Yvon Douis : "Comme si c'était hier"

Yvon Douis a 75 ans. Pourtant, avec ses petits copains de la génération 54/55, c'est un des derniers Lillois a avoir joué (et remporté) une finale de Coupe de France avec Lille. C'était le 29 mai 1955 au stade Yves-du-Manoir de Colombes et les Dogues n'avaient fait qu'une bouchée de Bordeaux, victoire 5 buts à 2. Plus de cinquante ans après, il se souvient de cette belle époque et croise les doigts pour que Lille renoue ce soir avec sa gloire d'antan.

0 1
Que représente pour vous la Coupe de France ?


C'est un trophée très important ! Surtout à l'époque où je l'ai gagnée (1955) car la Coupe d'Europe n'existait pas. C'était un peu notre Ligue des Champions à nous.

Une victoire plus importante pour vous que le championnat remporté l'année précédente ?


Le titre de champion c'est un peu différent, car c'est la consécration de toute une année de travail. La Coupe de France par contre, c'est une joie plus ponctuelle, mais peut être plus forte aussi. Pendant toute une journée, on ne pense plus qu'à ça.

Vous pouvez nous parler un peu de votre finale contre Bordeaux ?


Je vais vous dire, pour moi c'est comme si c'était hier. A l'époque, Bordeaux était mieux classé que nous en championnat, nous luttions même pour ne pas descendre. Pourtant, nous avons plié le match dès la première mi-temps. Les Girondins avaient des joueurs un peu lourds derrière et nous avons réussi à les prendre de vitesse. Au bout d'une demi-heure, nous menions déjà 4 à 0.

Et vous marquez deux fois.


Oui, je marque le deuxième et le troisième but, les deux en l'espace de quatre minutes. Quelque part, j'ai un peu tué le match.

On imagine que vous vous souvenez de vos buts.


Effectivement. Sur le premier, on m'adresse une balle du milieu de terrain et j'arrive à prendre mon défenseur de vitesse en partant dans son dos. Il faut dire l'époque du système de jeu en WM, le marquage n'était qu'individuel. Je me présente face au gardien, le dribble et marque dans le but vide. Trois minutes plus tard, pour ma seconde réalisation, je me retrouve seul aux dix-huit mètres après un une-deux. Je tire en force dans le coin droit et ça fait 3 à 0 pour le LOSC.

Video

Avant le début du match, vous avez serré la main du Président Coty. Un moment d'émotion ?


Oui j'ai serré la main du Président de la République lors de la présentation des équipes par les deux capitaines. Une poignée de main sympa car c'était un Normand comme moi. Je suis né aux Andelys (Haute-Normandie) et lui au Havre (rire).

L'autre chose que vous avez serrée ce jour-là, c'est la coupe elle-même.


Et oui ! On a chacun eu le droit de la porter pendant quelques mètres, une fois que notre capitaine André Strappe l'eut récupérée en tribunes. Ensuite, nous avons fêté tranquillement notre succès, sans faire trop de folies parce que d'une part, c'était déjà la cinquième Coupe de France pour Lille et que d'autre part, nous avions encore un match important à jouer en championnat. Je me rappelle quand même que nous avions été reçus le soir même dans les locaux du journal L'Équipe, ce qui à l'époque, était un grand honneur pour les sportifs.

Faisons un bon de 56 ans en avant : vous êtes toujours supporter de Lille ?


Je n'ai jamais arrêté de suivre les résultats du LOSC et d'apprécier cette équipe. Cette année, c'est vraiment eux qui proposent le meilleur jeu de L1 alors je suis content. J'aime bien Monaco également car j'y ai joué six ans.

Vous qui étiez attaquant, que pensez-vous du trident offensif Sow, Hazard, Gervinho ?


Le plus fort c'est le petit Hazard. Il est très technique et donne de la profondeur au jeu grâce à ses dribbles. Il sait aussi faire de bonnes passes et marquer des buts. Gervinho aussi est bon mais il est plus individualiste, des fois il faudrait qu'il lève un peu la tête.

Dernière question : votre pronostic pour ce match ?


Je suis sentimentalement obligé de donner Lille vainqueur. Après pour le score, je ne sais pas. Même avec une courte victoire 1 à 0, je serai heureux. Je sais que cela ne va pas être facile, Paris est en forme et jouera presque à domicile. Je croise les doigts pour que Rami soit rétabli. On a besoin de lui pour contrer Hoarau de la tête.

Propos recueillis par Thomas Lecomte

Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Un bon de 56 ans en avant ? ^^ trop sympa, on le gagne comment ce bon? :D

Je ne peux m'empêcher de rire en imaginant la conversation: "tiens, tant que je vous ai sous la main, ça vous dirait si on rédigeais un petit bon de 56 ans en avant, c'est pour la tombola de l'école de mon petit Dave, vous comprenez bien, et on doit tous offrir quelque chose...?"
Partenaires
Olive & Tom Logo FOOT.fr
0 1