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Yannick Cahuzac, enfant du Gaz’ et âme du Sporting

Capitaine emblématique du Sporting, véritable combattant sur le terrain, Yannick Cahuzac a pourtant tapé ses premiers ballons au Gazélec d’Ajaccio. Portrait d’un Corse 100% pur figatellu.

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« Au moment de mon arrivée à Bastia, quand le club descendait de Ligue 2 en National. Un de ses meilleurs amis, Ghisolfi, partait pour Reims et "Cahu" avait la tête à l'envers par rapport à cette situation. Il a mis un peu de temps avant de digérer tout ça et de repartir en National. » Ces mots sont ceux de Frédéric Hantz, entraîneur du Sporting de 2010 à 2014. Finalement, après avoir pesé le pour et le contre, les dirigeants bastiais et Yannick Cahuzac s’entendent pour prolonger l’aventure ensemble, et qu’importe la descente en National. Un choix payant avec le recul. Depuis cette date, le Sporting renaît de ses cendres et a enchaîné deux montées successives, glanant au passage deux titres de champions de France, de National d’abord (2011), de Ligue 2 ensuite (2012). Aujourd’hui, le SCB navigue de nouveau sous pavillon Ligue 1, et Cahuzac n’est pas étranger à ce lustre retrouvé. Pour Hantz, « Yannick a été le fer de lance de nos remontées successives. C’est le symbole du renouveau du Sporting » Le milieu de terrain est aujourd’hui un personnage adulé et respecté en Haute-Corse. Pourtant, et les gens ont souvent tendance à l’oublier, « Cahu » est un enfant du Gazélec d’Ajaccio.

Sur les traces du papa et du grand-père


Chez les Cahuzac, le foot est une affaire de famille. Son grand-père, Pierre, est l’une des figures emblématiques du foot corse grâce à une carrière victorieuse d’entraîneur entamée sur le banc du Gaz’ (1961-1971) et poursuivie sur celui du Sporting (1971-1979). Il a même écrit la plus belle page européenne du club Turchini lors de l’épopée mythique de 1978 qui a vu le SCB atteindre la finale de la Coupe UEFA (perdue contre le PSV). Son fils, le papa de Yannick, a aussi joué sous les couleurs rouge et bleu des Gaziers. « C'est donc tout naturellement qu'il est venu chez nous, rappelle Christian Versini, entraîneur adjoint du Gaz’ qui a bien connu le petit dernier quand celui-ci a signé sa première licence. C’est un enfant du Gazélec ! » « On n’est pas peu fiers de le rappeler ! » , embraye Dumé Compas, autre éducateur ajaccien qui l’a entraîné chez les jeunes. Lorsqu’il débarque au club, à l’âge de 6 ans, « en débutant 2, il était assez timide, se souvient Versini. J'ai toujours en tête cette image d'un petit bonhomme blond comme les blés. Aujourd'hui, c'est un homme, mais j'aurai toujours cette vision-là de lui ! » Dès ses débuts sur les pelouses de Corse du Sud, le petit Yannick affiche déjà un visage de battant. L’actuel adjoint de Thierry Laurey se rappelle d’un gamin qui « était déjà un compétiteur » . Un sentiment partagé par Compas : « Il affichait déjà une certaine générosité naturelle qu'il transmettait à l'ensemble de l'équipe. Il avait un caractère trempé et il jouait vraiment pour gagner. Il montrait l'exemple de par sa générosité et sa combativité et il entraînait tout le monde. » Les bases étaient posées.

Le SCB flaire le bon coup


Malgré une générosité dans l’effort et un coffre taille XXL, « c'était quelqu'un qui était dans la moyenne à ses débuts, juge Antoine Graziani, autre éducateur du Gaz’ à l’époque. Et c'est à partir des -13 ans qu'il a vraiment pris de la bouteille » . C’est donc très tranquillement que l’actuel capitaine bastiais a gravi les échelons, préservé de toutes comparaisons avec son aïeul (décédé en août 2003). Selon Graziani, les parents du garçon « ne tenaient pas à ce qu'on projette la carrière de Pierre sur ses épaules. Ils voulaient qu'il puisse jouer avec sa personnalité propre » . Élevé dans un environnement familial « sain, entouré de gens simples » dixit Compas, scolarisé dans une école privée d’Ajaccio, Yannick a connu une enfance « tranquille, propice à son épanouissement personnel » . Mais la Corse est une petite île et, ici plus qu’ailleurs, tout se sait. Le bruit court assez vite qu’à Ajaccio, un nouveau petit Cahuzac doué au foot est en train de percer. Les recruteurs et dirigeants bastiais ne vont pas mettre longtemps avant de s’intéresser de plus près à ce gamin au nom de famille évocateur. « Quand on tombait sur le Sporting, les émissaires du club l’observaient avec attention. » Et ce qui devait arriver arriva. Le SCB passe à l’action et propose à la famille de prendre Yannick sous son aile afin de l’aider à poursuivre sa progression. « De par la posture du club du Gazélec, on ne pouvait rien empêcher, admet Graziani. C'était sa volonté et celle de ses parents surtout. » « Il faut avouer que le Sporting était en avance sur les conditions de travail et les infrastructures » , confirme Compas. Si une pointe de fatalité résonne dans les voix de ces deux témoins, Christian Versini voit la chose un peu différemment : « Notre but, c'était d'essayer d'emmener les gamins le plus haut possible. C’était donc une fierté de voir des enfants du club partir dans le grand club. Le Sporting Club de Bastia, c'est le club emblématique de l’île. » L’intérêt des jeunes talents avant les rivalités de clocher, donc.

