Villarreal fait son marché

Sixième élève de la dernière Liga, Villarreal souhaite poursuivre son retour au premier plan. Une ambition affichée, mais pas démesurée qu'approuve un mercato rondement mené. Focus sur les recettes d'un club qui a presque tout compris.

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Fernando Roig s'y connaît en emplette. Actionnaire principal de la chaîne de supermarchés low-cost Mercadona, sa fortune lui a ainsi permis de devenir propriétaire du Villarreal CF. Depuis cette acquisition en 1997, le sous-marin jaune n'a cessé de truster les premiers rangs de la Liga, au point d'en devenir vice-champion et d'atteindre les demi-finales de la Ligue des champions. Bref, une descente en Liga Adelante mise à part, son mandat à la tête du « Submari Groguet » - son surnom originel en valencien - relève de la franche réussite. Une idylle que le club doit beaucoup aux qualités de gestionnaire dudit señor Roig. « Alors que beaucoup de clubs espagnols ont des dettes, nous n'en connaissons aucune, démarre d'emblée Antonio Salamanca, scout français de Villarreal. Notre président est suffisamment intelligent pour ne pas dépenser sans compter. Par exemple, s'il reçoit dix euros, il va en garder cinq. Généralement, ici, les clubs qui reçoivent dix euros en dépensent quinze et sont obligés de demander un prêt à la banque. » Tant et si bien qu'aujourd'hui, la vente de la jeune pépite Luciano Vietto à l'Atlético de Madrid apparaît comme un succès.

Une descente, pas une catastrophe industrielle


À l'instar d'un FC Séville dont le modèle est loué par tous les observateurs d'Espagne et d'ailleurs, Villarreal s'appuie sur un réseau de recruteurs efficace. « Nous sommes quatre scouts ici, plus le directeur sportif, détaille Antonio Salamanca. Chacun d'entre nous a sa zone à surveiller. On s'est divisé l'Europe, on ne reste pas borné sur l'Espagne. Notre directeur sportif s'occupe lui de l'Amérique du Sud, avec un œil particulier sur l'Argentine et l'Uruguay. C'est un marché qui nous a toujours donné de bons résultats. » Pour sûr, lors de ces derniers exercices, Luciano Vietto et Gabriel, respectivement vendus à prix d'or à l'Atlético et à Arsenal, ont pris le relais des illustres Riquelme ou Nilmar. De bonnes pioches sud-américaines, ou d'ailleurs, qui n'hésitent pas à s'engager avec Villarreal pour plusieurs raisons. D'une, « on explique aux joueurs que l'on développe un beau football, attractif » , et « de plus, il y a une ambiance très famille au sein du club. L'environnement est parfait pour qu'un jeune joueur vienne s'y épanouir. Les joueurs viennent généralement pour un ou deux ans, puis rebondissent ensuite dans un club plus huppé » .

Fort d'un passé glorieux et d'une dernière saison réjouissante, Villarreal ne roule pour autant pas sur l'or. Malgré des moyens réduits et grâce à une gestion économique quasi parfaite, il réussit à se renouveler chaque année. Même la descente en Liga Adelante il y a de ça trois étés n'a pas été vécu comme un drame. Antonio Salamanca, encore : « La stratégie a forcément été revue par la descente en seconde division. Tout d'un coup, on passe de saisons en Champions League à la Liga Adelante. Financièrement, il y a plusieurs mondes d'écart. On a été obligé de tout revoir, de tout repenser. Notre "chance" a été de remonter directement la saison suivante. On s'est servi des erreurs du passé pour avancer dans les années à venir. » Force est de constater que les maladresses n'ont pas été répétées. En investissant intelligemment, le club ne se met jamais dans le rouge. Mieux, il a fait de sa formation une priorité. Et les résultats sont là. Cantera la plus en vue d'Espagne, elle place ainsi quatre de ses poulains parmi la liste des U-19 de la Roja qui s'en va disputer l'Euro en Grèce. Autrement dit, Villarreal y est le club le plus représenté devant les mastodontes barcelonais et madrilènes.

« Potentiel sportif et potentiel économique »


La jeunesse est ainsi devenue le leitmotiv de la bande à Marcelino. En plus de s'appuyer sur sa formation, le club mise sur un mercato placé sous le signe de la jouvence. « On regarde surtout les profils de jeunes joueurs qui ont un fort potentiel sportif, mais aussi économique, dévoile le recruteur maison. C'est le cas des deux jeunes que nous sommes allés chercher à Málaga. Le staff est convaincu à 200 % qu'ils vont nous apporter un vrai plus. Ces joueurs sont à un âge où ils se disent qu'en faisant deux bonnes saisons à Villarreal, ils peuvent aller voir plus haut. » Mais Samu Garcia et Samu Castillejo, révélations de la dernière Liga, ne sont pas les seuls à être venus garnir l'effectif de Marcelino. Leo Baptistão, inclus dans l'opération Vietto, et Alphonse Areola en ont fait de même. « Après la blessure d'Asenjo, nous voulions un gardien en prêt, un jeune prometteur. Chaque scout a proposé un profil, pour moi c'était Areola. Cela fait deux ans et demi que je le suis. Mes collègues étaient d'accord et le club a ensuite fait les démarches nécessaires via l'agent, puis le PSG pour qu'il arrive en prêt » , ponctue un Antonio Salamanca qui ne devrait pas avoir de souci à garder son emploi.

Par Robin Delorme, à Madrid
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Les clubs français peuvent aller faire un stage de "scoutisme" du côté de Villaréal.

Au moins, c'est pas un président qui n'y connait rien qui fait le recrutement
Merci pour ce bel article sur l'efficacité de la filière recrutement de Villarreal, notamment sud-américaine : à noter qu'au début jusqu'au milieu des années 2000 le club a puisé souvent chez Boca Juniors, pour de grosses réussites (Arruabarrena, Riquelme même s'il est arrivé du Barça) et quelques couacs (Palermo, Battaglia).

Simplement l'attaque s'est sérieusement déplumée avec les départs de Vietto, Giovani et Uche.

A mon sens, Villarreal serait le club parfait pour quelqu'un comme Gourcuff : peu d'exposition médiatique mais une équipe ambitieuse et très joueuse.
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