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Welcome to Manchester

C’est là que l’histoire a changé de dimension. En janvier 2010, Manchester United et Manchester City s’affrontaient pour une place en finale de League Cup. Au centre de la division municipale, un homme : Carlos Tévez, trois buts en deux manches. Le tout au cœur d’une saison où la tension n’a jamais été aussi forte.

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Manchester United - Manchester City
21h - beIN Sport 1

Carlos Tévez n’a jamais vraiment eu besoin de joindre la parole au geste. Au fond, il sait qu’un peuple le déteste et que l’autre l’idolâtre. Manchester a toujours avancé dans cette division aussi : à City la ville, à United le pays. L’histoire en a décidé ainsi, peu importent les titres, peu importent les noms. Reste que la cité industrielle n’a jamais été aussi clivée qu’à cette époque. L’air de la ville veut qu’il faut choisir son camp autour du traître. Il faut prendre parti et juger l’homme pour ses actes. Les nouveaux dirigeants de Manchester City ont craqué la première allumette en affichant la silhouette sur un panneau publicitaire situé à proximité d’Old Trafford. L’affront est ultime : Tévez a les bras ouverts, la langue sortie et claque un large sourire sur un fond bleu ciel où apparaît la mention « Welcome to Manchester » . Quelques semaines plus tôt, l’attaquant argentin cavalait encore sous le maillot rouge vif de Manchester United. Il a passé deux saisons à courir sous la Stretford End, mais pas assez à son goût. Cent matchs en deux saisons, un peu plus de trente buts, et un statut de prodige aimé mais souvent incompris sur la Matt Busby Way. Le public adorait sa gueule cassée, mais Sir Alex Ferguson n’était toujours pas convaincu. Il ne l’a été que plus tard.

Stones, la peur du vide

Ce voisin qui faisait trop de bruit


Voilà ce qu’il expliquait dans son autobiographie : « À partir de 2007, de plus en plus de talents étrangers ont déferlé sur Carrington. Ces garçons venaient d’Amérique du Sud, du Portugal et de Bulgarie. Pendant ces années, Carlos Tévez est le joueur qui a le plus retenu l’attention. (...) Son agent, Kia Joorabchian, avait affirmé à David Gill que son client rêvait de jouer pour Manchester United. Nous avions entendu ce genre d’histoires plusieurs fois. (...) Pour sa première saison chez nous, Carlos a fait du bon travail. Il a marqué des buts importants contre Lyon, Blackburn, Tottenham et Chelsea. Il avait de l’enthousiasme et de l’énergie, mais sa vitesse n’était pas exceptionnelle et ce n’était pas le meilleur à l’entraînement. Il aimait observer des petites pauses, affirmant qu’il avait une douleur au mollet. (...) Nous voulions voir chez nos joueurs une envie de s’entraîner sans relâche. Les meilleurs l’ont. Tévez arrivait à compenser avec l’enthousiasme affiché en compétition. » Puis, Dimitar Berbatov est arrivé, a bossé plus et a progressivement relégué l’Argentin sur le banc. Tévez, lui, entre parfois, retourne des situations comme lors d’un succès contre Tottenham à Old Trafford (5-2), alors que United est mené 0-2, mais la vérité est plus profonde : Manchester United n’était pas prêt à payer 35 ou 45 millions de livres pour lui. Alors il est parti à City. Chez le « voisin devenu bruyant » . Ferguson est clair : « J’ai commis une erreur. » Nous sommes à l’été 2009.

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Le hasard de la rivalité est cruel : en huit mois, Manchester United et City vont se croiser quatre fois, deux fois en Premier League, deux fois en League Cup. Il y aura d’abord ce qui a été élu le plus beau match anglais des années 2000, le 20 septembre, à Old Trafford. Un jour où Ferguson avait allumé à tout va, explosé dans la presse le voisin et ses nouveaux millions, mais dont il parle tranquillement comme le « plus grand derby de l’histoire » . Tévez avait écrit ses premières lignes à City en grattant un ballon dans les mains de Ben Foster, avait offert une passe décisive pour la merveille de Bellamy, mais les Citizens avaient implosé à la dernière minute sur une course d’Owen après une faute de l’Apache. 4-3. Au retour, United s’imposera à l’Etihad grâce à un but en fin de match de Paul Scholes, mais, finalement, le sommet est ailleurs. Oui, car le 19 et le 27 janvier 2010, les deux machines ont rendez-vous pour s’étriper au-dessus d’un billet pour une finale de League Cup à Wembley. Voilà comment Sir Alex Ferguson va définitivement comprendre l’erreur commise avec Carlos Tévez.

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L’Apache aux yeux bleus


En deux manches, l’Argentin retourne alors les cœurs et règle ses comptes avec un homme qui a refusé de lui faire une confiance totale. Ferguson, lui, assiste à la scène sans bouger et en jouant avec son chewing-gum. Sur la face pile, City s’impose 2-1 à domicile grâce à un doublé de Tévez. Deux façons de conclure, mais une même finalité : l’homme gigote, demande à tout le monde de dégager et plante par le geste. Comme pour souffler sur les braises d’une rivalité alors à son pic entre le monument et son voisin dalleux. Sur le côté face, Manchester United retourne la situation et déchire finalement le City de Roberto Mancini (3-1) grâce à un but en fin de match d’un Wayne Rooney en transe. Tévez a une nouvelle fois marqué. Une troisième fois en une semaine. Mais City a perdu et Ferguson s’est levé comme rarement pour dévaler la tribune Sud. Le scénario lui a donné raison, mais les faits non. Reste que Manchester United, qui remporta quelques semaines plus tard la League Cup contre Aston Villa (2-1), et Manchester City ont redonné naissance à un duel de patron. Un sommet qui a aujourd’hui changé d’équilibre, malgré une division indélébile.

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Par Maxime Brigand
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