Avvedeci Aiacciu !


Voilà l’adolescent qui débarque à Furiani en 2002. Après avoir fait ses classes en jeunes, l’Ajaccien débute en pro lors de la saison 2005-2006, alors que le club est relégué en Ligue 2 après onze années passées dans l’élite. Lancé dans le grand bain par Casoni, celui-ci dispute quelques matchs en défense centrale avant d’être repositionné au milieu du terrain. Un poste de récupérateur taillé sur mesure au vu de ses qualités naturelles. Rapidement, le Bastiais devient un pilier du Sporting et dispute chaque saison sa petite trentaine de matchs. Mais c’est à la fin de la saison 2009-2010 que la légende de Cahuzac va s’écrire. Au terme d’une saison ratée, les darons du foot corse sont relégués en National. De façon prévisible, la plupart des professionnels se font la malle. Seuls cinq courageux bonhommes décident de ne pas quitter le navire, dont Yannick. « Les dirigeants ne voulaient pas le lâcher, moi évidemment, je voulais qu'il reste, et il n'a pas eu de propositions extraordinaires, donc il est resté. C'était un avantage de garder un joueur comme ça qui représentait quelque chose au club, c'est un personnage emblématique qui porte un nom qui résonne en Corse » , témoigne Fred Hantz. Après s’être légitimement posé des questions quant à son avenir, le joueur opte pour la fidélité à ses couleurs. Un choix qu’il ne regrettera pas et qui le fera définitivement entrer dans le cœur des supporters bastiais. « Je dirais que son mal-être n'a duré que trois semaines, et après, il s'est remis au boulot et il a été exemplaire dans son attitude dès le début de la saison » , poursuit l’ancien coach manceaux.

Quand il rembobine ses souvenirs pour évoquer le profil du joueur, Hantz réfléchit longuement : « Yannick fait partie de ces joueurs qui te cassent tes codes d'entraîneur. Quand je suis arrivé, je ne lui trouvais pas de qualités exceptionnelles. Je n'aurais jamais imaginé qu'il serait là où il est aujourd'hui. Il fait partie de ces joueurs capables mentalement de hisser leur niveau. À chaque montée, on se disait "Il ne passera pas au niveau supérieur", et puis aujourd'hui, c'est un des meilleurs du Sporting, même en Ligue 1. Il s'est adapté à tout, c'est un mec extraordinaire dans sa droiture, dans son engagement et il a une force mentale que je ne soupçonnais pas. » « Engagement » , le mot revient souvent à son évocation. Alors oui, dur sur l’homme, Cahuzac l’a toujours été. C’est même ce qui a pu lui porter préjudice par le passé. « Quand j'ai l'occasion de le croiser, glisse Antoine Graziani, je lui dis qu'il prend trop de cartons en Ligue 1 et il le sait. On va dire que c'est sa générosité qui l'emporte (rires) ! » Cette étiquette de mauvais garçon sur un terrain, son ancien coach la combat : « Yannick est présenté par les médias nationaux comme quelqu'un d'impulsif, voire violent… C'est vrai qu'il a des coups de sang, mais c'est un garçon fantastique dans le travail, extraordinaire dans un vestiaire. Ce n'est pas la caricature qu'on en a faite sur le plan national. » Fougueux, Cahuzac a tenté de tempérer ses ardeurs : « On en a beaucoup parlé, surtout quand on est monté en Ligue 1. Il a fait un gros travail sur lui-même et je trouve qu'il a énormément progressé à ce niveau-là. » Combattant sur un terrain, le milieu bastiais est en revanche quelqu’un de « peinard dans la vie de tous les jours, très attaché à la vie de famille et aux valeurs de l’amitié. Ce n'est pas un flambeur, il a besoin de son intimité et de sa tranquillité. C'est un Corse, quoi (rires) ! » Capitaine discret au charisme naturel, exemple de générosité et de don de soi, « Cahu » fait l’unanimité sur son île, bien au-delà du simple cercle des supporters bastiais. Comme son grand-père, 40 ans plus tôt.


Par Aymeric Le Gall
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