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Wadi Degla, qu’est-ce que c’est que ça ?

Florent Malouda en recrue star, Patrice Carteron en nouvel entraîneur, un propriétaire un peu foufou, des liens plus ou moins clairs avec l’Europe, des ambitions XXL, mais pour l’instant des résultats bien modestes : bienvenue à Wadi Degla, une formation égyptienne qui rue dans les brancards. Mes que un club, comme on dit.

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D’ordinaire, le championnat égyptien est bien réglé, bien ordonné, assez facile à lire. Dans le rôle du puissant qui gagne souvent, il y a Al-Ahly, ses 37 titres nationaux (dont 8 de rang entre 2005 et 2014) et son envergure continentale. Au second plan se trouvent deux principaux rivaux qui jouent le plus souvent les faire-valoir, mais parfois – rarement quand même – gagnent : Ismaily, dont le dernier titre national remonte à 2002, et Zamalek, l’outsider le plus consistant, champion d’Égypte en titre, le douzième trophée de son histoire. Les autres clubs ? RAS. La dernière fois que la Premier League locale a échappé à un des trois précités, c’était en 1983 avec l’éphémère El Mokawloon. L’Égypte du football n’aime pas être bousculée dans ses habitudes, et la seule période récente où il y a eu du remous, c’était pour des affaires extra-sportives : la révolution a d’abord un peu secoué le bon déroulement du championnat, puis c’est surtout le massacre de Port Saïd il y a tout juste 4 ans qui a conduit au quasi-chaos et à l’immobilisme : une saison 2011/2012 interrompue avant la fin, puis une suivante également très perturbée et qui n’a finalement pas pu aller jusqu’à son terme en raison d’incidents réguliers. C’est dans ce contexte très particulier venant bousculer l’ordre sportif ordinairement bien établi qu’a débarqué dans le paysage footballistique égyptien un ovni nommé Wadi Degla. Son histoire est récente : le club est né au Caire en 2002 et il n’évolue en élite que depuis 2010, après avoir réussi la très rare passe de deux promotions consécutives, de D3 à D1 en deux saisons. Depuis, son ascension a forcément été perturbée par la grande instabilité qui a régné à la fois dans le pays et au niveau de l’organisation du football en Égypte. Il a tout de même bien failli conquérir un premier titre majeur en se hissant jusqu’en finale de la Coupe nationale (défaite 0-3 face à Zamalek).

Le curieux Maged Samy…


Alors que la saison 2015/2016 est déjà bien avancée et qu’on approche du début de la phase retour, Wadi Degla est à la peine en seconde partie de tableau, loin de la course pour le titre et du leader actuel, l’incontournable Al-Ahly. C’est pourtant ce club qui fait le plus parler de lui cet hiver puisqu’il est parvenu à embaucher deux gros poissons sur le marché des transferts. Deux Français : l’entraîneur Patrice Carteron, récent vainqueur de la Ligue des champions africaine avec le TP Mazembe, et Florent Malouda, dont la carrière s’étire bizarrement depuis son départ de Metz l’été dernier, avec d’abord une pige en Indian Super League, puis ce drôle de challenge égyptien, qu’il aborde alors qu’il fêtera ses 36 ans en juin. Deux têtes de gondole qui prouvent que l’ambition de Wadi Degla est intacte. En tout cas, celle de son propriétaire et fondateur, un certain Maged Samy. Ce dernier est un curieux loustic, homme d’affaires égyptien à la tête d’un puissant empire industriel qui porte le même nom, la Wadi Degla Holding Company. Ce groupe est présent dans de multiples secteurs d’activité (cimenterie, pétrole, télécommunication…), mais surtout dans l’immobilier, avec notamment la construction de plusieurs complexes multisports au Caire et dans les alentours. En clair, le club Wadi Degla n’est que l’émanation d’un projet beaucoup plus vaste. Trop vaste ? Possible, d’autant que l’implication de Samy ne s’arrête pas là et n’a pour l’instant pas franchement été couronnée de succès.

