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Une victoire du destin plus que du collectif?

Hier soir, les Bleus ont claqué une remuntada qui restera dans l’histoire, pour se qualifier pour le Mondial 2014. Tout le monde loue l’esprit conquérant et le collectif des joueurs français. Mais en réalité, cette victoire, c’est surtout celle du destin. Et d’un certain effet papillon.

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Certains appellent ça le destin. D’autres, le karma. D’autres ne mettent pas de mots dessus, et préfèrent juste profiter de l’instant présent, sans se poser des questions astrales. N’empêche que, les faits sont là. La qualification de l’équipe de France s’est jouée sur le terrain. D’accord. 0-2 à l’aller. 3-0 au retour. 3-2 sur l’ensemble des deux matchs, France au Brésil, Ukraine en Ukraine. Tout est fait dans les règles de l’art. Certains mettront en avant le fait que les joueurs ont eu une réaction d’orgueil. Qu’ils ont eu peur du ridicule. Qu’ils en ont eu ras le bol de se faire chier dessus par la terre entière ou presque. Qu’ils n’avaient pas envie d’être des têtes de Turc pour les deux années à venir (voire plus). Certes. Tout ça est un peu vrai. Mais, quelque part, on est également obligés de se dire qu’une force qui dépasse le concret voulait que l’équipe de France se qualifie hier soir. Et cette force ne s’est pas matérialisée lors des 90 minutes du stade de France. Elle s’est propagée à partir de vendredi soir, dans le froid ukrainien.

On joue la 91e minute lorsque Laurent Koscielny, pris d’un accès de folie et de frustration, met une jolie tarte dans la tronche d’un joueur ukrainien. L’arbitre de la rencontre sort le rouge. C’est le point culminent d’une soirée cauchemar. La France qui, après avoir encaissé deux pions, perd celui qui est actuellement son défenseur le plus fiable. En réalité, personne ne le sait encore, mais c’est le destin qui vient de filer un sacré coup de pouce à Didier Deschamps.

Pourquoi ? Tout simplement parce que, sans l’expulsion de Koscielny, le sélectionneur tricolore n’aurait jamais titularisé Mamadou Sakho. L’effet papillon. On en a même entendu des belles sur l’ancien défenseur du PSG. « Sakho, c’est le genre de mec qui peut faire une connerie à tout moment » , « Sakho, c’est le genre de mec qui va provoquer un pénalty » , « Sakho, c’est le genre de mec qui va monter sur corner et on va se prendre un contre derrière » . Bah non. Sakho, c’est le genre de mec qui va marquer un doublé et qui va être érigé en sauveur de la patrie. Ses deux premiers buts avec le maillot des Bleus. Comme Lilian Thuram en 1998. Facile de faire le lien entre les deux évènements, à quinze ans d’intervalle, dans le même stade, sur le même but. Destin, encore ?

Mais ce n’est pas tout. Lorsque ce n’est pas le destin, c’est le karma. Prenons un exemple. On joue la 70e minute, hier soir. La France mène 2-0. Un but ukrainien enverrait à ce moment-là l’Ukraine au Brésil. Des suites d’un coup franc ukrainien, un ballon traîne dans la surface, et un joueur ukrainien envoie une frappe du gauche écrasée, qui se transforme en centre, Sakho la dévie vers ses propres filets, Zozulya est à un millimètre de la reprendre, mais le ballon termine presque miraculeusement dans les gants de Lloris. Trois minutes plus tard, on pose un miroir au centre du terrain, et on obtient exactement la même action de l’autre côté du terrain. Cette fois-ci, le ballon traîne dans la surface ukrainienne, Ribéry envoie une frappe du droit écrasée, qui se transforme en centre, Gusev effleure le ballon, et Sakho, presque miraculeusement, pousse le ballon au fond des filets. Comme si le ballon avait choisi son camp. Il n’a pas voulu entrer dans le but français. Il était comme attiré par celui des Ukrainiens.


D’autres effets papillon ? Oui. La titularisation de Sakho a, quelque part, entraîné l’expulsion de Khacheridi. Car en première période, le défenseur de Liverpool est allé chauffer le défenseur ukrainien lors d’un coup franc pour les Bleus. Conséquence : les deux joueurs ont pris un jaune. En seconde période, Sakho a eu la présence d’esprit, en l’espace d’une seconde, de ne pas enlever son maillot au moment du troisième but, qui aurait été synonyme de deuxième jaune. En revanche, Khacheridi, lui, n’a pas eu la présence d’esprit de ne pas tacler Ribéry alors qu’il était déjà averti. Pas d’expulsion de Koscielny à l’aller, pas de Sakho. Pas de Sakho, pas d’expulsion de Khacheridi. Et pas de doublé. Etc. Etc.

Et que dire du destin de Nasri ? Si Nasri n’avait pas été nul au match aller, et s’il n’avait pas raté ce un-contre-un face à Pyatov, il aurait probablement joué le match retour. Probablement, aussi, que Deschamps n’aurait pas changé son système tactique. Pas de Cabaye, pas de Valbuena. C’est tout de même cocasse que les trois buts français aient été inscrits par des joueurs qui étaient sur le banc lors du coup d’envoi du match aller. Comme si, encore une fois, le destin avait voulu remettre de l’ordre dans tout ça. Bref, on y croit ou on n’y croit pas. On trouve que ce sont des foutaises ou du blabla. On se contente d’appeler ça « coïncidence  » . Ou bien, on se dit juste que l’équipe de France a gagné 3-0, et rien d’autre. 3-0, hein. Pas 4-1, ou 4-0. 3-0. Un score qui, lui aussi, semble être un clin d’œil du destin.

Par Eric Maggiori
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