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We Are l'Inter CDF de Budapest

Alors que le gouvernement Orbán fustige les migrants en quatre par trois dans tout le pays et renforce sa clôture à la frontière serbe, un club budapestois amateur, fondé en 2006 par un Nigérian passé à côté d’une jolie carrière, valorise un mix blacks-tziganes-hongrois sur les pelouses. Quitte à contrarier Viktor.

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Ils s’en veulent. Perdre 3-1 sur des contres quand on a archi-dominé les débats, c’est archi-rageant. Voilà le résumé de la rencontre opposant l’Inter CDF à l’Épitők SK. Un agréable match de D4 hongroise. Les quelques supporters multi-teints massés au-dessus du pré synthétique appartenant au Vasas FC descendent réconforter leurs copains du CDF trahis par la scoumoune. Un poteau, une transversale, un but refusé à cause d’un hors-jeu et trois erreurs d’inattention payées cash. Bien tenté quand même.

Les encouragements du porteur de ballons au jogging pompé sur Király et du président n’ont pas suffi. Pour l’instant, l’Inter CDF garde son point du 21 août obtenu contre l’Unione FC battu quatre jours plus tôt aux pénos en Coupe de Hongrie. Les blacks en blanc s’étaient hissés jusqu’en huitièmes l’an dernier. Un drôle de petit poucet dompté par Tiszaújváros (4-1 score cumulé). Un véritable effectif curiosité. Surtout sur un territoire où les Africains sont à peine 5 000 et attirent parfois des regards interloqués.

« Le foot m’a libéré  »


L’Inter CDF doit sa naissance à une banqueroute : celle du Lombárd FC, au sein duquel le Nigérian Victor Nelson aurait dû évoluer en 2001 si cette faillite n’avait pas décimé les troupes. Et aussi à un constat. Le championnat maison accueille très peu de peaux ébène, hormis Lamah et Coulibaly. Dans le vestiaire We Are The World, on croise des Ivoiriens, des Tunisiens, des Angolais, des Congolais, des Guinéens, des Roms (l’attaquant Tibor Zambo), des Magyars pur jus ou des Camerounais comme Paul.

« J’ai atterri en Hongrie en suivant la grande vague de l’été dernier. Grèce, Macédoine, Serbie, la frontière... Tu vois le truc, quoi » , balance ce compatriote de Patrick M’Boma débarqué de Yaoundé. Ça doit faire un mois que j’ai intégré l’équipe. Franchement, je revis après les 240 jours de taule à Zalaegerszeg et la demi-année en centre de rétention à Győr à cause de passeurs qui m’ont abandonné. Le football m’a libéré. J’en oublierais presque que je n’ai pas les papiers pour continuer mon chemin. »


La petite bande d’amateurs (300 licenciés) s’entraîne quatre fois par semaine et se moque de la gloire. L’important, c’est de répandre ce message de tolérance dont le CDF se prévaut dans une Hongrie repliée sur elle-même et phagocytée par son chef conservateur au discours anti-réfugiés inflexible. Comment ? En organisant des amicaux face à des écuries de banlieue (Gödöllö, Monor, Valkó), en aidant les immigrés en galère à trouver un job tout en tâtant le cuir ou en sollicitant des talents oubliés.

« J’ai connu l’Europa avec le Honvéd en 2012-2013, puis je suis parti à Malte et en Suisse pour me maintenir à niveau. J’ai même failli signer en Norvège, mais le permis de séjour n’est pas arrivé dans les délais » , explique le Libérien Joel Toe, ancien de l’académie Abedi Pelé au Ghana. « Bref, ça s’est mal goupillé pour moi en dehors de la Hongrie, alors j’ai dit oui direct quand le président m’a contacté. J’amène mon expérience pro et je sens qu’on compte vraiment sur moi. Et en plus, les gars sont cool. »

«  S’intégrer plutôt que haïr »


Le plus cool du staff, c’est mister Nelson, alias le boss. Un type possédant le 06 de Kanu et Oliseh, qui était à un cheveu de Pérouse durant sa meilleure période. Un gérant de salon de coiffure capable d’embaucher plusieurs gars du CDF histoire de les sortir du trou. Un communiquant conscient que le succès de la Hongrie à l’Euro et sa situation politique ont apporté une pub’ démentielle à son initiative. Un PDG déterminé voulant amener ses gamins vers la troisième division loupée de peu en 2015/2016. Les obstacles sont pourtant légion. Le CDF se balade entre le gazon fictif du Siketek Pálya et le complexe sportif Épitők près de l’imposante Groupama Aréna, faute de stade à lui. D’ailleurs, si le club montait, il n’obtiendrait sa licence pro qu’avec 2 000 sièges et cinquante millions de forints en poche (160 000 euros). Une somme pharaonique pour cette modeste structure vivant du mécénat qui achète ses combos plots/chasubles au Decathlon du coin. Nelson garde la pêche malgré les accrocs et la tension ambiante.


« Avec les attentats en Europe, la percée de Donald Trump et les affiches anti-migrants en Hongrie, on doit accomplir un énorme travail de pédagogie, pose-t-il, adossé au banc de touche. Les slogans ciblent des migrants illégaux, ce qu’ils ne sont pas pour la plupart. Les jeunes se sentent offensés, alors on leur dit qu’il faut s’intégrer plutôt que haïr. Les discriminations et les inégalités sont évidentes, mais j’ai l’espoir qu’un club comme le nôtre puisse changer les mentalités. C’est cet espoir qui me motive. » Peu importe s’il faut sacrifier 25 000 forints (75 euros) + 27 % de TVA afin de louer un terrain pendant une heure et demie. Désormais, les parents viennent facilement aux renseignements vu que le CDF est ouvert dès les U7. Les réseaux africains du patron situent Budapest sur la mappemonde et nouent peu à peu des partenariats. L’admiration a effacé l’exotisme des débuts. Prochains chantiers de Nelson ? Monter un crew de féminines, puis sortir un futur international A hongrois d’ici cinq à dix ans. Victor y croit fort et nous aussi.



Par Joel Le Pavous
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