la Juve et ça se voyait dans sa façon de s’entraîner. Nous, on s’enflammait évidemment, mais lui savait comment nous ramener sur terre.

Tout le monde s’était mis à supporter votre club ?
Un peu, oui. Quand des petites ou moyennes équipes font la course en tête comme ça, les passionnés de foot sont contents, on était un peu le conte de fées à la Leicester. Plutôt que de voir encore gagner la Juve, le Milan et l’Inter. Et puis on était une bande de jeunes, et les jeunes sont toujours bien vus.

Vous étiez encore quatrièmes à neuf journées de la fin.
Disons qu’on savait qu’une qualification en Ligue des champions était compliquée, mais on croyait à la Coupe de l’UEFA. On avait rencontré tout le monde, on avait vu le niveau de chacun de nos adversaires et on pensait pouvoir passer ce cap. Bon, finalement, on finit septièmes, mais je peux vous assurer que personne n’était déçu.

« Concernant la Nazionale, je n’étais pas loin de participer au Mondial 2002 lorsque Pessotto s’est fait les croisés au printemps. Mais c’était une autre Italie, à mon poste il y avait par exemple Maldini, des monstres sacrés quoi. »

Pourquoi ces quatre nuls et cinq défaites lors de la dernière ligne droite ?
Je crois que quand on a vu qu’on ne pouvait plus rien y faire, on a lâché mentalement. En plus, on avait vraiment tout donné physiquement.

Et pourquoi avoir renoncé à la Coupe Intertoto au profit de Brescia ? C’eût été une belle récompense...
Je l’ai disputée quelques années plus tard avec la Lazio, on s’est incliné en finale contre l’OM. Une grosse dépense d’énergie pour rien. Il fallait l’équipe pour la jouer, je pense que c’était une sage décision de ne pas y avoir participé.

Quel match retiens-tu en particulier de cette épopée ?
Il y a eu ce déplacement à San Siro contre le Milan en tant que leader du classement, le parcage visiteurs plein à craquer, on mène 3-1 et on se fait égaliser. Le match remporté contre la Juve, on perdait 1-0 et on gagne 2-1, en plus en soirée, l’atmosphère était particulière. Personnellement, je me souviens de mon premier but en Serie A contre la Reggina.

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Malheureusement, cette génération a eu du mal à percer ensuite, en club comme en sélection, comment l’expliques-tu ?
Cela dépend des choix de carrière, je pense à un Donati parti très tôt au Milan. Moi, je suis allé à la Lazio, la première année, c’était encore la grande Lazio. Ensuite, le niveau a baissé et ça m’a avantagé, on a misé sur moi et j’ai réussi à me maintenir un certain niveau. Concernant la Nazionale, je n’étais pas loin de participer au Mondial 2002 lorsque Pessotto s’est fait les croisés au printemps. Mais c’était une autre Italie, à mon poste il y avait par exemple Maldini, des monstres sacrés quoi.

Est-ce que l’Atalanta passera vraiment ce palier qui lui permettrait de lutter pour l’Europe chaque saison, ou est-elle destinée à jouer le maintien ?
Elle a des infrastructures et des supporters qui le méritent, il faut voir le projet, un pas à la fois, et surtout comment ça se passera en fin de saison si elle vendra ses meilleurs éléments comme c’est souvent le cas. Dans l’immédiat, elle peut faire un grand championnat, mais à long terme, la politique, qui est d’ailleurs plutôt juste, restera identique même si j’espère vraiment qu’elle puisse passer ce cap. J'en serais très heureux, je garde une attache particulière avec cette équipe.

Propos recueillis par Valentin Pauluzzi
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