Vrai Bent de scène

Ouf, après une série de trois défaites en quatre matches, Arsenal va pouvoir souffler un peu face au modeste Sunderland. Sûr ? Gaffe jeunes Gunners car chez les Black Cats, Darren Bent est la promesse d'un après-midi compliqué. Portrait d'un revanchard.

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Deux options possibles. Un gars qui se fait racketter par un plus petit que lui devient soit une éternelle victime, soit un tueur en série. Darren Bent, lui, a fait son choix : celui d'être un killer. Mais pour ceux qui n'auraient pas suivi, il convient peut-être d'expliquer. En 2006, alors âgé de 22 ans, l'attaquant vedette de Charlton s'apprête à faire ses paquets pour aller à la Coupe du monde. Sa présence en Allemagne ne fait pas un pli pour celui qui vient alors de planter 17 pions en Premier League après avoir fait ses classes à Ipswich (48 buts en trois saisons de Championship) et gravi brillamment tous les échelons nationaux : en moins de 19 ans (8 buts en 12 matchs), et en moins de 21 ans (9 buts en 14 matchs). Du billard on vous dit... avant la cata ! Petite conversation entre Sven Goran Eriksson et Arsène Wenger qui lui glisse un nom à suivre, celui de Theo Walcott. Intrigué, le Suédois fait un petit crochet par Colney, le centre d'entraînement des Gunners, pour voir le môme de 17 printemps. Bingo ! Eriksson flashe complètement, lui demande de prendre son cartable et ses BN et d'accompagner l'Angleterre au Mondial. Unbelievable ! Un lycéen sans le moindre match en Premier League préféré à la valeur montante du football anglais. On connaît la suite, Walcott ne jouera pas la moindre minute de la compétition pendant que Bent ruminera sa revanche. Quatre ans plus tard, il est en mesure de la prendre.

Appelez-le Bent clic

Pourtant, l'affaire n'a pas été simple pour ce bon Darren alors que tout avait l'air tracé. Après sa déception mondialiste, le natif de Londres s'attache à confirmer son ascension en plantant 14 nouveaux pions au sein d'une formation de Charlton toujours aussi limitée mais au surnom qui va comme un gant à notre ami Bent : les Addicks. Soit le presque homophone d'addict, un accro. C'est que le jeune homme fait partie de la génération 2.0, et sait ambiancer la toile avec la même facilité que sur les pelouses. Bent est notamment un inconditionnel de Twitter. Du coup, il twitte plus souvent qu'à son tour. Comme par exemple lors de ce “clash” avec le boxeur anglais de Sunderland Tony Jeffries avec une règle très simple : celui qui atteint le premier les 10 000 fans a gagné. Bent, cet intellectuel. Mais voilà, le Net ça fait aussi faire quelques bêtises. Ainsi, notre geek ne trouve rien de plus intelligent que d'allumer, toujours sur son réseau social, Daniel Levy, le président de Tottenham. Accessoirement son boss depuis que les Spurs ont cassé la tirelire pour s'attacher ses services pour environ 21 millions d'euros. L'objet du courroux de Bent ? Les tergiversations du club londonien lors des négociations avec Sunderland pour un possible transfert du striker. Pourtant, Tottenham aurait dû être un tremplin définitif, ce fut une histoire manquée. « Quand Harry Redknapp est arrivé (fin 2008), je crois avoir mis 7 buts en 5 matches puis je n'ai pas marqué durant deux rencontres et c'était fini. Je me suis servi des critiques à mon encontre pour prouver aux gens qu'ils avaient tort à mon sujet, et pour leur démontrer que je suis un bon joueur » , déclare-t-il dans le Times. Bent, 18 buts en deux saisons dans le nord de la capitale, a surtout fait les frais de la politique absurde des Spurs. Ce qui donne : je lâche Jermaine Defoe à Portsmouth pour acheter Bent (été 2007), je reprends Defoe (janvier 2008) avant de le brader à Pompey (juin 2008) puis de le racheter plein tarif (janvier 2009) pour mieux solder Bent (été 2009). Z'avez suivi ou faut la refaire ? Bref, dans ce contexte, on se dit que le joueur formé à Ipswich a sans doute eu raison de se tailler mais qu'il est peut-être allé s'enterrer dans le nord de l'Angleterre.

Arachnophobie et ballon gonflable

Que nenni ! A Sunderland, malgré une équipe teintée à la Ligue 1, de Lorik Cana à Steed Malbranque en passant par Bolo Zenden, l'ancien Hotspur dézingue à tout va. Cette saison, Bent facture tout simplement 15 pions en Premier League, sur le podium du classement des buteurs, sur la même marche que, tiens tiens, un certain Jermaine Defoe, son concurrent direct pour embarquer vers l'Afrique du Sud en juin prochain avec son profil très voisin à celui de Bent. Soit deux gars solides, très rapides, à la technique épurée et exclusivement tendue vers le but adverse. En gros, il va falloir trancher et Bent peut compter sur quelques soutiens. « Son ratio matchs-buts est impressionnant. Ce que vous allez obtenir, c'est le rythme, la puissance, le physique et la finition. C'est aussi un joueur qui tourmente les défenses pendant 90 minutes. Moi, je l'emmènerais à la Coupe du monde » , a déjà plaidé sur la BBC son ancien coach à Charlton, Alan Curbishley. Qui aurait pu ajouter à ce joli portrait le mot “veinard”. Car Youtube a frisé la surchauffe suite à son but heureux face à Liverpool quand sa frappe, qui partait droit sur Reina, a été déviée victorieusement par un ballon gonflable égaré sur la pelouse. Déterminé comme jamais, l'ancien accro au clavier a même décidé d'abandonner Twitter. « J'ai eu une bonne discussion avec le manager (Steve Bruce, ndlr) récemment et j'en suis venu à me dire que, vu la situation actuelle, je devais éviter les distractions. Je dois me concentrer seulement sur Sunderland et voilà pourquoi j'ai décidé de ne plus me connecter sur Twitter. Je n'y vais même plus, ne serait-ce que pour voir ce que les gens écrivent » . Oui, tout semble sourire à ce Darren-là... et pourtant les signaux ne sont pas tous favorables. Notre gaillard d'un mètre quatre-vingt a une peur bleue des araignées, peut-être problématique en vue d'un long séjour en Afrique du Sud. « Je ne peux pas supporter les araignées. Elles sont si effrayantes. Ce n'est pas que je déteste les animaux, ou quoi que ce soit. J'avais même un petit serpent comme animal de compagnie quand j'étais petit. Mais ne me mettez pas devant une araignée, cela me terrifie » . Et Bent d'envisager le recours à l'hypnose pour régler cet épineux problème.

Et puis, il se murmure de plus en plus que Bobby Zamora, actuellement en pleine bourre avec Fulham, pourrait s'incruster dans l'avion de la sélection, au regard de ses caractéristiques (joueur de pivot) complémentaires de l'incontournable Wayne Rooney. Purée, Zamora, l'ancien espoir déchu, l'éternel raté sans cape nationale, qui aurait même pu jouer pour Trinidad l'an passé sans une blessure de dernière minute. Et comme un étrange revival de 2006, Bent se prend à cauchemarder : et si après un rookie, il se faisait carotter par un has been ? Black Cat, définitivement.

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