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Xavi, seigneur du Qatar

Un jour ou l’autre, il fallait bien finir par dire au revoir. Parti du FC Barcelone où il laissera une trace à jamais indélébile, Xavi Hernández passe sa retraite dorée loin des projecteurs, à l’Al-Sadd Sports Club de Doha. Mais est-ce pour autant un simple hasard ?

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La pression est intense, le dégagement de Fabricio éternel. Après avoir remonté ses chaussettes et tâté la pelouse, le gardien du Deportivo La Corogne frappe enfin la balle, aussi loin et haut qu’il le peut. Le ballon retombe, un duel de la tête manqué, puis Oriol Riera envoie un nouveau tir vers le camp barcelonais. Sifflet à la bouche, Carlos Clos Gómez met un terme à la souffrance des Blanquiazules. Ce 23 mai 2015, le Deportivo La Corogne acquiert son maintien dans l’élite espagnole au bout du suspense. De son côté, le Barça est champion d’Espagne 2015/2016 depuis belle lurette. Mais malgré l’obtention de la vingt-troisième Liga, ce 23 mai 2015 est un jour triste pour le Barça. Un jour où il faut dire au revoir, où il faut laisser la vie continuer son travail et mettre une gloire du Nou Camp au placard. Pas n’importe quelle gloire, puisqu’il s’agit de la plus belle pièce. Xavier Hernandez i Creus, 35 ans et 767 pages écrites dans son roman avec le FC Barcelone, doit dire au revoir. L’idole est sortie sept minutes auparavant, remplacée par son héritier au capitanat, Andrés Iniesta. Un tifo à son effigie s’était déployé au moment où les 21 joueurs et le dieu vivant sont entrés sur la pelouse : « #6raciésXavi, 17 temporadas, 1998-2015 » . Un hashtag comme le signe d’un homme qui rassemble toute la Catalogne, et de façon plus synthétique, tous les amoureux du football. Voilà, Xavi s’en va. Quand ? Après la finale de la Ligue des champions contre la Juventus. Comment ? Comme un dieu. Où ? Au Qatar. Pour combien de temps ? Le temps qu’il faudra pour se remettre d’une aussi grande perte sur un terrain de football.

« Je regarde toujours ce qu’il se passe, je contrôle »


Il ne faut pas se mentir, Xavi s’est donné une petite mort à partir à Al-Saad. Parce que ce football qatari n’est pas suivi aujourd’hui. En réalité, ce football n’intéresse pas, et n’intéressera a priori jamais les passionnés. Certes, mais Xavi intéresse, parce qu’il est de ceux que l’on n’oublie pas du jour au lendemain. Xavi fait maintenant des passes millimétrées du plat du pied au Moyen-Orient, et Xavi profite. Encore. Toujours. « Tout se passe parfaitement » , racontait l’ex-Blaugrana dans une interview accordée à Marca. « J’ai même été surpris. Le niveau technique et compétitif est plutôt haut, et le professionnalisme est bon. Bon, ils pêchent un peu au niveau tactique et dans leur organisation, ils sont plus caribéens, plus tranquilles. Mais de façon générale, tout est parfait. » Avec une telle assurance, on aurait tendance à penser que tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pourtant, Xavi reste toujours fidèle à lui-même. « Dans ma vie quotidienne, je regarde toujours derrière moi, comme sur le terrain quand je reçois la balle. Je regarde toujours ce qu’il se passe, je contrôle. Quand j’étais à la Masia, Asensi me disait qu’avant de recevoir, je devais regarder si mon positionnement pour le contrôle était bon. J’ai appris cela là-bas, mais aussi avec Van Gaal et Mourinho en assistant, nous faisions un contrôle et une passe. » Le contrôle, la passe, l’œuvre de Xavi.

Toutefois, des questions restent à l’esprit : Xavi est-il toujours aussi performant ? Son club brille-t-il plus que d’habitude en matière de résultats ? Oui et non. Avec Xavi, les statistiques ne sont pas significatives, qui plus est dans un championnat où la rigueur tactique ne prime pas. Ce qui est sûr, c’est que Xavi garde toujours une exigence maximale avec lui-même. « Après la sensation de perdre un match, la chose qui m’embête le plus, c’est de rater une passe. Si je rate des passes, je suis énervé quand je rentre chez moi. Dans les petits matchs d’entraînement, je veux gagner, mais avec du beau jeu. Je ne veux pas gagner par n’importe quel moyen. Si, un jour, je rate mes passes, cela va être difficile à accepter. » Une auto-exigence dans un championnat de seconde zone. Travailleur de l’ombre à temps plein, Xavi est un hyperactif du football à la recherche constante de la perfection. Voilà, Xavi est un perfectionniste. Et ça, l’Al-Sadd SC cherche à en profiter au maximum. Troisième de son championnat, une place qualificative pour la prochaine AFC Champions League, le club du président Al Thani ne remporte plus de titres depuis 2013. Xavi doit servir de guide. « J’ai vu beaucoup de respect envers moi de la part de tout le monde, y compris l’entraîneur (Jesualdo Ferreira, ndlr). Il est toujours attentif à ce que je dis. Mais moi, j’aime être un parmi les autres. Les privilèges, ça ne m’intéresse pas. » L’humilité des grands.

La trajectoire des aînés


À l’heure actuelle, Xavi est inégalable dans les mémoires du Barça. Personne, ni même Carles Puyol et ses 593 matchs au compteur, ne surpasse le mythe. Alors ? Alors évidemment, Xavi ne fera pas de vieux os au Qatar. Et il sait déjà qu’un jour ou l’autre, il prendra des fonctions d’entraîneur. Même si ses diplômes sont encore à passer, l'homme de 36 ans prend des cours via l'académie Aspire, créée depuis 2004, où il coache les U17 et U19 qataris. « Ma philosophie est claire, explique le métronome. Être dominants, pas spectaculaires, presser haut, fermer les lignes de passe… Bien sûr, cela est différent entre le Qatar et le Barça. Dans la Masia, tu recherches des joueurs dans un système fixe : 4-3-3 ou 3-4-3 sous Cruyff. Au Qatar, tu dois t’organiser avec ce qu’il y a. » Ce qu’il y aura pour Xavi, c’est en toute logique un retour sur ses terres natales d’ici peu. Et de partout, sauf peut-être au Real Madrid, tout le monde attendra le retour du roi avec impatience. Comme le retour aux affaires de Josep Guardiola en 2007 dans la réserve du Barça, après des années à Al-Ahly, ou même les prochaines décisions à venir de Raúl Gonzalez Blanco en lien avec le Real, après ces années à Al-Sadd, puis à New-York. Cette prochaine arrivée sera surveillée comme l’huile sur le feu, c’est une certitude. Et peut-être qu'un jour, Xavi ira encore plus haut que ses aînés. Parce que faire vibrer les cœurs à travers une simple passe, ce n’est pas donné à tout le monde.

Par Antoine Donnarieix
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