1. // CAN 2012 – Finale – Zambie/Côte d’Ivoire

Young Boy Mayuka

Il est LA révélation de cette CAN 2012 : Emmanuel Mayuka, attaquant zambien de 21 ans, a inscrit 3 buts depuis le début de la compétition, dont celui décisif qui élimine le Ghana en demi-finale et permet aux siens d’affronter les favoris ivoiriens de Didier Drogba. Cette finale peut constituer un beau passage de témoin entre le monstre de Chelsea et l’explosif bambin des Young Boys de Berne.

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Il était annoncé avant le début de la CAN 2012 comme l’un des joueurs à suivre d’une sélection potentiellement outsider de la compétition. Trois semaines plus tard, le doute n’est plus permis : la Zambie se présente en finale en ayant déjoué tous les pronostics, éliminant sur sa route deux favoris, le Sénégal en poule et le Ghana en demie, grâce notamment aux exploits de ce virevoltant attaquant de 21 ans : Emmanuel Mayuka.

Né le 21 novembre 1990 à Kabwe, troisième ville du pays située à une centaine de kilomètres de la capitale Lusaka, le petit Emmanuel débute très jeune au football, le sport numéro un d’un pays marqué par la tragédie du 27 avril 1993. Ce jour-là, au large de Libreville (où se dispute cette finale de la CAN 2012) un avion emportant 30 membres d’équipage, dont 18 internationaux zambiens, s’abime en mer, décimant la quasi-totalité d’une génération de footballeurs alors à la lutte avec le Maroc et le Sénégal (où l’avion était censé atterrir) pour se qualifier pour la Coupe du monde 1994. « Nous n’en parlons pas tous les jours, mais c’est un événement qui fait partie de nous et de notre histoire, a reconnu Mayuka lors d’une interview accordée à ESPN le mois dernier. C’est notre responsabilité de garder en mémoire les joueurs disparus. »

Un Mondial U20 à 16 ans
Dans un pays marqué par ce traumatisme, Mayuka se révèle vite très doué balle au pied. Il se fait d’abord connaître avec le club de sa ville, les Kabwe Warriors, mais aussi à l’occasion de sa première compétition internationale : la Coupe du Monde U20 en 2007 au Canada. Il a alors 16 ans et est le plus jeune joueur de la compétition, mais ça ne l’empêche pas de briller, déjà. L’année d’après, il est promu avec les seniors pour la CAN, où il effectue une apparition.

C’est à ce moment que l’agent de joueur israélien, Nir Karin, le fait venir dans son pays, au Maccabi Tel Aviv. « Je m’intéresse au football zambien depuis longtemps, explique-t-il, les joueurs là-bas sont talentueux et généreux, particulièrement Mayuka. » Durant deux ans, de 2008 à 2010, ce dernier va s’initier au football occidental, remportant au passage son premier trophée, une coupe d’Israël. Lui explique son adaptation en Israël, loin de chez lui, à sa « foi en Dieu  » , son agent loue plus prosaïquement sa « grande force de caractère » .

Successeur de Doumbia à Berne
A l’intersaison 2010, le jeune Zambien est recruté pour 1,5 millions d’euros par les Young Boys de Berne, qui viennent de voir partir leur attaquant vedette, Seydou Doumbia, au CSKA Moscou. « Arrivé dans ces conditions, le gamin a tout de suite eu de la pression sur les épaules, fait remarquer Marc Fragnère, du site 20minutes.ch. Comme Doumbia, il s’est d’abord acclimaté en tirant profit du rôle de joker qui lui a été intelligemment confié, avant d’exploser. » A l’issue de sa première saison en Suisse, Emmanuel Mayuka inscrit ainsi 9 buts en championnat, laissant au Camerounais Henri Bienvenu (16 buts) le premier rôle.

Ce dernier transféré l’été dernier à Fenerbahçe, le Zambien justifie alors sa promotion interne en tant qu’attaquant vedette de l’équipe bernoise. En 16 matchs, il en est déjà cette saison à 7 buts inscrits et 3 passes décisives. Un des meilleurs ratios du championnat. Surtout, il semble s’épanouir, prend de plus en plus d’importance dans le jeu de son équipe. Et fait l’admiration de son agent. «  Aujourd’hui, analyse-t-il, les meilleurs joueurs ont à la fois le talent et l’état d’esprit. Mayuka possède les deux : il a pour lui sa puissance, sa vitesse de tir, son volume de jeu et sa technique, mais c’est aussi et surtout un joueur très intelligent, qui aime apprendre et s’améliorer. »

Toute la palette d’un buteur moderne
« A mes yeux, tempère Marc Fragnère, il n’a pas encore tout à fait le niveau qui était celui de Doumbia l’automne précédent son départ en Russie. » Pas si impressionnant physiquement, avec son mètre 78 pour 75 kg, Mayuka étonne surtout par son explosivité et sa rapidité. Pas seulement dans la course, mais aussi, comme le signale son agent, dans cette manière qu’il a de frapper soudainement la balle. Exemple avec ce but inscrit cette semaine face au Ghana : extérieur surface, le gamin hérite d’un ballon pas facilement négociable, dos au but, mais il parvient en une fraction de seconde à se retourner dans un petit espace et à surprendre d’un tir sans élan qui va mourir dans le petit filet adverse.

Au vrai, Mayuka est un joueur complet, habile des deux pieds comme de la tête, capable de travailler aussi bien loin de la surface de vérité que de surgir au bon moment au point de penalty (locomme rs de l’ouverture du score face au Sénégal lors du premier match de poule). « C’est d’abord un numéro 9, mais il peut aussi jouer en deuxième attaquant ou sur un côté, à tous les postes offensifs, vend Nir Karin. Il a toute la palette d’un footballeur moderne. » Au point d’intéresser déjà de nombreux clubs du big five européen, en France (OM, Lille, Bordeaux) et en Angleterre surtout, où Fulham, Newcastle et Wigan se sont placés.

« MU me fascine »
« Newcastle était prêt à lâcher 8,5 millions de francs suisses (7 millions d’euros) pour s'attacher les services du Zambien cet hiver, signale Marc Fragnère. Mais à Berne, on ne voulait pas le lâcher avant cet été. Et vu la CAN qu'il réalise, c'était bien vu ! » Sa cote devrait en effet continuer de grimper. L’intéressé, qui se dit « pas pressé de quitter Berne » a un rêve : jouer un jour pour Manchester United, son club de cœur. « Depuis tout petit, ce club me fascine » , avoue-t-il en fan.

Un rêve potentiellement réalisable, mais pas encore tout de suite. Il en a en revanche un autre, qu’il peut concrétiser dès aujourd’hui : offrir un premier trophée à son pays. « Le fait que la finale se dispute au Gabon (lieu du crash de 93, NDR) est une source d’inspiration supplémentaire » , reconnaît-il. Le tragique héritage de 1993 pourrait être lourd à porter, mais il semble au contraire donner des ailes à Mayuka et aux siens.

Par Régis Delanoë
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