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Zamalek, un ticket pour la mort

Le football égyptien est de nouveau endeuillé. Au moins 19 fans de Zamalek ont trouvé la mort ce dimanche 8 février. Les autorités parlent d' « une bousculade mortelle » , les témoins racontent une dispersion violente aux grenades lacrymogènes et tirs de chevrotine par les forces de police. Un incident qui rappelle tristement le « massacre de Port-Saïd » durant lequel 74 supporters d'Al-Ahly avaient trouvé la mort dans des conditions troubles. 3 ans après, presque jour pour jour.

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Ce match de Première Ligue opposant l'ENPPI (du nom de la compagnie Engineering for the Petrolium & Process Industrie) à Zamalek, l'un des plus gros clubs du pays, devait être une fête pour les supporters de football égyptien. L'une des rares occasions d'assister à un match depuis plus de 3 ans. 5000 tickets avaient été réservés par le club de Zamalek pour ses membres, 5000 autres mis en vente. Depuis le drame de Port-Saïd, début 2012, qui avait coûté la vie à 74 supporters du club d'Al Ahly dans des événements qui posent encore question, la quasi-totalité des matchs se jouent à huis clos. Supporters chevronnés mais aussi familles avec enfants s'étaient donc massés devant le stade de l'armée de l'air du Caire, plusieurs heures avant le début du match pour s'assurer de ne pas manquer cet événement.

De nombreux supporters aussi, frustrés de ne pas être en possession du sésame pour passer les grilles du stade et habitués à entrer sans payer, s'étaient réunis devant l'enceinte sportive pour négocier une entrée, dans un stade qui peut accueillir jusqu'à 100 000 personnes.
 « Les gens étaient tellement contents de retourner au stade » , raconte Mohammed Abbas, venu encourager son équipe, « il y avait une bonne ambiance, les gens faisaient la fête. Je vous jure que personne n'a eu un comportement ou un mot déplacé. La sécurité nous faisait attendre dans un minuscule couloir, un truc inhumain. Les gens ont juste réclamé qu'on ouvre les portes du stade. La majorité d'entre nous avions des tickets » , insiste-t-il. Pour mieux contrôler les entrées, la sécurité avait effectivement mis en place un long corridor de fer et de barbelés : 4 mètres de large sur plusieurs dizaines de long.

Un véritable traquenard


Malgré la cohue et le manque d'air, l'ambiance est plutôt festive, mais à l'approche du début du match, ils sont des centaines, toujours bloqués dehors, suffoquant par la pression de la foule qui pousse contre les grilles fermées. Les esprits s'échauffent et certains tentent d'escalader l'enceinte. « Des fans de Zamalek sans ticket ont essayé d'entrer de force, nous avons dû les empêcher de vandaliser les lieux » a fait savoir le ministère de l'Intérieur égyptien, visant directement les groupes ultras contre lesquels ils mènent une véritable campagne d'extermination. 

Selon les autorités, ce sont ces mouvements de foule, projetant de nombreuses personnes contre l'enceinte du stade et faisant s'écrouler le portique de sécurité, qui auraient provoqué la mort de 19 personnes. « Les corps présentent de nombreuses ecchymoses et certains ont la nuque brisée » , a confirmé plus tard Khaled al-Khatib, le chef des services de secours, insistant qu' « aucun ne portait de blessure par balle ou plomb » .

Pourtant les témoignages laissent peu de place au doute sur le scénario. « On était des milliers, bloqués dans cette cage à poules » , raconte Mahmoud Saïd « les uns sur les autres, on n'arrivait plus à respirer. Ils nous ont demandé de reculer, et dans les secondes qui ont suivi, ils ont tiré des grenades lacrymogènes et des grenailles. Oui, on a essayé de s'enfuir par tous les moyens. On était tous bloqués. Un ami derrière moi a été touché par des tirs » , raconte le jeune homme qui a réussi à s'échapper. Des propos confirmés par les quelques vidéos enregistrées durant l'incident. On y voit une foule, bloquée contre le stad, et des policiers cagoulés, tirant grenailles et grenades lacrymogènes sur les supporters. Certains ramassent même leur cartouches vides tombées au sol « pour ne pas laisser de traces » , affirme l'un des témoins, « ils font tout le temps ça, et ils pensent que personne ne les voit » .

