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  1. // Polémique
  2. // Mondial 1978
  3. // Argentine/Pérou (6-0)

Une victoire trop belle pour être vraie

Le carton de l'Argentine face au Pérou (6-0), lors de la Coupe du Monde 1978, n'a pas fini de générer des suspicions. Le témoignage récent d'un ex-sénateur péruvien le lie à un arrangement politique.

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« Pour ne pas savoir vous comporter, on va vous envoyer à l'abattoir argentin » . Le 25 mai 1978, Genaro Ledesma Izquieta, leader syndical, et douze autres opposants du régime militaire en place au Pérou, sont envoyés dans les prisons du Général Videla, en Argentine. Le 21 juin, le dernier match de poule de l'Argentine l'oppose au Pérou. L'Albiceleste a besoin d'une large victoire pour se qualifier pour la finale. Elle l'emporte six à zéro.

Le rapport entre ces deux évènements ? Selon une déposition de Ledesma Izquieta, dévoilée en début de semaine par le quotidien Tiempo Argentino, le général Videla a saisi l'occasion de la rencontre des deux sélections, pour se faire retourner son service. « Videla avait besoin d'une victoire pour laver la mauvaise image de l'Argentine dans le monde, a déclaré l'ex-sénateur, et meneur en 1978 d'une grève massive. En échange (d'une défaite), il devait nous considérer comme prisonniers de guerre » . Ledesma Izquieta, 80 ans, a été entendu par le juge argentin, Norberto Oyarbide, qui vient de lancer un mandat d'arrêt international contre l'ex-dictateur Francisco Morales Bermudez (1975-1980), pour la présumée participation du régime péruvien à l'Opération Condor, campagne conjointe de lutte des dictatures latino-américaines contre leurs opposants gauchistes.

Les joueurs argentins nient

Avant cette confession du candidat à la présidence en 1980, pour le compte du Front ouvrier, paysan, étudiant, et populaire, des suspicions ont toujours pesé sur le résultat d'Argentine-Pérou. Rappel : en 1978, la Coupe du Monde se déroule en deux phases de poule. Lors de la deuxième phase, l'Albiceleste se trouve au coude à coude avec le Brésil pour arracher son billet pour une finale sous les papelitos. Les auriverde viennent de dominer la Pologne (3-1), quand Argentine et Pérou entrent sur la pelouse. Ce résultat oblige le pays hôte à l'emporter par quatre buts d'écart.

Menotti et les joueurs argentins ont toujours nié tout arrangement. « Je rappelle que le Pérou a tiré sur le poteau et a disposé d'une autre grande opportunité lors du premier quart d'heure » avait ainsi déclaré, à Olé, Mario Kempes. « Le Pérou fut une machine lors de la première phase, rappelait El Matador, mais après il s'est effondré » . En effet, après avoir terminé premiers de leur groupe, devant les Pays-Bas de Cruyff, Cubillas & co perdent pied lors de la deuxième phase, et enchaînent trois défaites, dont un 3-0 face au Brésil. Pour le Pérou, le match face à l'Argentine ne comportait aucun enjeu. Ce qui peut faire rentrer le résultat dans une certaine logique sportive.

« On a simplement joué notre meilleur match du tournoi »


Interviewé par El Grafico, en 2008, Alberto Tarantini, l'arrière gauche de l'Albiceleste, est allé plus loin que Kempes, en assurant que ce match décisif fut même l'occasion de manifester son opposition à la junte militaire dirigée par Videla. « Quand j'ai marqué le deuxième but, j'ai crié "la pute qui vous a mis au monde", je m'adressais aux militaires qui avaient arrêté des amis quelques temps avant la Coupe du Monde » . Son ex-coéquipier, Leopoldo Luque a qualifié de « mensongères » les déclarations de Tarantini, mais assure, lui aussi, qu'il n'y eut aucun arrangement: « On a simplement joué notre meilleur match du tournoi » . Reste que l'importance donnée par le général Videla à un triomphe final de l'Argentine,
la déposition de Ledesma Izquieta et le destin de certains éléments péruviens ne peuventt que rendre troublant le résultat.

Aligné pour la première fois de la compétition, le défenseur, Roberto Rojas est ainsi décédé, victime d'un accident, en 1991. Le sélectionneur, Marcos Calderon, a, lui, poussé son dernier soupir en 1987, dans l'océan Pacifique, quand l'avion transportant l'équipe de l'Alianza Lima s'est écrasé. Une mort en eaux profondes à laquelle était aussi destiné Ledesma Izquieta. En compagnie des douze opposants péruviens avec qui il fut transféré en Argentine, il devait être jeté à la mer, lors d'un des vols de la mort qui ont fait la funeste réputation du régime de Videla. « Finalement, une mise en demeure est parvenue au régime militaire, en provenance de Paris, assure l'ex candidat à la présidence. Le gouvernement argentin l'a tout d'abord rejeté, avant d'accepter de nous envoyer à Paris à condition que la France paye les billets d'avion ... » . L'Argentine a-t-elle acheté, sous une forme ou une autre, sa place en finale ? Trente-trois ont passé, mais la question n'a pas fini de nourrir d'houleux débats.


Par Thomas Goubin, avec Marcelo Assaf
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