Les vaines promesses belges


Retour en 2007. Alors que son club égyptien est encore loin du plus haut niveau, le businessman déboule en Belgique pour venir en aide à une institution du football local, Lierse, alors dans la panade. Le quadruple champion de Belgique, à l’époque en D2, est au bord de la banqueroute et est en plus menacé d’une rétrogradation en raison de l’implication d’anciens joueurs dans l’affaire des paris chinois. Samy rachète le club, éponge les dettes (6 millions d’euros) et investit solidement pour permettre au KLS de remonter en élite en 2010 (en même temps que Wadi Degla). L’Égyptien affiche alors de grandes ambitions pour son club belge, il annonce à la presse en 2012 qu’il veut le voir disputer la Ligue des champions dans les cinq ans et promet 20 millions d’euros d’investissement pour rénover le stade Herman Vanderpoorten, voire pour en construire un autre. Rien de tout ça ne se produira : Lierse végète cinq saisons en Jupiler League sans jamais faire mieux qu’une 12e place et finit par être relégué au printemps dernier (en utilisant 46 joueurs !). Cette saison, la remontée n’est pas d’actualité… Il faut dire que passée l’euphorie des débuts, il faut bien reconnaître que le boss du groupe Wadi Degla fait un peu n’importe quoi. Il a par exemple régulièrement prêté des joueurs de Wadi Degla à Lierse, sans qu’aucun n’ait vraiment le niveau pour s’imposer définitivement dans le championnat belge. Il a aussi passé un accord avec les académies de Jean-Marc Guillou (une basée en Belgique, l’autre en Égypte) pour tenter de faire progresser les petits jeunes de la pouponnière, mais l’expérience façon Beveren il y a une dizaine d’années s’avère là encore un échec. La formation des jeunes, c’est son dada. Wadi Degla a d’ailleurs passé des accords dans ce sens avec Arsenal et Chelsea pour monter des sortes de centres de formation « franchisés » en Égypte pour attirer les jeunes talents locaux : l’Arsenal Academy of Wadi Degla et la Chelsea Academy d’E-zee sports.

Des prêts à gogo entre l’Égypte et la Belgique


Le coup le plus fou tenté par Maged Samy ? À l’hiver 2013, alors que l’équipe de Wadi Degla est en stage en Belgique, empêché de compétition par les troubles au pays, une grande partie des joueurs et du staff sont sommés de rester en Europe pour tenter l’opération maintien en D3 d’un autre club belge que l’homme d’affaires soutient financièrement, Turnhout. Pas loin d’une vingtaine d’Égyptiens en tout qui relèguent la plupart des Belges de l’effectif en équipe réserve ! Samy a d’ailleurs été inquiété ensuite par la justice qui le soupçonne de contourner les lois de l’immigration par le recours massif de visas de courte durée… Du côté de Lierse, l’arrivée des Égyptiens est moins massive et régulière qu’avant, mais pour les supporters, qui ont plusieurs fois manifesté leur mécontentement ces derniers mois, le mal est fait. « Don’t fuck with our passion » , ont-ils menacé sur une banderole il y a un an, alors que de plus en plus de jeunes du centre de formation, qui sentent qu’ils sont barrés par les Égyptiens et les gamins de l’académie Jean-Marc Guillou, partent achever leur formation chez les voisins et rivaux de Malines. C’est donc dans ce drôle de conglomérat nommé Wadi Degla que Carteron et Malouda débarquent, avec pour mission de faire de ce nouveau trublion du football égyptien un possible futur concurrent à Al-Ahly, Zamalek et Ismaily. Bon courage.

Youtube


Par Régis Delanoë
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Dans cet article

Article sympa mais juste une petite rectification ... Non, l'académie JMGuillou belge, liée au Lierse et à Wadi Degla n'est pas foireuse.

Denayer est internationnal
Bongonda est international espoir et quasi titulaire en Liga
Quelques jeunes pointent leur nez en 1ére division belge (Mais on fait un mauvais choix en prêt, au Standard, Kasmi et El Messaoudi.
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