Alors qu'à l'extérieur du stade, plusieurs dizaines de personnes sont mourantes, le match est pourtant lancé, malgré les cris et les supplications des fans qui ont réussi à entrer dans le stade. « Humainement parlant, le match n'aurait jamais du être joué, mais en Égypte des drames arrivent tous les jours, et on ne prête plus attention aux vies humaines, la télévision, la publicité, tout ça passe en priorité » , explique Mohammed Lofty, directeur de l'ECRF (Commission égyptienne pour les droits et les libertés). « Tout le monde aurait pu arrêter le match, la sécurité, la Fédération de football, l'arbitre… Les joueurs aussi auraient pu décider de ne pas jouer » . « Notre sang ne vaut rien… » a d'ailleurs réagi un supporter sur Facebook. Seul Omar Gaber, figure bien connue de l'équipe de Zamalek et soutien des Ultras White Knights, a refusé d'entrer sur le terrain. Son contrat de 3 ans a été suspendu par le club dans la foulée.

Les ultras font front


Devant la morgue de Zeinhom, la nuit est avancée, et ils sont nombreux à attendre les résultats de l'autopsie de leurs proches. Certains sont venus directement après l'incident, et portent encore leurs écharpes aux couleurs de Zamalek. D'autres, arborant des sweatshirts Al-Ahly, club rival des Rouge et Blanc, sont là aussi pour soutenir leur meilleur ennemi. Les Zamaleky étaient là, il y a trois ans, à leur retour de Port-Saïd pour leur montrer leur soutien. Aujourd'hui, c'est à leur tour de faire front auprès du club concurrent. Un à un, les corps des victimes, enveloppés dans des linceuls blancs, sont chargés dans des taxis par des cortèges d'hommes et de femmes en pleurs. Les cris de colère sont étouffés par le bruit des poings qui tambourinent les portes en fer de la salle d'autopsie. La tension et la confusion sont vives. Les familles veulent récupérer les dépouilles le plus vite possible pour les enterrer, en accord avec les préceptes de l'Islam. Alors, lorsque l'administration de la morgue exige la signature d'un document visant à protéger la police de toute poursuite, leur rage éclate. Les autorités ont annoncé 22 décès avant de revoir leur estimation à la baisse à 19, mais du côté des Zamaleky, on affirme que le bilan s'élève à une trentaine de morts et autant de blessés. La réception de 11 corps sans vie, confirmée par l'hôpital Al Bank al Ahly, tout près du stade, laisserait donc penser que les supporters détiennent le chiffre exact du nombre de victimes.

« Peu importe qui meurt » , affirme Abdallah Boudi, lui aussi échappé in extremis du chaos un peu plus tôt, « ils nous considèrent comme des terroristes, ils se fichent de nous tuer. » Car les tensions entre la police et les supporters de foot sont persistantes, et tout particulièrement avec les plus impliqués d'entre eux, une nouvelle fois pointés du doigt après ce drame. Les Ultras White Knights de Zamalek affichent à l'envie le slogan anti-police ACAB (All Cops are Bastards) sur leur page Facebook et sur les murs de la ville. Comme leurs homologues d'Al Ahly, ils étaient en première ligne pendant la révolution en 2011 pour s'opposer aux forces de l'ordre pendant les 18 longues journées qui ont opposé les révolutionnaires aux militaires. Les anciens héros sont devenus les parias de la société avec les différents changements de régime et sont désormais allégrement accusés d'être une des causes majeures de l'instabilité de l'Égypte. Le président du club de Zamalek lui-même, Mortada Mansour, pro-régime, les traitent de « voyous, de terroristes, de Frères musulmans » , à longueur de talk-show. Des allégations que Mansour n'a pas manqué de réitérer au lendemain de l'incident dans les médias égyptiens, friands de ses coups de sang et de sa verve anti-révolutionnaire. Mais l'injustice aujourd'hui n'est plus celle d'un match perdu à cause d'une faute d'arbitrage. Les supporters d'Al-Ahly et de Zamalek étaient là pour le rappeler. Ils sont venus nombreux à l'université du Caire pour se recueillir, ensemble.

Par Jenna Le Bras et François Hume-Ferkatadji, au Caire.
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